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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002534

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002534

jeudi 8 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ITINERAIRES AVOCATS- CADOZ- LACROIX- REY- VERNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mai 2020 et 21 octobre 2020, Mme A, représentée par Me Wormser, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la commune de transmettre à la juridiction de céans la liste des modifications opérées sur le plan local d'urbanisme arrêté postérieurement à l'enquête publique pour qu'elle soit versée au contradictoire ;

2°) d'annuler la délibération du 10 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Samoëns a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Samoëns une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions de la commune présentées au titre des mêmes dispositions.

Mme A soutient :

- que le conseil municipal a méconnu l'étendue de sa compétence ;

- que le rapport de présentation est lacunaire s'agissant des indicateurs d'évaluation du plan, de l'orientations d'aménagement et de programmation du plateau des Saix, des autres projets de développement touristique, de la délimitation du zonage réglementaire et de la justification des zonages créés après l'enquête publique ; que cela entache la légalité externe et interne de la décision attaquée ;

- que l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ne figure pas dans le dossier d'enquête publique, ce qui a privé le public d'une garantie ;

- que la délibération attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas été mis à même de prendre connaissance des pièces et documents nécessaires à leur information ;

- que le plan local d'urbanisme a été modifié un mois après son approbation par le maire qui n'était pas compétent ; que l'erreur en cause a été de nature à induire en erreur les conseillers municipaux appelés à délibérer ;

- que les modalités de développement de l'activité touristique présentent une incohérence et une erreur manifeste d'appréciation ;

- que l'unité touristique nouvelle (UTN) locale du plateau des Saix est entachée d'un détournement de procédure visant à contourner le régime des UTN structurantes ;

- que le classement des parcelles lui appartenant est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires, enregistrés les 21 septembre 2020 et 5 mai 2021, la commune de Samoëns représentée par Me Lacroix conclut :

- à titre principal, au rejet de la requête comme étant irrecevable ;

- à titre subsidiaire, au rejet de la requête au fond ;

- à titre infiniment subsidiaire, à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme ;

- en toute hypothèse, à l'application de l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative ;

- et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Samoëns fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour la requérante de produire un titre de propriété ou justificatif de domicile justifiant de sa qualité pour agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Un courrier a été adressé le 20 septembre 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 28 avril 2023, par l'avis d'audience du même jour.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jourdan, présidente,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Wormser, représentant Mme A, et de Me Viellard, représentant la commune de Samoëns.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la délibération du 10 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Samoëns a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune :

2. Mme A établit être propriétaire de terrains bâtis et non bâtis situés dans la commune de Samoëns. La fin de non-recevoir opposée à la requête doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R.151-3 du code de l'urbanisme : " Au titre de l'évaluation environnementale lorsqu'elle est requise, le rapport de présentation : / () 6° Définit les critères, indicateurs et modalités retenus pour l'analyse des résultats de l'application du plan mentionnée à l'article L. 153-27 et, le cas échéant, pour le bilan de l'application des dispositions relatives à l'habitat prévu à l'article L. 153-29. Ils doivent permettre notamment de suivre les effets du plan sur l'environnement afin d'identifier, le cas échéant, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et envisager, si nécessaire, les mesures appropriées ; / () ". Aux termes de l'article R. 151-4 du même code : " Le rapport de présentation identifie les indicateurs nécessaires à l'analyse des résultats de l'application du plan mentionnée à l'article L. 153-27 (). " Selon l'article L. 153-27 du code de l'urbanisme : " Neuf ans au plus après la délibération portant approbation du plan local d'urbanisme, ou la dernière délibération portant révision complète de ce plan, ou la délibération ayant décidé son maintien en vigueur en application du présent article, l'organe délibérant de l'établissement public de coopération intercommunale, après avoir sollicité l'avis de ses communes membres, ou le conseil municipal procède à une analyse des résultats de l'application du plan, au regard des objectifs visés à l'article L. 101-2 () ". Aux termes de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme : " Dans le respect des objectifs du développement durable, l'action des collectivités publiques en matière d'urbanisme vise à atteindre les objectifs suivants : / 1° L'équilibre entre : / a) Les populations résidant dans les zones urbaines et rurales ; / b) Le renouvellement urbain, le développement urbain et rural maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres urbains et ruraux, la lutte contre l'étalement urbain ; / c) Une utilisation économe des espaces naturels, la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des sites, des milieux et paysages naturels ; / d) La sauvegarde des ensembles urbains et la protection, la conservation et la restauration du patrimoine culturel ; / e) Les besoins en matière de mobilité ; / 2° La qualité urbaine, architecturale et paysagère, notamment des entrées de ville ; / 3° La diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale dans l'habitat, en prévoyant des capacités de construction et de réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination, des besoins présents et futurs de l'ensemble des modes d'habitat, d'activités économiques, touristiques, sportives, culturelles et d'intérêt général ainsi que d'équipements publics et d'équipement commercial, en tenant compte en particulier des objectifs de répartition géographiquement équilibrée entre emploi, habitat, commerces et services, d'amélioration des performances énergétiques, de développement des communications électroniques, de diminution des obligations de déplacements motorisés et de développement des transports alternatifs à l'usage individuel de l'automobile ; / 4° La sécurité et la salubrité publiques ; / 5° La prévention des risques naturels prévisibles, des risques miniers, des risques technologiques, des pollutions et des nuisances de toute nature ; / 6° La protection des milieux naturels et des paysages, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des écosystèmes, des espaces verts ainsi que la création, la préservation et la remise en bon état des continuités écologiques ; / 6° bis La lutte contre l'artificialisation des sols, avec un objectif d'absence d'artificialisation nette à terme ; / 7° La lutte contre le changement climatique et l'adaptation à ce changement, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, l'économie des ressources fossiles, la maîtrise de l'énergie et la production énergétique à partir de sources renouvelables ; / 8° La promotion du principe de conception universelle pour une société inclusive vis-à-vis des personnes en situation de handicap ou en perte d'autonomie dans les zones urbaines et rurales. "

