mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002213 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL PHILIPPE PETIT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 9 avril 2020, le 9 mars 2021 et le 14 avril 2022, Mme B C, désormais représentée par Me le Foyer de Costil, demande au tribunal:
1°) d'annuler le compte-rendu d'entretien professionnel du 5 décembre 2019 pour l'année 2019 établi par la commune de Valence, ainsi que la décision du 13 février 2020 prise sur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Valence de procéder à un nouvel entretien professionnel, sous astreinte journalière de 150 euros à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Valence une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- seul le maire pouvait conduire l'entretien en vertu de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014, des articles L. 2212-1 à L. 2212-5 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 511-1 du code de la sécurité intérieure, non le directeur adjoint de la police municipale, qui n'est pas son supérieur hiérarchique ;
- l'entretien professionnel est entaché d'un vice de procédure, dans la mesure où la convocation, tardive, est intervenue par un courriel du 5 décembre 2019 pour un entretien le jour même et ce courriel n'était accompagné ni de la fiche d'évaluation vierge, ni de la fiche de poste, en méconnaissance de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 ; les conditions irrégulières de la convocation ont eu une influence sur le sens de l'entretien professionnel et l'ont privée d'une garantie ; ses missions ayant évolué significativement à cette période, l'omission de la fiche de poste a eu une incidence directe sur la teneur de l'entretien ;
- en méconnaissance de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014, le compte-rendu final lui a été communiqué à l'issue de l'entretien, et non après que l'agent ait pu y porter ses observations, ce qui l'a privée d'une garantie, puisqu'elle n'a pas pu présenter ses observations dans un cadre régulier;
-le compte-rendu est d'une évidente partialité et ne tient pas compte de la redéfinition de ses missions en 2017 ;
- les reproches formulés dans le compte rendu d'entretien manquent en fait.
Par des mémoires enregistrés le 29 juillet 2020 et le 22 mars 2022, la commune de Valence conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°2006-1392 du 17 novembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des directeurs de police municipale ;
- le décret n°2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 septembre 2022 :
- le rapport de Mme Frapolli,
- les conclusions de M. Argentin,
- les observations de Mme C,
- et les observations de Me Deguerry, représentant la commune de Valence.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, fonctionnaire territoriale, ayant le grade de directeur de police municipale, a été recrutée par la commune de Valence le 17 février 2014. Elle a été évaluée le 5 décembre 2019 au titre de l'année 2019 et a pris connaissance le même jour de son compte-rendu d'entretien professionnel. Estimant que ce document ne reflétait pas la réalité de sa valeur professionnelle, elle a, par courrier du 28 janvier 2020, exercé " un recours gracieux " contre cette évaluation, puis a saisi la commission administrative paritaire le 24 février 2020. Dans la présente instance, Mme C demande au Tribunal d'annuler le compte-rendu d'entretien professionnel du 5 décembre 2019, ainsi que la décision du 13 février 2019 par laquelle la commune de Valence a expressément rejeté sa demande de révision du 28 janvier 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation:
Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête ;
2. En première lieu, aux termes de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 susvisé : " Les modalités d'organisation de l'entretien professionnel sont les suivantes:/ 1° Le fonctionnaire est convoqué huit jours au moins avant la date de l'entretien par le supérieur hiérarchique direct ; / 2° La convocation est accompagnée de la fiche de poste de l'intéressé et d'un exemplaire de la fiche d'entretien professionnel servant de base au compte rendu ; () ". Il ressort des pièces du dossier que Mme C a été convoquée à son entretien professionnel du 5 décembre 2019 par un courriel du jour même, auquel les documents cités au 2° de l'article 6 du décret du 16 décembre 2014 n'étaient pas joints. Ainsi, la procédure de notation telle que définie par les dispositions précitées a été méconnue et, dans les circonstances de l'espèce caractérisées par l'existence de griefs à l'encontre de Mme C qui allaient fonder l'engagement d'un licenciement pour insuffisance professionnelle quelques mois plus tard, la violation de cette procédure a privé Mme C d'une garantie.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 susvisé : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. /La date de l'entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct en fonction, notamment du calendrier de la commission administrative paritaire dont relève l'agent évalué. ". Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité intérieure : " Sans préjudice de la compétence générale de la police nationale et de la gendarmerie nationale, les agents de police municipale exécutent, dans la limite de leurs attributions et sous son autorité, les tâches relevant de la compétence du maire que celui-ci leur confie en matière de prévention et de surveillance du bon ordre, de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques. ()". Aux termes de l'article R. 515-5 de ce code : " Sous réserve des règles posées par le code de procédure pénale en ce qui concerne leurs missions de police judiciaire, les agents de police municipale sont placés, dans leurs missions de police administrative, sous l'autorité hiérarchique du maire de la commune qui les emploie ou auprès duquel ils sont mis à disposition.". Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale, de la police rurale et de l'exécution des actes de l'Etat qui y sont relatifs. ".
