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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002384

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002384

vendredi 29 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002384
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGALLETY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 avril 2020 et le 15 novembre 2021, Mme C B, représentée par Me Gallety, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2019 par lequel le maire de la commune de Porcieu-Amblagnieu a opposé un sursis à statuer à sa déclaration préalable de division des parcelles cadastrées section C numéros 700, 701, 702 et 703 en vue de construire ;

2°) d'annuler la décision du 4 mars 2020 par laquelle le maire de la commune de Porcieu-Amblagnieu a rejeté son recours gracieux du 8 janvier 2020 ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de Porcieu-Amblagnieu d'instruire à nouveau sa demande dans le délai qui lui sera imparti à cet effet ;

4°) de condamner la commune aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Porcieu-Amblagnieu une somme de 2 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le projet de division en vue de construire une seule maison d'habitation dans un secteur déjà urbanisé n'est pas de nature à compromettre l'exécution du futur plan et que le maire a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 31 août 2021 et le 31 mars 2022, la commune de Porcieu Amblagnieu, représentée par Me Cognat, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme B la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le moyen soulevé par Mme B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Morel, rapporteur public,

- et les conclusions de Me Gallety, représentant Mme B et Me Cognat représentant la commune de Porcieu-Amblagnieu.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est propriétaire d'une unité foncière située le long de la voie du Gros Buis dans le hameau de Marieu sur le territoire de la commune de Porcieu-Amblagnieu (38). Ce tènement est composé des parcelles cadastrées section C numéros 700, 701, 702 et 703 qui étaient alors soumises au règlement national d'urbanisme après l'annulation du plan d'occupation des sols. Le 4 octobre 2019, elle a déposé en mairie de Porcieu-Amblagnieu une déclaration préalable de division de cette unité foncière en vue de construire. Par arrêté du 12 novembre 2019, le maire a opposé un sursis à statuer à cette demande au motif que le terrain d'assiette du projet est destiné à être classé dans le futur plan local d'urbanisme en cours d'élaboration en zone UH dont le règlement interdit toute nouvelle construction d'habitation et qu'en conséquence l'opération envisageait compromettrait l'exécution du futur PLU " en ce qu'elle permettrait de constituer à partir des parcelles susvisées un lotissement de 2 lots, avec cristallisation des règles pendant 5 ans, en vue de la construction d'une nouvelle habitation située en dehors du bourg ". Par décision du 4 mars 2020, le maire rejeté le recours gracieux que Mme B a présenté le 8 janvier 2020. Mme B demande l'annulation des décisions des 12 novembre 2019 et 4 mars 2020.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable ".

3. Il est vrai que le sursis à statuer du 12 novembre 2019 opposé à la demande de Mme B se fonde sur un parti d'urbanisme clairement exprimé dans le plan d'aménagement et de développement durables du conseil municipal approuvé par délibération du conseil municipal du 14 juin 2017 et rigoureusement décliné par les règlements graphiques et écrit tels qu'arrêtés par délibération du 22 juillet 2019. Le plan d'aménagement et de développement durables est ainsi centré sur une " urbanisation ciblée sur la densification d'un nombre limité de hameaux et de quartiers situés en dehors du bourg " et l'exclusion, en dehors des sites ainsi identifiés, de toute urbanisation à l'exception du confortement des noyaux anciens des hameaux et des possibilités liées à l'évolution des constructions existantes ". A cet égard, le projet de rapport de présentation précise que le choix est de limiter l'urbanisation en dehors du bourg et, à cette fin, de cibler les hameaux et quartiers situés en dehors du bourg qui peuvent seuls accueillir une urbanisation nouvelle parmi lesquels ne figure pas le hameau du Marieu à l'exception du noyau ancien à l'intérieur duquel ne se situe pas le terrain d'assiette. Ce document souligne en particulier pour le hameau de Marieu " à dominante agricole " " l'effet déstructurant des extensions pavillonnaires le long des rues du Puits et du Gros Buis " et qu'une " densification ne ferait qu'accentuer ce phénomène, d'autant plus que les maisons ont souvent été implantées sur de grands jardins offrant des possibilités de divisions parcellaires ". En cohérence avec ces orientations, le projet de plan graphique classe le terrain d'assiette du projet de Mme B en zone UH, dont le projet de règlement autorise uniquement l'évolution du bâti existant et interdit les constructions nouvelles à destination d'habitation.

