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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002212

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002212

mardi 3 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2020, M. A B, représenté Me Borges de Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis novembre 2018 ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui verser, sous astreinte journalière de 50 euros, les mensualités de l'allocation pour demandeur d'asile qui lui sont dues entre le mois de novembre 2018 et le 26 juin 2019, date à laquelle il a été rétabli dans ses droits ;

3°) de condamner l'OFII à lui verser la somme de 1 500 euros en indemnisation du préjudice moral subi ;

4°) d'assortir les sommes versées des intérêts au taux légal à compter de la demande préalable avec capitalisation des intérêts ;

5°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- eu égard aux vulnérabilités affectant sa famille et qui préexistaient dès avant le mois de novembre 2018 et en raison de sa demande d'asile qui a été déposée le 23 novembre 2018, il avait droit à l'allocation pour demandeur d'asile depuis cette date jusqu'au jour du rétablissement dans ses droits ;

- en ne répondant pas à sa demande de rétablissement de l'allocation pour demandeur d'asile présentée le 15 décembre 2018, l'OFII a commis des fautes qui engagent sa responsabilité et qui lui ont causé un préjudice moral dont il doit être indemnisé.

Par un mémoire enregistré le 11 février 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'OFII fait valoir que :

- il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction dès lors qu'il a rétabli l'intéressé et sa famille dans leurs droits aussitôt qu'il a été porté à sa connaissance les vulnérabilités qui ouvrent droit à l'allocation pour demandeur d'asile ;

- en se mettant en situation de fuite pour s'opposer à leur transfert vers la Belgique, l'intéressé et sa famille se sont mis eux-mêmes dans la situation de vulnérabilité dont ils se plaignent ;

- le préjudice moral n'est pas justifié.

Par une ordonnance du 7 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 décembre 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été informées le 22 novembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires pour défaut de liaison du litige, en application du deuxième alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 5 octobre 2020.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 8 décembre 2022, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letellier, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique.

Les parties ne sont ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est un ressortissant arménien, âgé de 46 ans. Il est entré en France le 7 septembre 2016 accompagné de son épouse et de leurs enfants nés en 1997 et en 2000. Le 22 septembre 2016, il a présenté une demande d'asile et il a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par arrêté du 12 décembre 2016, il a fait l'objet d'un transfert vers la Belgique. Le 28 mars 2017, il a été déclaré en fuite par l'autorité préfectorale. Il s'est à nouveau présenté en préfecture le 23 novembre 2018 et sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée. Le 26 décembre 2018, M. B a présenté une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, réitérée le 26 juin 2019. Le 24 mars 2020, M. B a demandé à l'OFII, par la voie de son conseil, à être rétabli dans ses droits au versement de l'allocation pour demandeur d'asile entre le mois de novembre 2018 et le mois d'octobre 2019, date à laquelle cette allocation lui a été à nouveau versée. Par décisions du 27 mars 2020 et du 2 avril 2020, il a été décidé de faire droit à cette demande, seulement en tant qu'elle porte sur la période du 26 juin 2019 au mois d'octobre 2019. Dans la présente instance, le requérant demande l'annulation du refus de l'OFII de lui verser les mensualités de l'allocation pour demandeur d'asile qu'il estime lui être dues entre le mois de novembre 2018 et le 26 juin 2019, ainsi que la condamnation de l'OFII à verser la somme de 1 500 euros en indemnisation de son préjudice moral.

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () / La décision de suspension, de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis. / Lorsque le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

3. Il résulte de ces dispositions que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'OFII après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'OFII, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. Il résulte de l'instruction que les conditions matérielles d'accueil de M. B ont été suspendues dans la mesure où il a été déclaré en fuite par la préfecture, le 28 mars 2017. Si sa demande d'asile a finalement été enregistrée, il ne dispose pas d'un droit automatique au rétablissement des conditions matérielles d'accueil au jour où il a présenté sa demande. Il n'a fait part à l'OFII de la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve sa famille, du fait de l'état de santé de l'un de ses enfants, que le 26 juin 2019 et il ne s'en est pas prévalu le 26 décembre 2018, date de sa première de demande de rétablissement. En outre, aucune pièce au dossier ne permet de retenir que cet état de vulnérabilité existait dès le 23 novembre 2018. Par suite, l'OFII n'a commis aucune illégalité ni aucune faute en ne le rétablissant dans ses droits qu'au 27 juin 2019. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions indemnitaires doivent également être rejetées.

5. Les conclusions présentées au titre des frais de justice par M. B, partie perdante, sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Borges de Deus Correia et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Ban, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 3 janvier 2023.

La rapporteure,

C. LETELLIER

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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