4. Il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal a défini, dans son volet relatif à l'évaluation environnementale, sept indicateurs de suivi d'objectifs relatifs à la densification du centre-village et la lutte contre l'étalement urbain, la préservation de la biodiversité et la valorisation des espaces agricoles homogènes, la maîtrise des besoins énergétiques et la réduction des sources de pollution et nuisance. Le rapport de présentation comporte également trois indicateurs destinés à évaluer la part d'habitat individuel et intermédiaire dans les zones Uc ainsi que le nombre de logements autorisés, notamment sociaux, dans les zones concernées par les orientations d'aménagement et de programmation. Le rapport de présentation comporte ainsi des indicateurs permettant d'analyser la maîtrise du développement urbain et la protection des espaces naturels et agricoles. Par ailleurs, les dispositions précitées du code de l'urbanisme n'imposaient pas l'identification d'indicateurs relatifs aux objectifs déclinés au sein du projet d'aménagement et de développement durables en matière de développement de l'économie touristique et plus particulièrement de réduction des " lits froids " ou au sein d'une orientation d'aménagement et de programmation. La branche du moyen tirée de l'absence d'indicateurs d'évaluation des résultats de l'application du plan local d'urbanisme doit donc être écartée.

5. Aux termes de l'article R. 151-2 du code de l'urbanisme. " Le rapport de présentation comporte les justifications de : 1° La cohérence des orientations d'aménagement et de programmation avec les orientations et objectifs du projet d'aménagement et de développement durables () ". Aux termes de l'article R. 151-3 du même code : " Au titre de l'évaluation environnementale lorsqu'elle est requise, le rapport de présentation : / 3° Expose les conséquences éventuelles de l'adoption du plan sur la protection des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement, en particulier l'évaluation des incidences Natura 2000 mentionnée à l'article L. 414-4 du code de l'environnement ; / () 5° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, si possible, compenser, s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du plan sur l'environnement ; / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la commune projette la création d'une unité touristique nouvelle locale destinée à aménager un parking situé sur le plateau des Saix et qu'une orientation d'aménagement et de programmation a été prévue en conséquence dans ce secteur. Le rapport de présentation décrit ainsi l'orientation d'aménagement et de programmation n°4 relative à l'aménagement du secteur des Saix d'en Haut en indiquant qu'elle concerne le développement d'un programme touristique avec commerces et services de proximité permettant de requalifier le secteur en prolongeant l'effet front de neige depuis les deux grandes copropriétés jusqu'au restaurant et d'organiser une meilleure gestion des stationnements. Si la requérante critique la pertinence de cette orientation, de telles considérations ne permettent toutefois pas d'établir que celle-ci serait insuffisamment justifiée dans le rapport de présentation. Il ressort du rapport de présentation que cette orientation s'inscrit dans le cadre des enjeux économiques prioritaires, tout particulièrement celui de favoriser l'adéquation entre les hébergements et les services touristiques, retenus dans le projet d'aménagement et de développement durables. Ainsi, le rapport de présentation justifie de la cohérence entre l'orientation d'aménagement et de programmation n°4 qu'il décrit et les objectifs du plan d'aménagement et de développement durables. La requérante soutient également que le projet prévu par l'orientation d'aménagement et de programmation n°4, et notamment la réalisation projetée de parcs de stationnement souterrains, n'est pas suffisamment décrit et aura un effet délétère sur la zone humide située en aval sans qu'aucune mesure pour éviter, réduire et, si possible, compenser, s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du plan sur l'environnement ne soit envisagée. Toutefois, le rapport de présentation comporte une étude des incidences environnementales du projet d'aménagement du plateau des Saix. Il ressort de cette analyse qu'il n'y a pas de zone humide sur le site de projet, que " les milieux et espèces présents sur la zone d'études sont communs et ne présentent pas d'enjeux écologiques ni de valeur patrimoniales remarquables " et que " des mesures spécifiques seront prises pour limiter l'impact sur la zone humide qui se trouve à proximité de la zone de projet ". Au regard de cette étude, la requérante n'établit pas que la mise en œuvre de l'orientation litigieuse aura des incidences notables sur l'environnement et que celle-ci aurait, dès lors, dû faire l'objet de mesures spécifiques. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le rapport de présentation est entaché d'insuffisance s'agissant de l'orientation d'aménagement et de programmation n°4.

