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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002195

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002195

lundi 15 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROCHER-THOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2020, la société civile immobilière (SCI) La Cathédrale, représentée par Me Rocher-Thomas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 mars 2020 par laquelle le maire délégué d'Annecy a informé les riverains et les habitants du passage de la Cathédrale à Annecy de l'installation de conteneurs enterrés au droit du 2 Passage de la Cathédrale ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Annecy la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI La Cathédrale soutient que :

- la requête est recevable dès lors que la décision attaquée fait grief aux riverains et alors qu'aucune autre décision ne formalise la création des conteneurs enterrés dans le Passage de la Cathédrale ;

- la décision n'ayant pas fait l'objet d'une notification, les délais de recours contentieux n'ont pas commencé à courir ; la requête n'est donc pas tardive ;

- la décision est entachée de l'incompétence de son signataire en application de l'article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales ;

- la décision a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 621-32 du code du patrimoine ;

- la création de conteneurs enterrés porte atteinte à l'aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine, qui a le caractère d'une servitude d'utilité publique, et à son règlement ;

- aucune déclaration préalable de travaux n'a été présentée, en méconnaissance de l'article R. 421-23 et de l'article R. 421-24 du code de l'urbanisme ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article 11 du règlement de collecte relatif à la circulation des véhicules de collecte et à la sécurité ;

- la décision est entachée d'un défaut de base légale, du fait de l'absence d'un règlement spécifique d'implantation de points de collecte ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article UH 4-1 du plan local d'urbanisme ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 82 du règlement sanitaire départemental.

Par un mémoire en défense, enregistré 31 août 2021, la commune nouvelle d'Annecy, représentée par la société d'avocats CDMF - Affaires publiques, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la SCI La Cathédrale une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune d'Annecy fait valoir que :

- la requête n'est pas recevable dès lors que la lettre contestée ne présente pas le caractère d'une décision administrative et n'est pas susceptible de recours ; elle ne constitue qu'une lettre d'information générale sur le démarrage de travaux de fouilles d'archéologie préventive préalablement à l'installation de conteneurs enterrés ;

- subsidiairement, la requête est mal dirigée ;

- la SCI La Cathédrale n'a pas d'intérêt à agir ;

- en tout état de cause, les moyens sont soit infondés, soit inopérants.

Par une lettre du 31 janvier 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 10 mars 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 5 avril 2022.

Vu :

- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code du patrimoine, notamment ses articles L. 522-4 et L. 523-1 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2023 :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Punzano, pour la commune d'Annecy.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité des conclusions en annulation :

1. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

2. Par lettre du 2 mars 2020, le maire délégué de la commune d'Annecy a informé les habitants et les riverains du passage de la Cathédrale que, pour remédier à la problématique des nuisances causées par les dépôts sauvages subies par les riverains de la rue Jean-Jacques Rousseau, la ville procédera en partenariat avec la communauté d'agglomération Grand Annecy à l'installation de conteneurs enterrés et indique qu'au préalable, des fouilles seront réalisées par l'institut national des recherches archéologiques préventives du 23 au 27 mars 2020 sur le site. Selon le bilan de ces fouilles et dans la continuité, la ville entreprendra jusqu'au 17 avril 2020 des travaux pour permettre l'enfouissement des conteneurs.

3. Contrairement à ce que la requérante soutient, le courrier du 2 mars 2020 n'a pas pour objet de décider de l'installation de conteneurs enterrés. Ce courrier consiste en une simple lettre adressée aux habitants et riverains du passage de la Cathédrale les informant de la réalisation de fouilles pour le diagnostic archéologique par l'institut national de recherches archéologiques préventives qui, le cas échéant, seront suivies des travaux d'installation des conteneurs. Dans ces conditions, la lettre du 2 mars 2020 ne présente pas le caractère d'une décision au sens des dispositions précitées. Dès lors, la commune d'Annecy est fondée à soutenir que le recours formé contre cette lettre est irrecevable.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés à l'instance :

5. Les conclusions présentées par la SCI La Cathédrale, partie perdante, sont rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, la SCI La Cathédrale versera la somme de 1 500 euros à la commune d'Annecy au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI La Cathédrale est rejetée.

Article 2 : La SCI La Cathédrale versera la somme de 1 500 euros à la commune d'Annecy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune d'Annecy est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière La Cathédrale et à la commune d'Annecy.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2023.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

D. JOURDAN

La greffière,

C. JASSERAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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