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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002376

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002376

jeudi 15 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGAILLARD OSTER ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 avril 2020 et le 8 novembre 2021, M. E A, M. G A, M. I A, M. C A, Mme D A et M. H F, représentés par la société d'avocats Gaillard Oster et associés, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 20 février 2020 par laquelle le conseil de la communauté d'agglomération du Grand Annecy a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Villaz ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération du Grand Annecy la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les consorts A et M. F soutiennent que :

- la requête est en tous points recevable ;

- la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme est entachée d'un vice de procédure tirée du défaut des mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration de ce plan ;

- le rapport de l'enquête publique méconnait les dispositions de l'article L. 123-15 et des articles suivants du code de l'environnement ; le commissaire enquêteur n'a pas répondu à leurs observations qui portaient sur le classement en zone agricole de leurs parcelles ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur de droit tirée de l'incompatibilité du classement des parcelles avec les objectifs et les principes énoncés dans le PADD et le rapport de présentation qui identifient le secteur des Vignes comme une polarité secondaire ;

- la délibération attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du fait du classement des parcelles en zone agricole ; elles constituent une dent creuse et présentent toutes les caractéristiques d'une zone urbaine ;

- le précédent document d'urbanisme qui classait les parcelles en zone 2AU est entaché d'illégalité ; cette illégalité fait revivre le règlement national d'urbanisme.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 11 octobre 2021 et le 12 novembre 2021, la communauté d'agglomération du Grand Annecy, représentée par la société d'avocats Adaltys-Affaires publiques, conclut au rejet de la requête, demande à ce qu'il soit le cas échéant sursis à statuer en application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté d'agglomération Grand Annecy fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 16 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la délibération attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 janvier 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme B,

- les observations de Me Gaillard, pour les consorts A et M. F,

- et les observations de Me Buffet, pour Grand Annecy.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 20 février 2020, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération du Grand Annecy a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune de Villaz. Les consorts A sont propriétaires d'une parcelle cadastrée à la section B n° 2172 et M. F est propriétaire de la parcelle voisine, cadastrée à la section B n° 2173. Ces parcelles sont situées au " Champ Gargan " dans le hameau des Vignes, sur le territoire communal. Les parcelles ont été classées en zone agricole par la délibération du 20 février 2020.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme de Villaz :

2. Aux termes de l'article R.153-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : () 1° La délibération qui prescrit l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ".

3. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal n'aurait pas fait l'objet des formalités de publication prévues à l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le rapport du commissaire enquêteur :

4. Aux termes de l'article L. 123-15 du code de l'environnement, dans sa version en vigueur : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête rend son rapport et ses conclusions motivées dans un délai de trente jours à compter de la fin de l'enquête. () ". Aux termes du troisième alinéa de l'article R. 123-19 du code de l'environnement dans sa rédaction alors applicable : " () Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet () ". En application de ces dispositions, le commissaire enquêteur, qui n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées au cours de l'enquête publique, doit donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens.

5. Le commissaire enquêteur a mentionné et analysé les observations faites au cours de l'enquête publique, dont celles émises par les consorts A et par M. F relatives au classement de leurs parcelles. S'il n'a émis qu'une brève réponse à cette observation, qui ne fait pas apparaître sa position sur la modification du classement sollicité, le commissaire enquêteur n'était pas tenu, en tout état de cause, de formuler un avis spécifique et de motiver chacune des observations émises. Par suite, le rapport de la commission d'enquête n'a pas méconnu les exigences des articles L. 123-15 et R. 123-19 du code de l'environnement.

En ce qui concerne la cohérence entre le règlement graphique et les autres documents du plan local d'urbanisme :

6. Selon l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement () ". L'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales () permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 - L. 101-3. ".

7. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

8. D'une part, si les requérants soutiennent que le règlement ne traduirait pas parfaitement le PADD faute de comporter un secteur urbain suffisamment grand pour traduire les objectifs d'urbanisation de la commune dans le hameau des Vignes, il ne se livrent qu'à un examen limité à leurs seules parcelles, sans faire une analyse globale à l'échelle du territoire communal. D'autre part, les requérants se prévalent de certains objectifs du PADD pour soutenir que le classement de leurs parcelles en zone agricole est incompatible avec les objectifs du PADD et avec le rapport de présentation. Toutefois, ce même PADD prévoit de " poursuivre progressivement la structuration du hameau des Vignes, qui a déjà un projet urbain programmé (environ 35 logements), autour de limites claires d'urbanisation ". Cet objectif repose sur un secteur de confortement (mobilisation des dents-creuses et des extensions urbaines mesurées) en y développant principalement de l'habitat intermédiaire et individuel. Le rapport de présentation précise qu'il est nécessaire de structurer l'urbanisation autour d'espaces qualitatifs, de définir des limites claires d'urbanisation et de limiter, voire stopper, son urbanisation linéaire. Ce parti d'urbanisme a pour corollaire de reclasser en zone agricole (voire naturelle) les secteurs bâtis ou non bâtis situés en dehors des limites claires d'urbanisation. C'est le cas notamment des deux zones 2AU au contact d'un espace agricole, ou celle de dimension trop importante au regard de la rétention foncière accordée par le schéma de cohérence territoriale (SCoT) de la région annécienne. Tel est le cas des parcelles des requérants, précédemment classées en zone 2AU. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté comme non fondé.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation du classement des parcelles :

9. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

10. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

11. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section B n° 2172 et 2173 forment un tènement d'environ 8 000 m². Compte tenu de cette vaste superficie, ce tènement ne peut être regardé comme une " dent creuse ". Bien qu'il soit entouré par trois côtés de constructions édifiées en zone Ub3 " secteur périphérique de densification intermédiaire ", il est enherbé et s'ouvre à l'Ouest, au-delà d'une haie végétale, sur un vaste secteur agricole paysager puis sur une zone naturelle. Par ailleurs, les parcelles quoique desservies par une voie publique, une ligne de bus et un trottoir, sont dépourvues de toute construction. La circonstance qu'elles soient desservies par les différents réseaux n'est pas un obstacle au classement en zone agricole. Par ailleurs, il ressort du PADD qu'en dehors des secteurs strictement définis destinés à l'urbanisation et qui, pour le hameau secondaire des Vignes s'opère de manière limitative, les auteurs du PLU ont entendu préserver les espaces agricoles. Enfin les requérants ne détiennent aucun droit acquis au maintien de ce classement répondant à un autre parti d'urbanisme. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle en zone agricole doit être écarté dans toutes ses branches.

En ce qui concerne l'illégalité du précédent plan local d'urbanisme :

12. Si les requérants invoquent l'exception d'illégalité de l'ancien plan local d'urbanisme, la délibération attaquée du 20 février 2020 qui approuve le plan local d'urbanisme de Villaz a nécessairement abrogé le plan local d'urbanisme tel qu'approuvé par la délibération du 7 novembre 2011. Ce document d'urbanisme n'étant plus en vigueur, les requérants ne sauraient utilement en invoquer l'exception d'illégalité à l'occasion de la contestation de la délibération du 20 février 2020 approuvant le plan local d'urbanisme communal.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les conclusions présentées par les requérants, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la communauté d'agglomération du Grand Annecy sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête des consorts A et de M. F est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté d'agglomération du Grand Annecy en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. E A, en application de l'article R.751-3 du code de justice administrative et à la communauté d'agglomération du Grand Annecy.

Délibéré après l'audience du 29 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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