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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2001999

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2001999

jeudi 26 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2001999
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 mars 2020, Mme C D, représentée par Me Valette-Berthelsen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 30 janvier 2020 par laquelle le conseil municipal de Courchevel a modifié la délibération n° 244-2019 du 24 septembre 2019 portant déclassement du domaine public communal et cession de la parcelle cadastrée section AD n° 97 (845 m2), d'une emprise de 298 m2 issues du domaine public communal et d'un volume tréfonds sous la voie communale du jardin alpin au lieu-dit " Jardin Alpin " à Courchevel et a autorisé le maire a signé une convention synallagmatique de vente sous conditions suspensives et l'acte authentique de vente ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Courchevel une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le droit à l'information des élus n'a pas été respecté en méconnaissance de l'article

L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;

- la délibération est entachée d'un vice de procédure à défaut d'un avis préalable de France Domaine ;

- la délibération est illégale en ce qu'elle ne dit mot sur la désaffectation des dépendances où sont implantées les trois massifs de candélabres ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- l'instauration sur les emprises communales déclassées mais demeurées affectées à l'usage du public de servitude de cour commune est totalement incompatible avec cette affectation publique ;

- faute de démontrer que le déclassement et l'instauration d'une servitude de cour commune résulteraient de considérations d'intérêt général le montant de l'indemnité consentie par la commune pour l'instauration de ladite servitude constitue une libéralité illégale ;

- l'annulation de la délibération du 24 septembre 2019 entrainera par voie de conséquence l'illégalité de la délibération contestée dans cette instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 avril 2021, la commune de Courchevel, représentée par Me Petit, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 6 novembre 2020 et le 4 août 2021, la société Metropole 1850, représentée par la cabinet CMS Francis Lefebvre Avocats, conclut, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, au sursis à statuer afin de permettre la régularisation du vice retenu en adoptant un nouvel acte d'approbation avec effet rétroactif dépourvu du vice et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requérante ne dispose d'aucun intérêt pour agir ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme D a produit un mémoire le 3 janvier 2023 postérieurement à la clôture d'instruction du 18 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme B ;

-les conclusions de Mme A ;

-et les observations de Me Valette, représentant Mme D, de Me Saint-Lager, représentant la commune de Courchevel et de Me Cherel, représentant la société Metropole 1850.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 24 septembre 2019, le conseil municipal de Courchevel a déclassé du domaine public communal et céder la parcelle cadastrée section AD n° 97 (845 m2), une emprise de 298 m2 issues du domaine public communal et un volume tréfonds sous la voie communale du jardin alpin sis au lieu-dit " Jardin Alpin " à Courchevel. Par cette même délibération, le conseil municipal a autorisé le maire a signé une convention synallagmatique de vente sous conditions suspensives et l'acte authentique de vente. Par une délibération n° 23-2020 du 30 janvier 2020, le conseil municipal de Courchevel a modifié la délibération du 24 septembre 2019 afin de procéder au déclassement par anticipation des assiettes foncières supportant trois candélabres en vue de les grever de servitudes de cour commune moyennant le versement d'une indemnité de 52 000 euros hors taxe. Mme D demande dans cette instance l'annulation de cette dernière délibération.

Sur l'admission de l'intervention volontaire :

2. La société Metropole 1850, qui a un projet de construction, est le bénéficiaire des servitudes de cour commune. L'annulation de la délibération litigieuse est susceptible de préjudicier aux droits de cette société. Par suite, sont intervention est admise.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'information des conseillers municipaux :

3. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

4. La convocation des élus du 24 janvier 2020 pour la séance du 30 janvier 2020 mentionne qu'ils trouveront sous ce pli l'ordre du jour de la réunion, qui comportait dans un point 4 l'examen de la délibération en cause, ainsi que les projets de délibération. Il ressort du compte rendu du conseil municipal du 30 janvier 2020 que le conseil municipal a décidé de procéder aux modifications telles qu'indiquées en préambule de la présente délibération et développées dans le projet de convention synallagmatique de vente sous conditions suspensives joint à la présente délibération. Dès lors, la requérante ne peut soutenir que les élus n'auraient pas été destinataires du projet de convention synallagmatique de vente. La seule circonstance que des parcelles communales feront l'objet d'une servitude de cour commune n'imposait pas un nouvel avis de l'autorité compétente de l'Etat qui avait déjà rendu deux avis sur ce projet. Enfin, la délibération vise le plan de servitude de cour commune et il ne ressort pas des pièces du dossier que les membres du conseil municipal auraient sollicité une quelconque pièce supplémentaire dont le bénéfice leur aurait été refusé et notamment les projets de servitude de cour commune. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information des conseillers municipaux doit être écarté.

En ce qui concerne l'absence d'avis du service des domaines :

5. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité ".

6. En l'espèce, il est établi que la direction départementale des finances publiques de la Savoie a rendu deux avis sur ce projet le 4 mars 2019 et le 12 février 2020. La requérante soutient qu'un nouvel avis du service compétent aurait dû être demandé au regard des modifications apportées au projet. Toutefois, la délibération litigieuse n'autorise pas la cession d'un immeuble ou de droits immobiliers de la commune mais se borne à autoriser le déclassement par anticipation de trois fractions de 4 m2, 3 m2 et 3 m2 du domaine public où sont implantés des candélabres gênant la réalisation du projet initial et l'octroi de servitudes de cour commune sur ces surfaces. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la procédure de déclassement par anticipation :

7. Aux termes de l'article L. 2141-2 du code général de la propriété des personnes publiques : " Par dérogation à l'article L. 2141-1, le déclassement d'un immeuble appartenant au domaine public artificiel de l'Etat, des collectivités territoriales, de leurs groupements ou de leurs établissements publics et affecté à un service public peut être prononcé dès que sa désaffectation a été décidée alors même que les nécessités du service public justifient que cette désaffectation ne prenne effet que dans un délai fixé par l'acte de déclassement. Ce délai ne peut être supérieur à une durée fixée par décret. Cette durée ne peut excéder trois ans. En cas de vente de cet immeuble, l'acte de vente stipule que celle-ci sera résolue de plein droit si la désaffectation n'est pas intervenue dans ce délai ".