7. La requérante soutient que les investissements prévus dans le secteur de Coulouvrier, l'aménagement d'une liaison avec Sixt-Fer-à-Cheval et la rénovation d'une télécabine ne sont pas suffisamment justifiés au regard de l'atteinte causée à l'environnement. Toutefois, alors que le plan local d'urbanisme n'a pas pour objet d'autoriser ces équipements, il n'est pas établi et il ne ressort pas des pièces du dossier que ceux-ci auraient dû être analysés de façon précise dans le rapport de présentation.

8. Aux termes de l'article R.151-2 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation comporte les justifications de : / () 4° La délimitation des zones prévues par l'article L. 151-9 ; / () " . Aux termes de l'article R.122-2 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. "

9. Le rapport de présentation comporte une partie consacrée à la justification des zones du plan local d'urbanisme. Ainsi, la partie 6.6 du rapport de présentation présente les critères retenus pour la délimitation de la zone agricole et de ses sous-secteurs tandis que la partie 6.7 précise la vocation des zones naturelles. Si la requérante conteste les critères choisis, en ce qu'ils ne correspondent pas à l'objectif de maintien d'une activité agricole pérenne, cette circonstance est sans incidence sur la motivation du rapport de présentation. En outre, le classement de parcelles dans une zone ne dépend pas uniquement des caractéristiques de celles-ci mais s'apprécie également au regard de la vocation de cette zone et du parti d'urbanisme. Par ailleurs, contrairement à ce qui est soutenu, le secteur Ndmi créé postérieurement à l'enquête publique et affecté au dépôt de matériaux inertes, est mentionné dans le rapport de présentation et est justifié, au titre de l'évaluation environnementale, par les effets du plan local d'urbanisme sur l'augmentation de la production de déchets inertes. Enfin, si le rapport de présentation ne comporte aucune justification relative au secteur Nra figurant dans la légende du règlement graphique, la commune fait valoir qu'il s'agit d'une erreur matérielle. Il apparaît, ainsi, que ce secteur ne fait l'objet d'aucune disposition dans le règlement écrit et n'affecte aucune parcelle du territoire. L'ajout de ce sous-secteur dans la légende du règlement est, par conséquent, sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux paragraphes 2 à 8 que le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation, soulevé au titre de la légalité externe et de la légalité interne de l'acte attaqué, doit être écarté.

11. Si, en réponse à la synthèse établie par le commissaire enquêteur, la commune a justifié les déclassements de zones constructibles par les objectifs nationaux concernant la protection des espaces et la limitation de l'extension urbaine, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que le conseil municipal se serait, pour autant, cru en situation de compétence liée pour fixer le zonage du plan local d'urbanisme. La requérante n'est par suite pas fondée à soutenir que le conseil municipal a méconnu l'étendue de sa compétence.

12. Aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis : / () 4° A la formation spécialisée de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, lorsque le projet de plan local d'urbanisme prévoit la réalisation d'une ou plusieurs unités touristiques nouvelles locales dans les conditions prévues au II de l'article L. 151-7 du présent code. L'avis porte uniquement sur les unités touristiques locales.". Aux termes de l'article R.123-8 du code de l'environnement : " Le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. / Le dossier comprend au moins : / () 4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet plan, ou programme ; ()".

