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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002159

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002159

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 avril 2020 et le 7 septembre 2021, M. C B, représenté par Me Olivier, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2020-DEL-010 du 3 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'Habitat de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les dispositions des articles L. 2121-10, L. 2121-11 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales n'ont pas été respectées pour l'adoption des délibérations du 3 juin 2019 et de la délibération du 3 février 2020 ;

- les règlements graphiques méconnaissent les dispositions de l'article R. 151-9 du code de l'urbanisme du fait de leur imprécision ;

- le classement de la parcelle B n° 1033 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 15 juillet 2021 et le 8 novembre 2021, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, représentée par la société d'avocats Conseil affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 600 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 novembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme A,

- les observations de Me Bernard-Duguet, pour M. B,

- et les observations de Me Djeffal, pour la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 3 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H). M. B est propriétaire de la parcelle cadastrée à la section B n° 1033 située dans le hameau de Primbois à Bloye qui a été classée en zone naturelle par le règlement du plan local d'urbanisme intercommunal.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la convocation et l'information des conseillers communautaires :

2. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce code : " () une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal (). Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs () ". Enfin aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

S'agissant des délibérations du 3 juin 2019 :

3. En premier lieu, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a versé aux débats la convocation adressée le 28 mai 2019 aux conseillers communautaires, sur laquelle figure l'ordre du jour de la séance relative au PLUi-H, et plus précisément sur la prise en compte du code de l'urbanisme modernisé, sur le bilan de la concertation et sur l'arrêt du projet de PLUi-H. Elle produit également la note de synthèse n° 166 composée de 11 pages et des annexes portant sur ces trois objets. Dans ces conditions, les conseillers communautaires ont disposé d'une information suffisante, dans le délai réglementaire, pour délibérer, d'une part, sur l'application de l'ensemble des articles R. 151-1 à R. 151-55 du code de l'urbanisme dans leur rédaction en vigueur au 1er janvier 2016 au PLUi-H en cours d'élaboration, d'autre part, sur le projet de PLUi-H arrêté et, enfin, sur le bilan de la concertation. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. En second lieu, les mesures de publicité de chacune de ces délibérations sont sans incidence sur leur légalité. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

S'agissant de la délibération du 3 février 2020 :

5. En premier lieu, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a versé aux débats la convocation adressée le 28 janvier 2020 aux conseillers communautaires, sur laquelle figure l'ordre du jour de la séance, notamment le point 1.2 intitulé " l'approbation du PLUi-H ", ainsi que la note de synthèse n° 173 qui porte sur l'entier dossier du PLUi-H. Dans ces conditions, les conseillers communautaires ont disposé d'une information suffisante, dans le délai réglementaire, pour délibérer sur le projet de PLUi-H. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En second lieu, les mesures de publicité de la décision attaquée sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

En ce qui concerne les règlements graphiques :

7. Aux termes de l'article R. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement contient exclusivement les règles générales et servitudes d'utilisation des sols destinées à la mise en œuvre du projet d'aménagement et de développement durables, dans le respect de l'article L. 151-8, ainsi que la délimitation graphique des zones prévues à l'article L. 151-9 ". Aux termes de l'article R. 151-10 de ce code : " Le règlement est constitué d'une partie écrite et d'une partie graphique, laquelle comporte un ou plusieurs documents. () ". Selon l'article R. 151-14 du même code : " Le ou les documents graphiques font apparaître les limites des zones, secteurs, périmètres, espaces que le plan local d'urbanisme identifie en application de la présente section. ".

8. Si la commission d'enquête publique a formulé des remarques sur les règlements graphiques, la communauté de communautés Rumilly Terre de Savoie a toutefois procédé après l'enquête publique à des modifications des règlements graphiques, ainsi que cela ressort de la note de synthèse soumise aux conseillers communautaires en vue de l'approbation du PLUi-H. En ce qui concerne la commune de Bloye, il ressort du règlement graphique 3b.1 que la parcelle de M. B a été intégralement classée en zone naturelle, ainsi que tout le vaste secteur auquel elle appartient. La circonstance que sa parcelle est en outre grevée, de manière très accessoire, d'un " espace boisé classé à conserver ", n'est pas de nature à rendre le classement de la parcelle imprécis et à mettre le requérant dans une situation d'insécurité juridique. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 151-9 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le classement de parcelle :

9. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".

10. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

11. Il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement graphique 3b.1 que la parcelle B n° 1033, d'une surface d'environ 1 800 m², s'insère dans un ensemble peu dense de constructions à dominante rurale. Comme il a déjà été dit, l'ensemble du secteur est classé en zone naturelle, y compris les parcelles construites proches de la parcelle de M. B. Celle-ci est à l'état de friche, en partie boisée et elle est dépourvue de toute construction. Si la parcelle est susceptible d'être desservie par les réseaux et par une voie publique, cela ne fait pas obstacle à son classement en zone naturelle. En outre, la double circonstance que la commune de Bloye lui a rappelé ses obligations d'entretien des haies de la parcelle dans un souci de sécurité publique et qu'elle n'a jamais été exploitée ne lui retire pas son caractère naturel. Par ailleurs, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal n'ont pas défini de pôle secondaire pour la commune de Bloye qui présente un caractère essentiellement rural et agricole. Ce parti pris d'urbanisme est cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) dont les orientations (Axe 1) consistent à " permettre un développement adapté sur les communes-villages ". Dans ces conditions, M. B ne peut se prévaloir de l'une des orientations du PADD qui tend à " proposer ponctuellement une offre de terrains dont la constructibilité sera limitée " dans les hameaux pour l'accueil d'un habitat individuel. Ainsi, le classement en zone naturelle de la parcelle de M. B, non construite, à l'état naturel et se situant dans un ensemble de constructions n'ayant aucune vocation à être densifié, n'est pas incohérent avec le PADD. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle B n° 1033 en zone naturelle doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de ce que le classement serait incohérent avec le PADD.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la délibération attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les conclusions présentées par M. B, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. B est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 avril 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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