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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002000

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002000

jeudi 27 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002000
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 mars 2020, 16 avril 2021 et 3 octobre 2022, Mme B D, M. E F et Mme A C représentés par Me Laurent, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 28 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Passy a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ainsi que la décision du 4 février 2020 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Passy une somme de 1 000 euros à verser à chacun des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme D et autres soutiennent que :

- il appartient à la commune de justifier de ce que les formalités de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme ont été accomplies conformément aux dispositions des articles R.153-20 et R.153-21 du code de l'urbanisme ;

- il appartient à la commune de justifier de ce que les conseillers municipaux appelés à se prononcer sur l'approbation du plan local d'urbanisme ont été destinataires d'une convocation valable et d'une note de synthèse conformément aux dispositions de l'article L.2121-12 du code général des collectivités territoriales ;

- le rapport de présentation est entaché d'un défaut de motivation en ce qu'il n'expose pas les choix retenus pour faire face à la pollution de l'air ;

- la commune n'a pas répondu aux observations formulées auprès du commissaire enquêteur en ce qui concerne le déclassement de parcelles constructibles situées dans le secteur des Coteaux ;

- le classement de leurs parcelles en zone agricole est entaché d'erreur manifeste d'appréciation eu égard notamment à leur situation géographique, leurs caractéristiques et à l'historique des projets d'urbanisation.

Par des mémoires, enregistrés les 17 février 2021 et 27 septembre 2022, la commune de Passy représentée par Me Mollion conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme D et autres au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Passy fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas d'une qualité leur conférant un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 14 septembre 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Par une ordonnance du 20 octobre 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Passy ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Martin, représentant la commune de Passy.

Considérant ce qui suit :

1. Par la délibération du 28 novembre 2019, le conseil municipal de Passy a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Mme D et autres demandent l'annulation de cette délibération et de la décision du 4 février 2020 portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Par suite le moyen tiré de ce que, faute qu'il soit établi que les formalités de publicité requises aient été dûment accomplies, la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme n'aurait pas été exécutoire ne peut être utilement invoqué à l'encontre de la délibération qui a approuvé le plan. Dès lors, si les requérants soutiennent qu'il appartient à la commune de justifier des formalités de publicité prescrites par les dispositions des articles R.153-20 et R.153-21 du code de l'urbanisme relatifs à la publicité de la délibération engageant l'élaboration du plan local d'urbanisme, ce moyen ne peut qu'être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-12 du même code : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal. / () Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs. En cas d'urgence, le délai peut être abrégé par le maire sans pouvoir être toutefois inférieur à un jour franc. ".

4. Mme D et autres soutiennent qu'il appartient à la commune de Passy de démontrer que les conseillers municipaux appelés à se prononcer sur l'approbation du plan local d'urbanisme ont été destinataires d'une convocation régulière ainsi que d'une note de synthèse. Il ressort des pièces du dossier que la convocation des conseillers municipaux à la réunion du conseil municipal du 28 novembre 2019 a été effectuée le 22 novembre 2019 et comprenait les questions portées à l'ordre du jour et, plus particulièrement, celle de l'approbation du plan local d'urbanisme. La commune de Passy produit également une copie du message électronique adressé aux conseillers municipaux le 22 novembre 2019 et contenant notamment, en pièces jointes, une note de synthèse relative à l'approbation du plan local d'urbanisme. Le moyen soulevé par les requérants doit donc être écarté.

5. Aux termes de l'article L.151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. /()".

6. Conformément aux dispositions précitées de l'article L.151-4 du code de l'urbanisme, le rapport de présentation, dans son tome II, comporte un diagnostic environnemental. Celui-ci comprend une partie relative à la qualité de l'air rappelant que la commune de Passy fait partie des communes concernées par le plan de protection de l'atmosphère de la vallée de l'Arve et comportant notamment une analyse de l'évolution de la qualité de l'air et des préconisations en terme d'enjeux. Une synthèse des incidences attendues du plan local d'urbanisme sur la qualité de l'air ainsi que des indicateurs de suivi permettant de suivre ces impacts y sont également mentionnés. A ce sujet, le tome I du rapport de présentation comporte une orientation " agir sur le développement urbain pour maîtriser les besoins énergétiques et préserver la qualité de l'air " et sa traduction dans les moyens retenus au projet d'aménagement et de développement durables ainsi que dans le règlement, notamment dans la définition des zones U et AU pour limiter les déplacements ou les mesures propres à favoriser des modes de déplacements alternatifs à la voiture individuelle. Le rapport de présentation expose également les choix retenus pour établir l'orientation d'aménagement et de programmation thématique " énergie " conçue pour répondre aux enjeux liés notamment à la qualité de l'air. Ainsi, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le rapport de présentation expose les choix retenus pour permettre la prise en compte des enjeux liés à la pollution de l'air. Si les requérants s'interrogent sur la pertinence des choix d'urbanisation retenus et font état de ce que le plan de protection de l'atmosphère de la vallée de l'Arve serait insuffisant pour lutter contre la pollution de l'air, ces circonstances ne permettent toutefois pas de démontrer que le rapport de présentation serait insuffisant sur cette question. Ainsi, il n'est pas établi que le rapport de présentation serait insuffisant.

7. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / () ".

8. Les requérants soulèvent un moyen tiré de l'insuffisance de l'enquête publique en ce que la commune n'aurait pas répondu aux observations du public relatives au déclassement de parcelles constructibles dans le secteur des Coteaux, malgré les demandes du commissaire enquêteur. Ce moyen n'est toutefois pas assorti de précisions quant à son fondement juridique. Par ailleurs, ainsi que le fait valoir la commune, il ne ressort pas des dispositions de l'article R.123-19 du code de l'environnement que la commune serait tenue de répondre à chacune des observations du public. Le moyen doit, par suite, être écarté.

9. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

10. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

11. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

12. Les parcelles appartenant aux requérants, cadastrées section O nos 1481, 1484, 1485, 1486, 1490 et 2050, situées dans le secteur de Bay, sont classées en zone agricole. Si les requérants soutiennent que celles-ci sont dépourvues de tout intérêt agricole, sont desservies par les réseaux et jouxtent, au nord-ouest et au nord-est, un secteur classé en zone Ud, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il s'agit d'un tènement enherbé, non bâti et s'ouvrant au sud vers un vaste espace rural. Son classement antérieur et les projets d'urbanisation passés sont sans incidence sur la légalité de son classement qui demeure, par ailleurs, cohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables notamment tournées vers la préservation des plaines agricoles et prairies, la limitation de l'étalement urbain, la maîtrise des besoins énergétiques par la limitation de l'habitat diffus générateur de déplacements en recentrant l'urbanisation sur des pôles stratégiques dont le tènement ne fait pas partie. En outre, il n'appartient pas au juge d'apprécier le bien-fondé de l'avis personnel émis par le commissaire enquêteur sur le projet soumis à enquête publique. Les requérants ne peuvent ainsi utilement soutenir que l'appréciation du commissaire enquêteur serait erronée ou injustifiée. Ainsi, au regard de la vocation du secteur en bordure duquel les parcelles des requérants se situent et du parti d'aménagement retenu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement litigieux procède d'une erreur manifeste d'appréciation. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que Mme D et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 28 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Passy a approuvé son plan local d'urbanisme ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant rejet de leur recours gracieux.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Passy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme D et autres et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme D et autres la somme demandée par la commune de Passy au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Passy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme B D, en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Passy.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente rapporteur,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2002000

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