vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | GHANASSIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er avril 2020, M. E B, représenté par Me Ghanassia, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 février 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au bénéfice de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère, à titre principal, de faire droit à sa demande dans un délai de quinze jours et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jour à compter du prononcé du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen réel de la situation particulière de son épouse ;
- elle est entachée d'un vice de procédure du fait de l'absence de consultation du maire en application de l'article R. 421-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le préfet de l'Isère conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions principales et au rejet de la demande présentée en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête dès lors que Mme B a été convoquée le 20 janvier 2023 pour actualiser sa situation administrative en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Par une ordonnance du 13 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (25 %) par une décision du 12 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant kosovare né en 1965, a sollicité le 29 mai 2018 l'admission en France de son épouse au titre du regroupement familial sur place. Par une décision du 6 février 2020, le préfet de l'Isère a refusé de faire droit à cette demande. M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Si le préfet de l'Isère fait valoir qu'il a convoqué le 20 janvier 2023 l'épouse de M. B afin d'actualiser sa situation en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à l'issue de ce rendez-vous, un titre de séjour ait été effectivement délivré à l'intéressée. Par suite, le refus attaqué du 6 février 2020 ne peut être regardé comme ayant été rapporté. Il suit de là que la requête n'a pas perdu son objet. L'exception de non-lieu à statuer doit dès lors être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision a été signée par Mme C D, directrice de la citoyenneté, de l'immigration et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet du 5 novembre 2019, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs du 31 décembre 2019 et dès lors opposable au requérant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et notamment les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. A cet égard, la circonstance que la décision ne mentionne pas les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne permet pas de considérer qu'elle serait insuffisamment motivée en droit dès lors que cette convention n'est pas le fondement du refus. Par suite, la décision satisfait aux exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de l'épouse de M. B n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier. Dès lors, ce moyen ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " Peut être exclu du regroupement familial : / () / 3° Un membre de la famille résidant en France ". Aux termes de l'article L. 421-1 de ce code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial est donnée par l'autorité administrative compétente après vérification des conditions de logement et de ressources par le maire de la commune de résidence de l'étranger ou le maire de la commune où il envisage de s'établir. Le maire, saisi par l'autorité administrative, peut émettre un avis sur la condition mentionnée au 3° de l'article L. 411-5. Cet avis est réputé rendu à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative ". Aux termes de l'article L. 421-3 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " A l'issue de l'instruction, le maire émet un avis motivé. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative. () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration du délai de deux mois prévu à l'article L. 421-3, cet avis est réputé favorable ".
7. Il résulte de ces dispositions que la légalité de la décision du préfet d'accorder l'autorisation d'entrer en France dans le cadre de la procédure de regroupement familial est subordonnée, notamment, aux vérifications des conditions de logement et de ressources de l'étranger formulant une telle demande et que cette autorisation doit, en vertu des dispositions combinées des articles L. 421-2, L. 421-3 et R. 421-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, être précédée d'un avis motivé du maire de la commune de résidence du pétitionnaire. Cette consultation obligatoire du maire de la commune préalablement à la décision du préfet statuant sur une demande de regroupement familial, qui a pour objet d'éclairer l'autorité administrative compétente, par un avis motivé, sur les conditions de ressources et d'hébergement de l'étranger formulant une telle demande, constitue ainsi une garantie instituée par le législateur et précisée par le pouvoir réglementaire sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'en l'absence d'avis explicitement formulé, cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la communication du dossier par l'autorité administrative.
8. M. B ne conteste pas que son épouse, déjà présente sur le territoire français, entrait dans les prévisions du 3° de l'article L. 411-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui excluent du droit au regroupement familial les étrangers déjà présents sur le territoire quelles que soient leurs conditions de logement et de ressources. Il ne se prévaut pas d'une disposition faisant exception à celles-ci et ce motif était de nature à fonder légalement le refus d'accorder le regroupement familial. Dès lors que son épouse était exclue de cette procédure, le préfet de l'Isère n'était pas tenu de saisir pour avis le maire de la commune de résidence de l'intéressé aux fins de vérification des conditions de logement et de ressources en application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est marié avec son épouse depuis le 20 février 2016, l'intéressé précisant qu'ils entretiennent une relation depuis six ans. Il est le père de trois enfants issus d'une précédente union nés en 1996, 1998 et 2006 et fait valoir que la présence de son épouse lui est nécessaire pour l'organisation du foyer, dès lors notamment que ces deux derniers enfants sont encore à sa charge. Toutefois, le dernier enfant de M. B était âgé de 13 ans à la date de la décision attaquée, ces deux autres enfants étant déjà majeurs. En outre, en se bornant à se prévaloir de la circonstance que son activité professionnelle est prenante, il n'établit pas que la présence de son épouse serait indispensable à l'éducation de son dernier enfant. Aucun élément n'est par ailleurs produit quant aux attaches de son épouse sur le territoire français, au-delà de la seule cellule familiale. Enfin, la décision attaquée n'a pas pour effet, par elle-même, de séparer le requérant de son épouse, qui réside sur le territoire français depuis plusieurs années. Dans ces circonstances, la décision portant refus de regroupement familial attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
12. M. B se prévaut de la circonstance que ses trois enfants seraient privés de leur belle-mère, à laquelle ils sont attachés dans la mesure où elle s'occupe d'eux depuis longtemps. Toutefois, d'une part, deux des trois enfants de M. B étaient majeurs à la date de la décision attaquée. D'autre part, et en ce qui concerne le dernier, il ne ressort pas des pièces du dossier que la présence de sa belle-mère serait indispensable à son éducation, alors que son père et ses deux aînés résident par ailleurs sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
13. En septième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points qui précèdent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Ghanassia et au préfet de l'Isère.
Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. L'Hôte, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
La rapporteure,
M. D'ELBREIL
Le président,
V. L'HÔTELa greffière,
V. BARNIER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026