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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002442

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002442

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 24 avril 2020, le 22 juin 2020 et le 18 juillet 2022, la Fondation Partage et Vie, représentée par la SCP Juri Europ, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2019 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser le licenciement de Mme A ;

2°) d'annuler la décision par laquelle la ministre du travail a tacitement rejeté son recours hiérarchique ;

3°) d'annuler la décision du 23 avril 2020 par laquelle la ministre du travail a confirmé la décision de l'inspecteur du travail en date du 23 septembre 2019.

Elle soutient que :

- la décision de l'inspecteur du travail est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il a recherché la cause de l'inaptitude de Mme A ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'appréciation ;

- la décision de la ministre du travail est entachée d'erreur de fait et d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 avril 2022, le 14 juillet 2022 et le 15 septembre 2022, Mme B A, représentée par la SELARL Loia avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la Fondation Partage et Vie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la Fondation Partage et Vie ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 17 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,

- les observations de Me Pesson, représentant la Fondation Partage et Vie, et celles de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, employée par la Fondation Partage et Vie comme encadrante des soins au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes (EHPAD) Le Moulin, sur le territoire de la commune de Saint-Etienne-de-Saint- Geoirs, détenait par ailleurs les mandats de déléguée du personnel, membre du comité d'établissement, déléguée syndicale et conseillère du salarié. Son employeur a sollicité, par courrier du 25 juillet 2019, auprès de l'inspection du travail l'autorisation de la licencier pour inaptitude. Par une décision du 23 septembre 2019, l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser ce licenciement. La Fondation Partage et Vie a formé le 24 octobre 2019 un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision devant la ministre du travail. Par décision expresse du 23 avril 2020, la ministre du travail a confirmé la décision de l'inspecteur du travail. Par sa requête, la Fondation Partage et Vie demande au tribunal d'annuler la décision de l'inspecteur du travail du 23 septembre 2019, la décision de la ministre du travail rejetant tacitement son recours hiérarchique puis celle du 23 avril 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. En conséquence, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision implicite doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse de rejet.

3. Il en résulte que les conclusions de la requête, qui sont dirigées contre la décision implicite de rejet du recours hiérarchique formé contre la décision de l'inspecteur du travail du 23 septembre 2019, doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision de la ministre du travail du 23 avril 2020 qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de l'inspecteur du travail du 23 septembre 2019 :

4. En vertu du code du travail, les salariés protégés bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l'un de ces salariés est envisagé, il ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par l'inaptitude du salarié, il appartient à l'inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge, si cette inaptitude est telle qu'elle justifie le licenciement envisagé, compte tenu des caractéristiques de l'emploi exercé à la date à laquelle elle est constatée, de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé, des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi et de la possibilité d'assurer son reclassement dans l'entreprise. En revanche, dans l'exercice de ce contrôle, il n'appartient pas à l'administration de rechercher la cause de cette inaptitude. Toutefois, il appartient en toutes circonstances à l'autorité administrative de faire obstacle à un licenciement en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par un salarié ou avec son appartenance syndicale. Par suite, même lorsque le salarié est atteint d'une inaptitude susceptible de justifier son licenciement, la circonstance que le licenciement envisagé est également en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées par l'intéressé ou avec son appartenance syndicale fait obstacle à ce que l'administration accorde l'autorisation sollicitée. Le fait que l'inaptitude du salarié résulte d'une dégradation de son état de santé, elle-même en lien direct avec des obstacles mis par l'employeur à l'exercice de ses fonctions représentatives est à cet égard de nature à révéler l'existence d'un tel rapport.

5. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser d'autoriser le licenciement pour inaptitude de Mme A, l'inspecteur du travail a relevé que cette demande est en lien avec l'exercice de ses mandats représentatifs.

6. En premier lieu, la Fondation Partage et Vie soutient que l'inspecteur du travail aurait méconnu l'étendue de son contrôle en recherchant la cause de l'inaptitude de Mme A. S'il est vrai que la décision attaquée mentionne que la dégradation de l'état de santé de Mme A serait, d'après plusieurs avis médicaux, en lien avec ses conditions de travail, toutefois il en résulte que l'inspecteur du travail a relevé plusieurs faits de nature à établir un lien entre la demande de licenciement litigieuse et l'exercice des mandats de déléguée du personnel occupés par l'intéressée. Il a ainsi relevé que la demande d'autorisation de licenciement pour inaptitude intervenait dans un contexte dans lequel, d'une part, Mme A avait été mise en cause par un auditeur externe à la Fondation, lors d'une réunion collective, sur les conditions d'exécution de son mandat syndical, d'autre part, qu'elle avait fait l'objet un an auparavant d'une procédure de licenciement pour motif disciplinaire à laquelle une décision de l'inspection du travail, confirmée par la ministre du travail, avait fait obstacle au motif qu'il existait un lien entre la demande de licenciement et l'exercice des mandats. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En second lieu, la Fondation Partage et Vie soutient que la décision attaquée mentionnerait à tort que Mme A a été mise en cause dans l'exercice de son mandat par un auditeur externe. Toutefois, il ressort du compte-rendu dressé par cet auditeur à la suite d'une réunion collective qui s'est tenue le 28 mars 2018, qu'il a à cette occasion souligné la responsabilité de Mme A dans la l'existence d'une situation conflictuelle au sein de l'EHPAD en raison, selon ses termes, de son " opposition frontale avec la direction, sous couvert de représentation syndicale ". Si la requérante fait valoir également que la procédure de licenciement pour motif disciplinaire avait été engagée à l'encontre de Mme A en raison de faits de harcèlement moral dénoncés par certains de ses collègues, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision du 20 août 2018 par laquelle l'inspecteur du travail a refusé d'autoriser son licenciement pour ce motif, par ailleurs non contestée devant la juridiction administrative, que certains des faits qui lui étaient reprochés n'étaient pas établis et que d'autres relevaient de l'exercice normal du mandat de délégué du personnel. Enfin, les circonstances tirées de ce que Mme A n'aurait pas démontré que son inaptitude serait en lien avec des motifs professionnels et que l'avis du médecin du travail concluant à son inaptitude ne mentionne aucune origine professionnelle, sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, la Fondation Partage et Vie n'est pas fondée à soutenir que la décision de l'inspecteur du travail du 23 septembre 2019 serait entachée d'erreur de fait et d'appréciation.

En ce qui concerne la décision de la ministre du travail du 23 avril 2020 :

8. Dès lors que la décision de l'inspecteur du travail n'est pas entachée d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation, le ministre a pu légalement confirmer cette décision sans commettre lui-même d'erreur de fait ou d'erreur d'appréciation. Ainsi, la Fondation Partage et Vie n'est pas fondée à soutenir que la décision de la ministre du travail en date du 23 avril 2020 serait entachée d'illégalité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la Fondation Partage et Vie n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 23 septembre 2019 ni de celle de la ministre du travail en date du 23 avril 2020.

Sur les frais de l'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Fondation Partage et Vie est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Mme A présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Fondation Partage et Vie, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme B A.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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