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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001641

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001641

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001641
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAUMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 mars 2020 et le 9 juin 2021, M. A et Mme C B, représentés par Me Laumet, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 10 octobre 2019 par laquelle le conseil municipal de Lucinges a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune, ainsi que la décision du 9 janvier 2020 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Lucinges une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- les modalités de la concertation fixées par la délibération du 12 octobre 2016, qui prévoyaient une information régulière dans le bulletin municipal, n'ont pas été respectées en méconnaissance des dispositions de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme ;

- la délibération en litige est entachée d'un vice de procédure, les conditions pour consulter le dossier d'enquête et présenter des observations n'ont pas permis au public d'y participer dans des conditions satisfaisantes en méconnaissance de l'article R. 123-10 du code de l'environnement ;

- la délibération litigieuse méconnaît les dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme en ce que le rapport de présentation ne traite pas des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles et en ce qu'il ne contient pas l'inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités ;

- la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme en ce que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) est insuffisant en ce qui concerne le déploiement de la fibre sur le territoire de la commune et en ce qu'il ne fixe pas d'objectif chiffré de modération de la consommation de l'espace ;

- le dossier d'enquête publique était incomplet, en méconnaissance de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme, dès lors qu'il ne comprenait pas l'avis des personnes publiques associées ;

- si le rapport et les conclusions du commissaire-enquêteur ont été publiés sur le site internet de la commune, ils ne contenaient pas les avis des personnes publiques associées en méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-21 du code de l'environnement ; en outre, les réponses du maître d'ouvrage n'étaient pas publiées sur le site de la commune ;

- le projet a été irrégulièrement modifié après l'enquête publique, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- le classement du hameau " Le Céron " ayant été modifié à l'issue de l'enquête publique, le maître d'ouvrage devait formuler des réponses aux avis des personnes publiques associées, au public et au commissaire-enquêteur en application des articles L. 153-19 du code de l'urbanisme et L. 123-15 du code de l'environnement ;

- le plan local d'urbanisme est incompatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de la région d'Annemasse, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-1 du code de l'urbanisme en ce qui concerne la production de logements ;

- le plan local d'urbanisme est incompatible avec le programme local de l'habitat d'Annemasse Agglomération en raison de l'emprise foncière de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°2 pour moitié en zone naturelle ;

- le classement par la délibération litigieuse de leurs parcelles, cadastrées section B n°s 787 et 1430, en zone Nv1, zone naturelle correspondant au réservoir de biodiversité des Voirons permettant une évolution du bâti existant est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 7 mai 2021 et le 13 juillet 2021, la commune de Lucinges, représentée par Me Petit, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à l'application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et, en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros mise à la charge des requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Lucinges fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

En application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 septembre 2021 par une ordonnance du même jour.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Laumet, représentant les requérants et les observations de Me Saint-Lager, représentant la commune de Lucinges.

Considérant ce qui suit :

1. M. A et Mme C B sont propriétaires des parcelles, cadastrées section B n°s 787 et 1430, sur le territoire de la commune de Lucinges. Par une délibération du 12 octobre 2016, le conseil municipal de Lucinges a prescrit la révision du plan local d'urbanisme de la commune. Le débat sur le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) a eu lieu lors de la séance du conseil municipal du 7 décembre 2017. Par une délibération du 7 février 2019, le conseil municipal a tiré le bilan de la concertation et a arrêté le projet de révision générale du plan local d'urbanisme. Une enquête publique s'est déroulée du 18 mai 2019 au 25 juin 2019. Le 25 juillet 2019, le commissaire-enquêteur a remis son rapport et ses conclusions motivées, favorables avec recommandations. Par la délibération du 10 octobre 2019, le conseil municipal de Lucinges a approuvé la révision générale du plan local d'urbanisme de la commune. Le 13 décembre 2019, M. et Mme B ont formé un recours gracieux tendant au retrait de cette délibération, laquelle a classé les parcelles, cadastrées section B n°s 787 et 1430, en zone Nv1, zone naturelle correspondant au réservoir de biodiversité des Voirons permettant une évolution du bâti existant. Par une décision du 9 janvier 2020, notifiée le 13 janvier suivant aux requérants, la commune de Lucinges a rejeté ce recours. Par la présente requête, M. et Mme B demandent l'annulation de cette délibération et de la décision du 13 mars 2020 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° Les procédures suivantes : a) L'élaboration et la révision du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme ; () ". Aux termes de l'article L. 103-4 du même code : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. ". Aux termes de l'article L. 600-11 du même code : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. () ".

