vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SEGARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2020, M. B C, représenté par Me Segard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon en date du 19 avril 2019 ayant confirmé la sanction prononcée à son encontre le 20 mars 2019 par la présidente de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Varces ;
2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à l'effacement de l'ensemble des données relatives à la procédure disciplinaire contestée figurant dans son dossier ainsi que de l'ensemble des mentions inscrites dans le logiciel " GIDE " et prévues aux 5° e), 3° b), 3° j 5), 3° j 6) et 6° b) de l'article 4 du décret du 6 juillet 2011, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- il n'a pas bénéficié d'un procès équitable au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où la présidente de la commission de discipline a manqué d'impartialité à son égard ;
- la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon n'est pas motivée sur ce vice de procédure ;
- les droits de la défense ont été méconnus en raison du refus de la présidente de la commission de discipline de faire droit à sa demande d'audition de témoins ;
- la sanction prononcée est manifestement excessive.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'Hôte, vice-président,
- les conclusions de Mme Brenner-Adanlété, rapporteure publique,
- et les observations de Me Schürmann, substituant Me Segard, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, incarcéré depuis le 9 février 2019 au centre pénitentiaire de Varces, s'est vu infliger, par une décision du 20 mars 2019, une sanction de quatorze jours de placement en cellule disciplinaire, dont quatre avec sursis actif pendant six mois, au motif qu'il avait, le 13 février 2019, verbalement menacé un surveillant. Par la décision attaquée du 19 avril 2020, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a rejeté le recours préalable formé par l'intéressé à l'encontre de cette sanction. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, eu égard à la nature et au degré de gravité des sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues, qui n'ont, par elles-mêmes, pas d'incidence sur la durée des peines initialement prononcées, le requérant ne peut être regardé comme ayant fait l'objet d'une accusation en matière pénale au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, si les sanctions disciplinaires encourues par les personnes détenues peuvent entraîner des limitations de leurs droits et doivent être regardées de ce fait comme portant sur des contestations sur des droits à caractère civil au sens du paragraphe 1 du même article 6, la nature administrative de l'autorité prononçant les sanctions disciplinaires fait obstacle à ce que ces stipulations soient applicables à la procédure disciplinaire dans les établissements pénitentiaires. Par suite, M. C ne saurait utilement soutenir qu'il n'a pas bénéficié d'un procès équitable au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En tout état de cause, les éléments qu'il invoque ne suffisent pas à établir un manquement de la présidente de la commission de discipline à son devoir d'impartialité.
3. En deuxième lieu, la décision contestée du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon, lorsqu'il est saisi du recours administratif préalable obligatoire formé par le détenu, n'est pas tenu de répondre à l'ensemble de l'argumentation soulevée par l'intéressé, mais seulement d'indiquer les éléments sur lesquels il se fonde pour prendre sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce que le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon n'aurait pas répondu à l'argument tiré du manque d'impartialité de la présidente de la commission de discipline, doit être écarté.
4. En troisième lieu, aucune disposition des articles R. 57-7-5 et suivants du code de procédure pénale, alors applicable, ni aucun autre texte ne prévoyait expressément la possibilité, pour le président de la commission de discipline, de faire auditionner des témoins. Il résulte cependant du principe de valeur constitutionnelle du respect des droits de la défense qu'en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires, le président de la commission de discipline a toujours la possibilité, s'il l'estime utile au regard du bon déroulement de la procédure et pour la manifestation de la vérité, de faire entendre des témoins par la commission. Si la personne détenue qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire peut également demander à faire entendre des témoins par la commission, l'opportunité d'une telle décision demeure toutefois réservée à la seule appréciation du président de la commission de discipline. Il suit de là que le refus du président de la commission de discipline de faire droit à la demande du détenu n'est pas susceptible d'entacher d'irrégularité la procédure mise en œuvre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du respect des droits de la défense doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° de formuler des insultes, des menaces ou des outrages à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement () ". Aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré () ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été sanctionné pour avoir, le 13 février 2019, interpellé un agent pénitentiaire et proféré à son égard, à trois reprises, des propos menaçants. Compte tenu de la réitération des propos tenus et des circonstances dans lesquelles ils ont été prononcés, ces menaces, dont le requérant ne conteste pas dans sa requête la réalité, constituent une faute disciplinaire du deuxième degré et la sanction prononcée n'apparaît pas disproportionnée au regard de la gravité des faits.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon du 19 avril 2019. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction doivent être également rejetées.
Sur les conclusions présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Segard et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
Le Président-rapporteur,
V. L'HÔTEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
N. BARDAD
La greffière,
C. BILLON
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2001707
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026