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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002332

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002332

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCOUTAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 avril 2020, Mme A épouse E, représentée par Me Coutaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 août 2019 par laquelle a rejeté sa demande de regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'admettre son époux au bénéfice du regroupement familial dans un délai de 15 jours à compter du présent jugement sous astreint de 20 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure en tant que la préfecture n'est pas en mesure de fournir l'avis du maire de sa commune de résidence ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2021, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les autres moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 mars 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 octobre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de Me Angot substituant Me Coutaz, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse E, ressortissante algérienne, arrivée en France en février 2000 est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 3 août 2028. Depuis le 18 mars 2017 elle est mariée avec M. E, ressortissant algérien résidant en France depuis 2014. Le 14 décembre 2017, Mme E a sollicité l'admission en France au titre du regroupement familial au bénéfice de son époux. Par une décision du 2 août 2019, le préfet de l'Isère a rejeté cette demande. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur l'incompétence de l'auteur de l'acte :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision a été signée par Mme D C qui disposait pour ce faire d'une délégation de signature régulière octroyée par arrêté du 25 février 2019 régulièrement publié. Il s'ensuit que le moyen tiré de son incompétence doit donc être écarté.

Sur le vice de procédure :

3. Aux termes des dispositions de l'article de l'article R. 421-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable à la date de la décision : " Le maire dispose d'un délai de deux mois à compter de la réception du dossier pour vérifier si les conditions de ressources et de logement mentionnées à l'article L. 411-5 sont remplies. " aux termes de l'article R. 421-18 du même code : " A l'issue des vérifications sur les ressources et le logement, le maire de la commune où doit résider la famille transmet à l'Agence nationale de l'accueil des étrangers et des migrations le dossier accompagné des résultats de ces vérifications et de son avis motivé. En l'absence de réponse du maire à l'expiration du délai de deux mois prévu à l'article L. 421-3, cet avis est réputé favorable. "

4. Aux termes des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1 - le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance // Peut être exclu de regroupement familial : () 2 - un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. Mme E soutient que le préfet n'a pas été en mesure de fournir l'avis du maire. Toutefois, l'absence alléguée de mention de l'avis implicite du maire de la commune de résidence de la requérante amené à se prononcer sur sa demande de regroupement familial dans le cadre de la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article R. 421-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cet avis est réputé favorable en l'absence de réponse expresse. Au surplus, cet avis ne lie pas l'autorité compétente, et n'est de nature à entacher la décision en litige d'une insuffisance de motivation, ni, en tout état de cause, d'un vice de procédure. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le refus du préfet de faire droit à la demande de regroupement familial de Mme E est fondé sur l'absence de ressources suffisantes, qui en l'espère sont inférieures au montant sur SMIC et d'autre part sur le fait que M. E se maintient irrégulièrement en France. Il ressort toutefois des écritures que ces motifs ne sont pas contestés et sont suffisants pour fonder la décision litigieuse.

7. Il s'ensuit que Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet de l'Isère est entachée d'un vice de procédure.

Sur la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

8. Aux termes des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

9. Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de la rejeter même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions requises tenant aux ressources, au logement ou à la présence anticipée d'un membre de la famille sur le territoire français, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. En l'espèce, Mme E est titulaire d'un certificat de résidence algérien valide jusqu'au 4 août 2028. Elle soutient qu'arrivée en France en 2000, le centre de ses intérêts se trouve désormais en France, où elle s'est durablement installée. Elle s'est mariée avec M. E, le 18 mars 2017 à Sceaux et a alors effectué une demande de regroupement familial. Toutefois, aucune précision n'est donnée sur l'ancienneté et la stabilité de la relation du couple. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, elle n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme E demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E, au préfet de l'Isère et à Me Coutaz.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente,

Mme Triolet, première conseillère,

Mme Beauverger, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

La présidente-rapporteure,

D. B

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

A. Triolet

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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