vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2001715 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | LAURENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2020, M. B F, Mme C F épouse E et M. D F, représentés par Me Laurent, demandent au Tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° 2020-DEL-010 du 3 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'Habitat de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en tant que la délibération a classé la parcelle cadastrée à la section E n° 1155 en zone naturelle et la parcelle section E n° 887 en zone agricole ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les consorts F soutiennent que :
- le règlement graphique a été modifié postérieurement à l'enquête publique, affectant le classement de leurs parcelles, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;
- le classement de leurs parcelles en zone agricole et en zone naturelle et l'institution d'un emplacement réservé n° 34 sur la parcelle n° 887 sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2021, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, représentée par la société d'avocats Conseil affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :
- le rapport de Mme Letellier,
- les conclusions de Mme A,
- les observations de Me Laurent, pour les consorts F,
- et les observations de Me Djeffal, pour la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 3 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H). Les consorts F sont les propriétaires indivis de deux parcelles cadastrées à la section E n° 887 et n° 1155, situées au lieu-dit " La Cote " et chemin du Galet à Rumilly. Ces parcelles ont été respectivement classées en zone agricole et en zone naturelle par la délibération du 3 février 2020. La parcelle n° 887 a été en outre partiellement grevée de l'emplacement réservé n° 34.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les modifications apportées après l'enquête publique :
2. L'article L.153-21 du code de l'urbanisme dispose que : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé () ". Ces dispositions permettent à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête, ces deux conditions découlant de la finalité même de la procédure de mise à l'enquête publique.
3. Si les parcelles n° 887 et n° 1155 étaient respectivement classées en zone 1AUC1 et en zone agricole dans le projet de plan local d'urbanisme intercommunal arrêté et qu'elles sont classées par la délibération attaquée respectivement en zones A et N, il ressort des pièces du dossier et notamment des avis de la CDPNAF, de l'INAO et des services de l'Etat que ces personnes publiques ont émis un avis défavorable aux extensions à l'urbanisation envisagées par la commune de Rumilly et notamment le projet d'OAP de Bessine qui comprenait la parcelle n° 887. La prise en compte de ces avis pour la parcelle n° 887 a eu pour effet de revoir également le classement de la parcelle n° 1155 qui se situe dans le même secteur. Dans ces conditions, ces modifications procédant de l'enquête publique, le conseil communautaire a pu modifié après l'enquête publique le zonage des parcelles litigieuses sans méconnaitre les dispositions précitées. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation du classement des parcelles :
S'agissant de la parcelle cadastrée section E n° 1155 :
4. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles () ".
5. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
6. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle n° 1155 a une surface de 22 114 m². Elle ne supporte qu'une construction et reste, pour l'essentiel, à l'état de prairie. Elle ne fait pas l'objet d'une exploitation agricole et la circonstance qu'elle ne soit pas boisée ne lui retire pas son caractère naturel. En outre, elle s'intègre dans un vaste compartiment naturel d'une surface d'environ 4 hectares. Par ailleurs, elle se situe en bordure d'un secteur faiblement urbanisé à dominante rurale en périphérie du pôle urbain de Rumilly, essentiellement classé en UC1 " Lisières des pôles urbains ", dont les auteurs du PLUi-H ont décidé de limiter strictement le développement. En outre, le classement de cette vaste parcelle en pente répond à l'orientation du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) de " prendre en compte les problématiques de covisibilité sur les flancs de collines ". Enfin, si la parcelle borde sur un côté une zone 1AU " Extension des pôles urbain à vocation résidentiel " et qu'elle est desservie par les réseaux, cette situation ne fait pas obstacle à son classement en zone naturelle dès lors que la parcelle présente les caractéristiques mentionnées à l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme, ainsi qu'il a été dit précédemment. Sur ce point, les auteurs du PLUi-H Rumilly Terre de Savoie n'étaient pas tenus par le précédent document d'urbanisme communal. Dès lors, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont pu, sans erreur manifeste d'appréciation, classer la parcelle n° 1155 en zone naturelle. Le moyen doit ainsi être écarté comme non fondé.
S'agissant de la parcelle cadastrée section E n° 887 :
7. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
8. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.
9. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle n° 887 d'une surface de 14 972 m² est dépourvue de toute construction. Elle est à l'état de prairie et n'est pas dépourvue de tout potentiel agronomique, biologique et économique. Comme la parcelle n° 1155, elle se situe en bordure d'une zone urbaine peu dense à dominante rurale et s'ouvre sur un côté sur une vaste zone rurale. La circonstance qu'elle est desservie par les différents réseaux n'est pas un obstacle à son classement en zone agricole. Par ailleurs, il ressort du PADD qu'en dehors des secteurs strictement définis destinés à l'urbanisation, les auteurs du PLUi-H ont entendu préserver les espaces agricoles. Enfin les requérants ne détiennent aucun droit acquis au maintien d'un précédent classement répondant à un autre parti d'urbanisme. Dès lors, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont pu, sans erreur manifeste d'appréciation, classer la parcelle n° 887 en zone agricole. Le moyen doit ainsi être écarté comme non fondé.
S'agissant de l'emplacement réservé n° 34 :
10. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques () ".
11. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir sur le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'erreur manifeste.
12. Il ressort du règlement graphique qu'un emplacement réservé n° 34 a été institué pour la " création d'une voie d'accès au centre de loisirs d'Ecle à partir de la route de Bessine ". Il grève une partie de la parcelle n° 887, sur une surface d'environ 2 000 m² selon les requérants, dans le sens de la longueur.
13. Si les requérants soutiennent que le centre de loisirs est déjà desservi par une voie publique et que sa seule ouverture en période estivale ne justifie pas la création d'une nouvelle voie, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'étroitesse de l'impasse menant au centre de loisirs ne permet pas la circulation des bus scolaires, ce qui oblige les parents à déposer eux-mêmes leurs enfants, générant ainsi un trafic accru. La mesure répond ainsi à l'intérêt général, quand bien même l'établissement ne serait ouvert qu'en été et indépendamment de la circonstance que la parcelle n° 887 a perdu son classement en zone 1AUC1, l'emplacement réservé n° 34 n'ayant en tout état de cause vocation qu'à desservir le centre de loisirs selon le règlement graphique. Par suite, en créant pour ce motif un emplacement réservé sur la parcelle n° 887, la délibération attaquée n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les conclusions présentées par les requérants, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er :La requête des consorts F est rejetée.
Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B F, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La rapporteure,
C. Letellier
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026