3. Il résulte de de l'article L. 600-11 précité du code de l'urbanisme que la légalité d'une délibération approuvant un plan local d'urbanisme ne saurait être contestée au regard des modalités de la procédure de concertation qui l'a précédée, dès lors que celles-ci ont respecté les modalités définies par la délibération prescrivant l'élaboration de ce document d'urbanisme. Seules les irrégularités ayant affecté le déroulement de la concertation au regard des modalités définies par cette délibération demeurent invocables à l'occasion d'un recours contre le plan local d'urbanisme approuvé.

4. Par délibération du 12 octobre 2016, le conseil municipal de Lucinges a prévu comme modalités de concertation, la mise à disposition des éléments d'études (comprenant au moins la synthèse du diagnostic et le projet de PADD) au fur et à mesure de leur avancement en mairie et sur le site internet de la commune, l'organisation d'au moins deux réunions publiques pour la présentation des principales étapes de la révision, et notamment une sur le PADD, et la diffusion d'informations sur les étapes de la procédure via le site internet et les bulletins municipaux. En l'espèce, les requérants soutiennent que les dispositions précitées du code de l'urbanisme sur la concertation ont été méconnues dès lors qu'il n'y aurait pas eu d'information régulière dans le bulletin municipal car seuls trois bulletins municipaux auraient informé les habitants de la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme et ce, une seule fois par an. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'information des usagers a été assurée par trois publications en janvier 2017, janvier 2018 et janvier 2019 dans le bulletin municipal. En outre, la commune fait valoir, sans être sérieusement contredite, que cette information a été assurée sur le site internet de la commune tout au long de la procédure au sein de la rubrique spécifique consacrée à la révision du PLU, par des " flash " spéciaux distribués à tous les habitants de la commune et laissés en libre consultation en mairie aux jours et heures habituels d'ouverture au public. Ainsi, en se bornant à soutenir que seuls trois bulletins municipaux auraient été dédiés à la procédure d'élaboration du plan litigieux, sans contester que les informations qu'ils contenaient étaient suffisantes ou, le cas échéant, que des informations complémentaires ont également été régulièrement diffusées notamment sur le site internet dédié au plan local d'urbanisme, les requérants n'établissent pas que les dispositions précitées ont été méconnues. En tout état de cause, ils ne soutiennent ni même n'allèguent que les insuffisances qu'ils invoquent auraient, en l'espèce, exercé une influence sur le contenu du plan finalement approuvé. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-13 du code de l'environnement : " I. - Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête conduit l'enquête de manière à permettre au public de disposer d'une information complète sur le projet, plan ou programme, et de participer effectivement au processus de décision. Il ou elle permet au public de faire parvenir ses observations et propositions pendant la durée de l'enquête par courrier électronique de façon systématique ainsi que par toute autre modalité précisée dans l'arrêté d'ouverture de l'enquête. Les observations et propositions sont accessibles sur un site internet désigné par voie réglementaire. / II. - Pendant l'enquête, le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête reçoit le maître d'ouvrage de l'opération soumise à l'enquête publique à la demande de ce dernier. Il peut en outre : () / - entendre toutes les personnes concernées par le projet, plan ou programme qui en font la demande et convoquer toutes les personnes dont il juge l'audition utile ; / - organiser, sous sa présidence, toute réunion d'information et d'échange avec le public en présence du maître d'ouvrage. () ". Aux termes de l'article R. 123-10 du code de l'environnement : " Les jours et heures, ouvrables ou non, où le public pourra consulter gratuitement l'exemplaire du dossier et présenter ses observations et propositions sont fixés de manière à permettre la participation de la plus grande partie de la population, compte tenu notamment de ses horaires normaux de travail. Ils comprennent au minimum les jours et heures habituels d'ouverture au public de chacun des lieux où est déposé le dossier ; ils peuvent en outre comprendre des heures en soirée ainsi que plusieurs demi-journées prises parmi les samedis, dimanches et jours fériés. () ".

