mardi 21 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002452 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | REMEDEM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 24 avril 2020, 3 novembre 2020 et 1er juillet 2021, Mme I C épouse D, Mme F C épouse B, Mme G C et Mme H C, représentées par Me Remedem, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 25 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Peyrins a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section AL n°141 et 142 en zone naturelle ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Peyrins la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les conseillers municipaux n'ont pas été suffisamment informés, en méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- la décision attaquée méconnaît les articles L. 103-2 à L. 103-4 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît l'article L. 300-2 du code de l'urbanisme ;
- le classement des parcelles cadastrées section AL n° 141 et 142 en zone naturelle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le principe d'égalité ;
- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;
Par des mémoires en défense enregistrés les 6 juillet 2020 et le 17 février 2021, la commune de Peyrins, représentée par Me Matras, conclut au rejet de la requête ou, à défaut, à la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;
- la requête est irrecevable dès lors que la formalité prévue à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme n'a pas été accomplie ;
- la requête est tardive ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Cunin pour la commune de Peyrins.
Considérant ce qui suit :
1. Par délibération du 25 février 2020, le conseil municipal de Peyrins a approuvé le plan local d'urbanisme (PLU) de la commune. Les requérants demandent l'annulation de cette délibération en tant qu'elle classe les parcelles cadastrées section AL n°14 1 et 142 en zone naturelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". Il résulte de ces dispositions que les membres du conseil municipal appelés à délibérer de l'approbation d'un plan local d'urbanisme doivent disposer, avant la séance, de l'ensemble du projet de plan local d'urbanisme que la délibération a pour objet d'approuver, et que s'ils doivent pouvoir obtenir communication des autres pièces et documents nécessaires à leur information sur ce plan, aucun texte ni aucun principe n'impose toutefois au maire de leur communiquer ces pièces et documents en l'absence d'une demande de leur part.
3. Les conseillers municipaux ont été invités à la séance du 25 février 2020 par convocation adressée le 17 février 2020. Cette convocation mentionnait, dans l'ordre du jour, l'approbation de la révision du plan local d'urbanisme. Elle comportait un projet de délibération mentionnant, d'une part, que le projet de PLU nécessite des adaptations pour tenir compte notamment du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur, de l'avis de la CDPENAF ainsi que des observations formulées par les personnes publiques et le public lors de l'enquête publique et, d'autre part, qu'une réunion des conseillers municipaux s'est tenue le 18 février 2020 pour analyser l'ensemble des remarques et avis émis lors de l'enquête. Elle permettait ainsi aux membres du conseil municipal de se procurer, le cas échéant, toute information préalable qu'ils auraient estimée utile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les élus locaux auraient été dans l'impossibilité de procéder à la consultation en temps utile du dossier de projet de plan local d'urbanisme ou qu'un document nécessaire à l'exercice de leur mandat leur aurait été refusé. Dans ces conditions, les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales n'ont pas été, par suite, méconnues.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées () ". L'article L. 103-2 du même code prévoit que l'élaboration du plan local d'urbanisme fait l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. Aux termes de l'article L. 103-4 du même code : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente ". Aux termes de l'article L. 103-6 du même code : " A l'issue de la concertation, l'autorité mentionnée à l'article L. 103-3 en arrête le bilan. Lorsque le projet fait l'objet d'une enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement, le bilan de la concertation est joint au dossier de l'enquête ".