8. D'une part, Mme D ne peut se prévaloir de l'article L. 2141-1 du code général de la propriété des personnes publiques dès lors que la délibération litigieuse, qui porte sur un déclassement par anticipation, n'a pas été prise sur ce fondement.

9. D'autre part, il ressort de la délibération litigieuse que la mise en œuvre du projet de construction prévue par la société Métropole 1850 est gênée par la présence de trois massifs de candélabres représentant chacun une assiette foncière respectivement de 4 m2, 3 m2 et 3 m2. La délibération procède au déclassement par anticipation de ces assiettes foncières supportant ces candélabres sur le fondement de l'article L. 2141-2 du code général de la propriété des personnes publiques en vue de les grever de servitudes de cour commune moyennant le versement d'une indemnité de 52 000 euros hors taxe à la charge du bénéficiaire. La délibération litigieuse prévoit que la société Métropole 1850 prendra également à sa charge le coût du déplacement desdits candélabres concernés par un déplacement impératif et qu'elle s'engagera à constituer les servitudes d'implantation et de passage des réseaux nécessaires à la construction et l'exploitation de nouveaux candélabres. Si la requérante soutient que la désaffectation n'a pas été constatée, l'article L. 2141-2 du code général de la propriété des personnes publiques prévoit un mécanisme dérogatoire de déclassement anticipé avec report de la désaffectation. Ainsi, le moyen tiré de l'illégalité de la délibération à défaut de désaffectation des parcelles accueillant les candélabres doit être écarté.

En ce qui concerne le détournement de pouvoir et de procédure allégué :

10. Il ressort de la page 9 et 10 du plan d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Courchevel que l'un de ses axes est de conforter et diversifier le positionnement touristique de la commune en créant de nouveaux lits touristiques et notamment en priorité aux établissements hôteliers. L'utilisation du mécanisme de la procédure de déclassement par anticipation prévue par le code de la propriété publique des personnes publiques ne saurait constituer un détournement de pouvoir alors qu'il a pour but de permettre la finalisation du projet de la société Métropole 1850 portant création de lits hôteliers qui participe au développement économique de la station. En outre, ledit projet a permis à la commune de céder pour dix millions d'euros des parcelles contiguës à celle appartenant à la société Métropole 1850 qui selon l'avis la direction départementale des finances publiques de la Savoie n'avaient qu'une constructibilité limitée compte tenu de la configuration du tènement. Enfin, la circonstance que ces parcelles seront grevées d'une servitude de cour commune régi par l'article L. 471-1 du code de l'urbanisme et prévu par l'article II.8 des dispositions générales du règlement du plan local d'urbanisme de la commune qui bénéficiera à la société Métropole 1850 est sans incidence sur la légalité de la délibération contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré du détournement de pouvoir et de procédure doit être écarté.

En ce qui concerne l'incompatibilité des servitudes de cour commune avec des emprises communales déclassées mais demeurées affectées à l'usage du public :

11. Elle soutient que l'instauration sur les emprises communales déclassées mais demeurées affectées à l'usage du public des servitudes de cour commune est totalement incompatible avec cette affectation publique. Toutefois, il ressort de la délibération que les emprises supportant les candélabres font l'objet d'un déclassement par anticipation. Les servitudes de cour commune ne seront effectives qu'après le déplacement des candélabres qui ne seront plus affectés à l'usage du public. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le prix :

12. La délibération contestée prévoit une indemnisation qui s'élève à 52 000 euros hors taxe soit 5 200 euros/m2 pour l'octroi uniquement de servitudes de cour commune pour trois parcelles distinctes supportant trois candélabres d'une surface respective de 4 m2, 3 m2 et 3 m2 afin de permettre la réalisation du projet pour lequel la société s'est déjà acquittée auprès de la commune d'une somme de 10 millions d'euros pour acquérir un tènement dont la configuration n'autorise qu'une constructibilité limitée. En octroyant des servitudes de cour commune, la commune de Courchevel ne saurait être considérée comme cédant un élément de son patrimoine. Ainsi la requérante n'est pas fondée à soutenir que la délibération en litige méconnaît le principe selon lequel une collectivité publique ne peut céder un élément de son patrimoine à un prix inférieur à sa valeur à une personne poursuivant des fins d'intérêt privé.

En ce qui concerne l'annulation de la délibération par voie de conséquence :

13. Dès lors que le tribunal a examiné la légalité de la délibération du 24 septembre 2019 dans une instance n° 2000280 et a rejeté la requête de la requérante dans une décision rendue le même jour, Mme D n'est pas fondée à soutenir que la délibération du 30 janvier 2020 modifiant la délibération du 24 septembre 2019 doit être annulée par voie de conséquence.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 30 janvier 2020.

Sur les frais de justice :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Courchevel qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Courchevel et la société Metropole 1850 sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la société Metropole 1850 est admise.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Courchevel sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société Metropole 1850 sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à la commune de Courchevel et à la société Metropole 1850.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Barriol, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2023.

La rapporteure,

E. B

La présidente,

D. JOURDAN La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2001999

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