6. M. et Mme B soutiennent que les modalités d'organisation de l'enquête publique n'ont pas permis au public d'y participer dans des conditions satisfaisantes. Ils font valoir que seules six permanences ont été organisées par le commissaire-enquêteur, qu'une seule a eu lieu un samedi, que les dates et horaires de ces permanences n'ont pas tenu compte des horaires normaux de travail de la population, que ces horaires ne correspondent pas aux horaires d'ouverture habituelle de la mairie et que seules 55 personnes se sont déplacées, soit 3,22 % de la population municipale. L'article R. 123-10 du code de l'environnement invoqué par les requérants, relatif qu'à la possibilité pour le public de consulter le dossier soumis à l'enquête, prévoit que, pour organiser ses permanences, le commissaire-enquêteur doive tenir compte des horaires normaux de travail et comprennent au minimum les jours et heures habituels d'ouverture au public, des heures en soirées ou des demi-journées prises parmi les samedis, dimanches et jours fériés. Et, conformément aux dispositions de l'article L. 123-13 du même code, le commissaire-enquêteur doit conduire l'enquête en vue de permettre au public de participer effectivement au processus de décision et planifier ses jours et horaires de permanence afin de permettre à ce dernier d'y avoir accès. Cependant, M. et Mme B, qui se bornent dans leur requête à une analyse des jours et horaires des permanences du commissaire-enquêteur, ne soutiennent pas, de même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier, qu'une personne concernée par le projet de plan local d'urbanisme aurait été effectivement privée de la possibilité d'un échange avec le commissaire-enquêteur. Au demeurant, à défaut pour les requérants de produire des éléments en ce sens et alors que le commissaire-enquêteur n'a fait état d'aucune affluence particulière ni d'aucun grief du public sur la faculté de consulter le dossier, il ne ressort pas des pièces du dossier que les modalités d'organisation de l'enquête publique, telles qu'elles ont été définies, auraient empêché une personne concernée par le projet de le consulter et de formuler ses observations. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les modalités d'organisation de l'enquête auraient été insuffisantes pour permettre au public d'y participer dans des conditions satisfaisantes.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. / En zone de montagne, ce diagnostic est établi également au regard des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles. / Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'approbation du plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. / Il établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités. "

8. D'une part, les requérants soutiennent que ces dispositions sont méconnues dès lors que le rapport de présentation ne traite pas des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles. Toutefois, et ainsi que le fait valoir la commune de Lucinges en défense, il ne ressort pas des pièces que cette commune ait développé un immobilier de loisirs et qu'elle aurait des unités touristiques nouvelles sur son territoire. D'autre part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le rapport de présentation contient à la page 127 un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le projet d'aménagement et de développement durables définit : / 1° Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques ; / 2° Les orientations générales concernant l'habitat, les transports et les déplacements, les réseaux d'énergie, le développement des communications numériques, l'équipement commercial, le développement économique et les loisirs, retenues pour l'ensemble de l'établissement public de coopération intercommunale ou de la commune. / Il fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain. / () ".

10. Si les requérants soutiennent que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) est insuffisant en ce qui concerne le déploiement de la fibre sur le territoire de la commune, cette branche du moyen doit être écartée dès lors que les dispositions précitées de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme n'imposent pas aux communes de définir dans ce document des projets et des orientations dans chacun des domaines ainsi énumérés. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le PADD contenait une partie intitulée " 1.3. Modérer la consommation foncière " traitant des constats issus du diagnostic, des enjeux du plan local d'urbanisme, des objectifs du PADD et précisant que le PLU vise à " modérer le besoin en foncier en maintenant entre 5 et 6 ha à l'urbanisation pour la période 2018-2030 ". Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique () comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. () ", et aux termes de l'article R. 153-4 de ce code : " Les personnes consultées en application des articles L. 153-16 et L. 153-17 donnent un avis dans les limites de leurs compétences propres, au plus tard trois mois après transmission du projet de plan. / A défaut de réponse dans ce délai, ces avis sont réputés favorables. ".