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet de Mme B, qui comporte déjà une maison d'habitation, se situe dans le hameau de Marieu à l'intérieur de la zone résidentielle qui s'est développée le long de la rue du Gros Buis. Il est ainsi entouré de nombreuses constructions sur trois de ses côtés et se rattache à une partie urbanisée de la commune. Le lot détaché d'une surface de 1 133 m2 est ainsi inclus dans la bande urbanisée qui s'est formée autour de l'axe de la voie publique et présente en lui-même un potentiel agricole très limité. En conséquence, le projet de Mme B ne préjudiciera pas à l'exploitation de l'espace agricole contigu à un des côtés et ne favorisera pas une extension ou une dispersion de l'urbanisation existante. Par ailleurs, la commune fait valoir l'effet dissuasif de sa décision qui avait pour objectif, à la date à laquelle elle a été prise quelques semaines avant l'approbation du plan local d'urbanisme, de prévenir une multiplication des demandes de certificats d'urbanisme ou d'autorisations d'urbanisme dans les futures zones UH interdisant toute nouvelle construction. Toutefois, elle n'apporte à l'instance aucun élément de nature à étayer qu'il existait, à la date à laquelle elle a opposé le sursis à statuer contesté et avant l'approbation du plan local d'urbanisme le 9 mars 2020, un risque avéré de multiplication du nombre de demandes d'autorisation d'urbanisme dans les futures zone UH et, par ailleurs, une telle circonstance ne saurait conduire à la dispenser de procéder à l'appréciation de l'incidence concrète du projet de Mme B sur l'exécution du futur plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, compte tenu de la configuration de son emplacement, le projet de division présenté par Mme B en vue de construire une seule maison d'habitation n'est pas de nature, par son impact, à compromettre l'exécution du futur plan ou à la rendre plus onéreuse. Par suite, en opposant un sursis à statuer à la déclaration préalable de Mme B, le maire de Porcieu-Amblagnieu a commis une erreur d'appréciation et a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme citées au point 2.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.

Sur les conclusions d'injonction :

6. Le sursis à statuer en litige ne constitue pas une décision s'opposant à une déclaration préalable au sens de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme qui impose que cette décision indique l'intégralité des motifs qui le fondent. Dès lors, il n'y a pas lieu d'enjoindre au maire de la commune de Porcieu-Amblagnieu de délivrer l'autorisation sollicitée par Mme B. En revanche, il y a lieu d'enjoindre à ce dernier de statuer à nouveau sur la demande de déclaration préalable de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, étant précisé, d'une part, que la décision de sursis à statuer annulée doit être regardée comme un refus au sens des dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme et, d'autre part, que Mme B n'est pas tenue de confirmer sa demande qui devra être examinée dans le délai imparti sur le fondement des dispositions applicables à la date de la décision du 12 novembre 2019.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Porcieu-Amblagnieu, partie perdante, puisse en demander le bénéfice. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros à verser à Mme B sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 novembre 2019 du maire de Porcieu-Amblagnieu et sa décision du 4 mars 2020 rejetant le recours gracieux de Mme B sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Porcieu-Amblagnieu de réexaminer la demande de déclaration préalable déposée par Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement.

Article 3 : La commune de Porcieu-Amblagnieu versera à Mme B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Porcieu-Amblagnieu tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à la commune de Porcieu- Amblagnieu.

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Paquet, présidente,

M. Ban, premier conseiller.

Mme Letellier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.

Le rapporteur,

J-L. A

La présidente,

D. Paquet

La greffière,

A. Zanon

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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