4. D'une part, s'il résulte des dispositions précitées du code de la sécurité intérieure et du code général des collectivités territoriales que les policiers municipaux exercent leurs fonctions " sous l'autorité du maire ", ces dispositions n'impliquent pas un rattachement direct à l'exécutif municipal et chaque maire conserve ainsi, en sa qualité de chef de l'administration communale, le pouvoir d'organiser ses services. Mme C n'est dès lors pas fondée à soutenir que seul le maire de Valence aurait été compétent pour conduire son entretien professionnel.
5. D'autre part, toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu du comité technique du 12 septembre 2017 actant la modification de l'organisation de la police municipale, que sa direction a été renforcée par la création d'un deuxième poste d'adjoint au directeur de la police municipale. Mme C, recrutée sur l'emploi de directrice de la police municipale, a été mutée à l'occasion de cette réorganisation sur l'un des deux emplois d'adjoint au directeur de la police municipale (" FE 0458 Adjoint au directeur de la police municipale-chef du Bureau de l'Ordre "). Les fiches de poste de ces deux emplois prévoyaient chacune l'intérim de l'emploi de directeur de la police municipale. Ainsi, par un courrier du 20 juillet 2018 exclusivement adressé à M. A, ancien adjoint de Mme C occupant le deuxième emploi d'adjoint référencé " FE 0458 Adjoint au Directeur de la police municipale ", la direction des ressources humaines de la commune de Valence s'est bornée à rappeler à ce dernier les termes de sa fiche de poste en l'informant qu'il assurait l'intérim de la direction de la police municipale dans l'attente du recrutement d'un nouveau directeur. En revanche et comme le relèvent les motifs du jugement du tribunal administratif de Grenoble n°183424 lu le 17 mai 2021, Mme C n'a pas été, à l'issue de la réorganisation de la police municipale de Valence, placée sous les ordres de M. A. Dès lors ce dernier n'était pas le supérieur hiérarchique direct de Mme C et ne pouvait légalement conduire l'entretien professionnel tel que défini par les dispositions précitées de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 susvisé.
6. Il résulte de ce qui précède que le compte-rendu d'entretien professionnel pour 2019 de Mme C doit être annulé, ainsi que la décision susvisée du 13 février 2019 par laquelle le maire de Valence a rejeté sa demande de révision.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Aux termes de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 susvisé : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu.() ".
8. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'entretien en litige, Mme C a été licenciée et ne conserve plus de lien avec le service. Ainsi et dès lors qu'elle n'a plus la qualité de fonctionnaire, ses conclusions à fin d'injonction tendant à bénéficier d'un nouvel entretien doivent, à la date du présent jugement, être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Valence une somme de 1 500 euros à verser à Mme C. Les conclusions présentées par la commune de Valence, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le compte-rendu d'entretien professionnel pour 2019 de Mme C est annulé, ainsi que la décision susvisée du 13 février 2019 par laquelle le maire de Valence a rejeté sa demande de révision.
Article 2 : La commune de Valence versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4: Le présent jugement sera notifié à Mme C et à la commune de Valence.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
Le rapporteur,
I. Frapolli
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 2002213
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026