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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002250

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002250

mardi 13 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJuge unique 6
Avocat requérantBLANC

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés - le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de conclure dans ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Mme D, représentant le Département de la Savoie.

Considérant de ce qui suit :

1. M. B E A, né le 7 novembre 2001, de nationalité guinéenne, est arrivé dans le département de la Savoie le 18 aout 2016. Il a été pris en charge par le département de la Savoie en tant que mineur non accompagné à compter du 15 Mars 2017. Il a régulièrement été scolarisé au Collège Notre-Dame de la Villette, puis au Lycée Professionnel du Nivolet à La Ravoire en classe de CAP installateur-thermique pendant l'année scolaire 2018-2019. Cette orientation ne lui convenant pas, M. A a été inscrit en classe de CAP IAN ECMS au Lycée des métiers du tertiaire Sainte-Geneviève à compter de la rentrée de septembre 2019. Il est devenu majeur le 7 novembre 2019 et a effectué une demande d'accompagnement jeune majeur en septembre 2019. En date du 26 septembre 2019, le Président du conseil départemental de la Savoie a refusé cet accompagnement aux motifs qu'il s'est mis en échec dans sa première orientation scolaire en raison de son manque d'investissement personnel, qu'il a été l'auteur de " nombreux incidents " dans le précédent foyer où il était hébergé, mettant en exergue " une difficulté à respecter les règles, les autres jeunes accueillis et les éducateurs", qu'il a fait preuve d'autonomie certaine, démontrant l'absence de besoin d'aide éducative et qu'il n'est pas certain d'obtenir un passeport et par voie de conséquence, un titre de séjour. Cette décision a été confirmée le 10 février 2020, suite au recours administratif de l'intéressé, aux motifs que si les éléments produits à l'appui de son recours permettent de présumer de l'évolution positive de sa situation, les nouveaux éléments joints à son courrier n'enlèvent rien au bien-fondé de la décision du 26 septembre 2019 et que de plus, il s'est construit un réseau amical lui permettant de bénéficier d'un hébergement dans l'attente d'une réponse de la préfecture de la Savoie concernant la régularisation de sa situation administrative et que par conséquent, il n'est pas démontré de la nécessité pour lui, à bénéficier d'une prise en charge au titre de sa majorité. Par une ordonnance du 5 mai 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble, saisi par M. A sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de cette décision et enjoint au département de la Savoie de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours.

2. Aux termes des cinquième et sixième alinéas de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles en vigueur à la date de la décision attaquée : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ". L'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles prévoit désormais, dans sa rédaction issue de la loi n° 2022-140 du 7 février 2022, que sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : " () : 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

4. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'ordonnance n° 2002329 du juge des référés en date du 5 mai 2020 suspendant l'exécution de la décision du président du conseil départemental de la Savoie en date du 10 février 2020 rejetant le recours administratif de l'intéressé à l'encontre de la décision du 26 septembre 2019 lui refusant un accompagnement en qualité de jeune majeur, le Département de la Savoie a conclu un contrat jeune majeur avec M. A le 14 mai 2020. Ce contrat a par la suite été renouvelé, prévoyant, entre autres mesures d'accompagnement, une bourse mensuelle de 500 euros à son profit. Le Département de la Savoie soutient, sans être contredit, avoir poursuivi l'aide accordée sur une durée de 7 mois pour un total de 3750 euros, alors même que M. A était déjà nourri et logé durant cette période par une famille. Le Département de la Savoie justifie, également, que l'intéressé a conclu un contrat d'apprentissage le 22 septembre 2020 prenant fin le 30 juin 2021 aux termes duquel il a perçu un salaire mensuel s'élevant à 866,66 euros net, tout en continuant à bénéficiant de la bourse mensuelle de 500 euros précitée jusqu'au 31 décembre 2020. L'intéressé bénéficie, également, d'un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 4 juin 2021 lui permettant de travailler. M. A, qui ne soutient pas avoir contesté la décision du 5 février 2021 rejetant sa demande du 25 janvier 2021 tendant à la poursuite de cette prise en charge, est, par ailleurs, en bonne santé, célibataire et sans enfant à charge. Rien ne fait ainsi obstacle à son insertion sociale. Dans ces conditions, eu égard à l'office du juge rappelé au point 5 consistant à examiner la situation de l'intéressé à la date à laquelle il statue, il n'apparaît pas, à la date du présent jugement, et alors même que la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 a renforcé les obligations des départements à l'égard des jeunes majeurs lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, qu'un défaut de prise en charge de l'intéressé conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance ou serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. M. A ne peut, en outre, se prévaloir des éventuels vices propres de la décision qu'il critique. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant, d'une part, à l'annulation de la décision du 10 février 2020 par laquelle le président du conseil départemental de la Savoie a refusé de faire droit à la demande de contrat jeune majeur présentée par M. A et, d'autre part, au prononcé d'une injonction.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de M. A dirigées contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2002250 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E A, à Me Blanc et au département de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

C. C

Le greffier,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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