5. La délibération du 30 avril 2013 fixant les modalités de la concertation prévoit des mesures de publicité, des réunions publiques et la disposition en mairie de registres d'observations. Par ailleurs, il ressort de la délibération du 27 août 2019 tirant le bilan de la concertation que ces modalités ont été respectées puisque trois réunions publiques auxquelles le public a été convié par voie d'affichage, par internet et par un panneau lumineux ont été organisées respectivement en décembre 2016 (concernant la présentation des premiers éléments du diagnostic et l'appel à la participation à différents ateliers thématiques ayant eu lieu en janvier, mars et mai 2017), en mars 2018 (concernant la présentation des premières réflexions sur le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) suivie d'ateliers de travail sur deux secteurs à enjeux et sur les cheminements doux) et en janvier 2019 (concernant la présentation du projet de PLU suivie d'échanges avec les participants). Il ressort également des pièces du dossier qu'un registre a été effectivement mis à disposition du public en mairie mais qu'aucune remarque n'y a été apposé. En revanche, la commune a reçu environ trente courriers ou remarques et les élus ont rencontré une vingtaine de personnes en vue de connaître les projets économiques ou d'habitats en cours sur le territoire. Par ailleurs, en vertu de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme, les requérants ne peuvent utilement soutenir que les modalités de concertation étaient insuffisantes. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 103-2 à L. 103-4 du code de l'urbanisme doivent être écartés.
6. En troisième lieu, par délibération du 27 août 2019, le conseil municipal a tiré le bilan de la concertation publique. Après avoir rappelé les modalités de la concertation, la délibération mentionne que la concertation a permis d'informer la population sur le déroulement et le contenu du projet, son cadre règlementaire et les documents supra-communaux, d'échanger sur les évolutions par rapport au PLU actuel pour tenir compte notamment du contexte règlementaire et intercommunal, de faire émerger les préoccupations des habitants (meilleure intégration au paysage des constructions, conserver le caractère rural et agricole de la commune en évitant de miter le paysage, diversifier les logements et prévoir des terrains suffisamment grands pour les constructions individuelles, sécuriser et mailler les cheminements doux, préserver les espaces verts et les points de vue) et de les intégrer dans la mesure du possible au projet règlementaire ainsi que de tenir compte dans la mesure du possible des projets, notamment économiques, connus lors de l'élaboration du zonage et du règlement. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, cette délibération permet d'apprécier l'étendue, la réalité et l'efficience de la concertation et il ressort du rapport du commissaire enquêteur que celui-ci a eu accès à cette délibération. En outre, cette dernière était jointe à l'enquête publique, le commissaire enquêteur précisant que l'enquête publique comportait les délibérations du conseil municipal en lien avec la révision du PLU. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 300-2 devenu l'article L. 103-6 du code de l'urbanisme doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues ".
8. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
9. Les parcelles cadastrées section AL n°141 à 142, classées en zone naturelle, sont vierges de toute construction et présentent un caractère d'espace naturel. Elles s'ouvrent à l'est sur une vaste zone ayant conservé son caractère naturel, marquent une rupture entre deux zones UB situées au nord et au sud et ne peuvent, au regard de leur importante superficie, être qualifiées de dent creuse. Par ailleurs, le classement en zone naturelle des terrains en litige, qui ne sont pas identifiées sur les cartes du PADD comme espaces à densifier mais comme un milieu peu perméable agricole, répond aux objectifs que se sont assignés les auteurs du PLU de modérer la consommation de l'espace et lutter contre l'étalement urbain en poursuivant l'urbanisation en priorité en greffe urbaine autour du village et de ses extensions. Enfin, la circonstance, à la supposer établie que les parcelles en cause sont desservies par les réseaux ne font pas, par elle-même, obstacle à un classement en zone naturelle. Il en va de même du classement antérieur des parcelles en zone AUa. Les requérants ne sauraient également utilement se prévaloir de ce qu'au cours d'une réunion du 7 novembre 2017 concernant le PADD, il avait été envisagé comme piste de réflexion la poursuite de l'urbanisation sur les parcelles en cause. Enfin, il ne peut être fait état de rupture d'égalité dès lors qu'il est de nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes ainsi que des zones inconstructibles et que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas, comme en l'espèce, sur une appréciation manifestement erronée. Dans ces conditions, le classement en zone naturelle des parcelles cadastrées section AL n°141 à 142 n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
10. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le détournement de pouvoir allégué par les requérants n'est pas établi.
11. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Peyrins, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
13. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Peyrins au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er :La requête n°2002452 est rejetée.
Article 2 :Les requérants verseront à la commune de Peyrins une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme I C épouse D et à la commune de Peyrins.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2023.
La rapporteure,
A. E
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026