13. S'il appartient à l'autorité administrative de soumettre le projet de plan local d'urbanisme à enquête publique dans les conditions fixées par les dispositions citées ci-dessus, la méconnaissance de ces dispositions n'est de nature à vicier la procédure et donc à entraîner l'illégalité de la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information de l'ensemble des personnes intéressées par l'opération ou si elle a été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

14. La requérante soutient que le dossier d'enquête publique est incomplet dès lors qu'il ne comporte pas l'avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS). Si la requérante soutient que l'avis de la CDNPS relatif au projet d'urbanisation du secteur des Chenets n'était pas présent dans le dossier, il ressort toutefois des pièces du dossier que le sens et la portée de cet avis étaient précisés dans l'avis des services de l'Etat joint au dossier d'enquête. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la CDNPS a émis, le 7 mars 2019, un avis favorable avec réserves s'agissant de l'inscription dans le plan local d'urbanisme attaqué de l'unité touristique nouvelle locale du Plateau des Saix. S'il est constant que cet avis n'était pas annexé au dossier d'enquête publique, la teneur de celui-ci était toutefois retranscrite dans l'avis des services de l'Etat joint à ce dossier. Ainsi, ces omissions n'ont pas été de nature à priver le public d'une garantie ou à exercer une influence sur les résultats de l'enquête. Le moyen doit, par suite, être écarté.

15. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

16. Il résulte de ces dispositions que les membres du conseil municipal appelés à délibérer de l'adoption d'un document d'urbanisme doivent disposer, avant la séance, de l'ensemble du projet de plan que la délibération a pour objet d'approuver, et doivent pouvoir obtenir communication des autres pièces et documents nécessaires à leur information sur l'adoption de ce plan, notamment du rapport du commissaire enquêteur. Aucun texte ni aucun principe n'imposent toutefois au maire de leur communiquer ces pièces ou documents en l'absence d'une demande de leur part.

17. Il n'est pas contesté que les conseillers municipaux ont disposé de l'ensemble des documents constituant le plan local d'urbanisme. Si la requérante soutient que les documents de l'enquête publique, et plus particulièrement le rapport et les avis des personnes publiques associées, n'ont pas été préalablement portés à la connaissance des conseillers municipaux, il n'est pas démontré ni même allégué que ces derniers auraient sollicité en vain la communication de ces éléments. Au demeurant, il n'est pas contesté que ces documents étaient consultables sur le site internet de la commune. Par ailleurs, il ne résulte d'aucun texte qu'une liste des modifications intervenues entre le projet de plan arrêté et celui approuvé aurait dû être transmise aux conseillers municipaux. Enfin, si les documents transmis aux membres du conseil municipal comportaient la signature du maire, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, ait été de nature à induire en erreur ou priver de débat les conseillers municipaux appelés à délibérer. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante information des élus doit être écarté.

18. Il est constant que la légende du règlement graphique du plan local d'urbanisme a, postérieurement à son approbation, fait l'objet d'une rectification visant à corriger la couleur de la zone Uc, celle-ci apparaissant en rose dans le cartouche alors qu'elle était colorée en jaune sur la carte. La référence de chaque zone était toutefois inscrite sur la carte sans qu'il soit besoin de se reporter à la légende. Par ailleurs, il n'est pas démontré et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une confusion aurait pu porter sur une autre zone colorée en rose ou en jaune. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'erreur affectant la carte du règlement graphique a été de nature à induire en erreur les conseillers municipaux lors de l'approbation du plan local d'urbanisme litigieux.

19. Mme A soutient qu'il n'appartenait pas au maire de procéder de lui-même à la modification de la légende du plan local d'urbanisme décrite au paragraphe précédent. Toutefois, cette circonstance demeure sans incidence sur la décision attaquée, la rectification en cause étant intervenue postérieurement à celle-ci. Le moyen, inopérant, doit donc être écarté.

20. La requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que les projets d'aménagement de la Combe de Coulouvrier et de liaison avec Sixt-Fer-à-Cheval, identifiés dans les orientations du projet d'aménagement et de développement durables visant à inscrire le développement touristique de Samoëns dans une réflexion intercommunale, ont fait l'objet d'une annulation contentieuse dès lors que celle-ci est postérieure à l'approbation du plan local d'urbanisme. En outre, si la requérante soutient que l'aménagement du plateau des Saix favorise le développement de " lits froids " en contradiction avec le projet d'aménagement et de développement durables, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'aménagement prévu concerne le seul tourisme hivernal. Par ailleurs, selon les orientations du projet d'aménagement et de développement durables le projet des Saix permettra de " conforter un développement touristique quatre saisons à Samoëns " et de " concentrer le développement touristique des prochaines années au sommet de la station ce qui pourra favoriser l'implantation des résidences principales dans la vallées ". Ainsi, le moyen tiré de ce que les modalités de développement de l'activité touristique présentent une incohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables et une erreur manifeste d'appréciation soit être écarté.