12. Le rapport du commissaire-enquêteur comprend au sein de la partie intitulée " C. Organisation de l'enquête ", un paragraphe intitulé " 4. Pièces présentées à la consultation " détaillant la composition du dossier d'enquête publique précisant qu'il comportait les avis des personnes publiques associées. En outre, ce rapport contenait une partie, intitulée " E. Analyse des observations et avis ", relative à l'examen des avis des personnes publiques consultées et des personnes publiques associées visant l'ensemble des avis écrits rendus. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier d'enquête publique était incomplet en méconnaissance des dispositions de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme.

13. En sixième lieu, l'article L. 123-15 du code de l'environnement dispose que " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () / Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. / Le rapport et les conclusions motivées sont rendus publics par voie dématérialisée sur le site internet de l'enquête publique et sur le lieu où ils peuvent être consultés sur support papier. () ". En outre, aux termes du dernier alinéa de l'article R. 123-21 du code de l'environnement : " L'autorité compétente pour organiser l'enquête publie le rapport et les conclusions du commissaire enquêteur ou de la commission d'enquête sur le site internet où a été publié l'avis mentionné au I de l'article R. 123-11 et le tient à la disposition du public pendant un an. ".

14. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le rapport d'enquête publique et les conclusions du commissaire-enquêteur ont bien été publiées sur le site internet de la commune de Lucinges, conformément aux dispositions de l'article R. 123-21 du code de l'environnement. Toutefois, contrairement à ce qu'ils soutiennent, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose que les avis des personnes publiques associées figurent exhaustivement dans le rapport du commissaire-enquêteur tel que mis en ligne. D'autre part, était annexé au rapport d'enquête publique, à la page 60, et publié sur le site internet de la commune, le procès-verbal de synthèse et les réponses du maître d'ouvrage. Par suite, le moyen doit être écarté en ses deux branches.

15. En septième lieu, aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé par : () 2° Le conseil municipal dans le cas prévu au 2° de l'article L. 153-8. ".

16. Il résulte de ces dispositions que le projet de plan ne peut subir de modifications, entre la date de sa soumission à l'enquête publique et celle de son approbation, qu'à la double condition que ces modifications ne remettent pas en cause l'économie générale du projet et procèdent de l'enquête. Doivent être regardées comme procédant de l'enquête les modifications destinées à tenir compte des réserves et recommandations du commissaire-enquêteur, des observations du public et des avis émis par les autorités, collectivités et instances consultées et joints au dossier de l'enquête.

17. Il ressort des pièces du dossier et notamment des conclusions motivées du commissaire-enquêteur que, pour tenir compte des réserves émises par l'Etat, la commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF) et la chambre d'agriculture, l'autorité compétente a revu le classement du hameau " Le Céron " en zone Ap du futur PLU en le classant en zone Nv1. Une telle modification n'est pas, dans ces circonstances, de nature à porter atteinte à l'économie générale du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

18. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme, " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire.". Et aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () Le rapport doit faire état des observations et propositions qui ont été produites pendant la durée de l'enquête ainsi que des réponses éventuelles du maître d'ouvrage. () ".

19. Les requérants soutiennent que le classement du hameau " Le Céron " ayant été modifié à l'issue de l'enquête publique, le maître d'ouvrage devait formuler des réponses aux avis des personnes publiques associées, au public et au commissaire-enquêteur en application des articles L. 153-19 du code de l'urbanisme et L. 123-15 du code de l'environnement. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de synthèse et des réponses du maître d'ouvrage que ce dernier s'est exprimé au regard du classement de ce hameau. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

20. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 151-1 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme respecte les principes énoncés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. Il est compatible avec les documents énumérés à l'article L. 131-4 et prend en compte ceux énumérés à l'article L. 131-5 ". Aux termes de l'article L. 131-4 du même code : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : / 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".

21. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un schéma de cohérence territoriale, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

22. En l'espèce, les requérants soutiennent que le PLU est incompatible avec le SCoT en ce qui concerne la production de logements. Ils soutiennent que le SCoT permet à la commune de réaliser 156 logements sur une durée de douze années alors que le PLU permet l'accueil théorique de 209 logements. Toutefois, contrairement à ce qu'ils soutiennent, il ressort des pièces du dossier que ce n'est pas le SCoT de la région d'Annemasse qui prévoit un tel objectif de production de logements mais le programme local de l'habitat (PLH) d'Annemasse Agglomération. Dans ces conditions, les requérants qui ne produisent aucun élément précisant quelles seraient les dispositions du plan local d'urbanisme qui seraient incompatibles avec le SCoT ne mettent pas à même le tribunal de se prononcer sur le moyen qu'ils soulèvent et doit, dès lors, être écarté.

23. En dixième lieu, aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, applicable à la date de la délibération attaquée : " Les plans locaux d'urbanisme () sont compatibles avec : () 4° Les programmes locaux de l'habitat () ".

24. Si les requérants invoquent l'incompatibilité du plan local d'urbanisme avec le programme local de l'habitat d'Annemasse Agglomération en raison de l'emprise foncière de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n°2 pour moitié en zone naturelle, ils n'en produisent aucun extrait et ne précisent pas quelles orientations ont, selon eux, été méconnues. Le moyen est donc dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

25. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : /1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; /5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. "

26. Il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

27. M. et Mme B soutiennent que le classement par la délibération litigieuse de leurs parcelles, cadastrées section B n°s 787 et 1430, en zone Nv1, zone naturelle correspondant au réservoir de biodiversité des Voirons permettant une évolution du bâti existant, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'axe I du PADD, que les auteurs du plan local d'urbanisme ont entendu assurer un développement maîtrisé et équilibré " du territoire. Au titre des moyens mis en œuvre pour ce faire, les auteurs du plan local d'urbanisme ont prévu de " modérer la consommation foncière ". Une carte illustre cet axe au sein du PADD et le hameau " Le Céron ", au sein duquel se situent les parcelles litigieuses, est répertorié comme appartenant au massif des Voirons, identifié comme périmètre de protection à dominante naturelle et/ou agricole par le SCoT qui interdit le développement de l'urbanisation. En outre, le commissaire-enquêteur a indiqué, " concernant le classement du hameau du " Céron " qui doit évoluer ", qu'il est utile " de rechercher un classement qui permette des extensions des constructions existantes et construire des annexes, et interdisant toute nouvelle construction sur les parcelles non construites. Le règlement Nv qui est en partie similaire au règlement de la zone A Voirons, avec une appellation propre au hameau du " Céron ", qui pourrait être Nv1, serait de nature à concilier à la fois, les contraintes liées pour le choix d'un zonage compatible avec le groupe important d'habitations composant le hameau et la nécessaire protection des enjeux paysagers et environnementaux de ce secteur ". Par ailleurs, s'il apparaît que les parcelles litigieuses, n°s 787 et 1430, vierges de toute construction, sont bordées par une route et par une parcelle construite, elles sont incluses au sein de ce hameau " Le Céron " qui est un périmètre de protection à dominante naturelle par le SCoT et s'ouvrent sur une zone naturelle à l'Ouest et à l'Est avec laquelle elles ne sont pas en rupture. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.

28. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme B tendant à l'annulation de la délibération du 17 octobre 2019 par laquelle le conseil municipal de Lucinges a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 9 janvier 2020 rejetant leur recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lucinges, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. et Mme B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge M. et Mme B la somme que demande la commune de Lucinges au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Lucinges présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme C B et à la commune de Lucinges.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

P. D

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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