21. Aux termes de l'article L. 122-16 du code de l'urbanisme : " Toute opération de développement touristique effectuée en zone de montagne et contribuant aux performances socio-économiques de l'espace montagnard constitue une " unité touristique nouvelle ", au sens de la présente sous-section. / () ". Aux termes de l'article L.122-20 du même code : " La création et l'extension d'unités touristiques nouvelles structurantes sont prévues par le schéma de cohérence territoriale qui en définit les caractéristiques conformément à l'article L. 141-23. / La création ou l'extension d'une unité touristique nouvelle structurante est soumise, après avis de la commission spécialisée du comité de massif, à l'autorisation de l'autorité administrative, selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat, lorsque cette unité est située dans une commune qui n'est pas couverte par un schéma de cohérence territoriale. (). ". Aux termes de l'article L.122-21 du même code : " La création et l'extension d'unités touristiques nouvelles locales sont prévues par le plan local d'urbanisme qui en définit les caractéristiques conformément aux articles L. 151-6 et L. 151-7. / La création ou l'extension d'une unité touristique nouvelle locale est soumise à l'autorisation de l'autorité administrative, selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat, lorsque cette unité est située dans une commune qui n'est pas couverte par un plan local d'urbanisme. Cette autorisation est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'une formation spécialisée de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. (). ". Aux termes de l'article R. 122-6 du code de l'urbanisme :" Les seuils et surfaces à retenir pour l'application des articles R. 122-8 et R. 122-9 sont ceux : / 1° Du programme général de l'opération, en cas de réalisation fractionnée d'une unité touristique nouvelle ; / (). ". Aux termes de l'article R.122-8 du même code : " Constituent des unités touristiques nouvelles structurantes pour l'application du 1° de l'article L. 122-17 les opérations suivantes : /() 3° Les opérations de construction ou d'extension d'hébergements et d'équipements touristiques d'une surface de plancher totale supérieure à 12 000 mètres carrés, à l'exclusion des logements à destination des personnels saisonniers ou permanents des équipements et hébergements touristiques ; / () ". Aux termes de l'article R.122-9 du même code : " Constituent des unités touristiques nouvelles locales, pour l'application du 1° de l'article L. 122-18 : / ()3° Les opérations suivantes, lorsqu'elles ne sont pas situées dans un secteur urbanisé ou dans un secteur constructible situé en continuité de l'urbanisation : / a) La création ou l'extension, sur une surface de plancher totale supérieure à 500 mètres carrés, d'hébergements touristiques ou d'équipements touristiques ; /(). ".

22. Ainsi qu'il a été dit au paragraphe 5, le plan local d'urbanisme de Samoëns prévoit une unité touristique nouvelle (UTN) locale destinée à la création d'hébergements et équipements touristiques. S'il est constant que la surface de plancher prévue pour cette opération s'élève à 11 000 m² et est, par conséquent, inférieure au seuil de définition des UTN structurantes, la requérante soutient néanmoins que l'UTN en cause constitue la fraction d'une opération d'aménagement ne pouvant être envisagée que dans le cadre d'une UTN structurante. Il ressort des pièces du dossier que l'UTN en cause s'inscrit dans les objectifs du schéma de développement touristique du Grand-Massif et que des aménagements touristiques seront réalisés dans des stations de ski voisines. Toutefois, le seul lien entre l'UTN litigieuse et le projet global de développement touristique du secteur, auquel elle participe nécessairement, ne saurait suffire à démontrer que l'opération en cause relève du régime des UTN structurantes et non locales. Le moyen tiré du vice de procédure doit, par suite, être écarté.

23. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ".

24. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

25. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

26. Mme A est propriétaire des parcelles cadastrées section D nos26, 29, 3978 et 4133, situées au hameau du Saix. Elle soutient que le classement de celles-ci en zone Ae, correspondant aux secteurs agricoles identifiés pour leur intérêt écologique, est entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Toutefois, il ressort tout d'abord du règlement graphique du PLU que la parcelle cadastrée section D n°4133, d'une faible surface et située entre deux bâtiments, est classée en zone Uc. Par ailleurs, les parcelles en cause s'ouvrent à l'ouest sur un vaste espace agricole classé en zone Ae. La circonstance que ces parcelles sont en partie clôturées et aménagées en pelouse et jardin paysager de la propriété classée en zone Uc et qu'elles ne présenteraient pas, par elles-mêmes, de qualité particulière pour l'exploitation agricole, ne fait pas obstacle au classement litigieux. Il ressort, en outre, du rapport environnemental que celles-ci sont situées au sein d'un milieu forestier identifié sur la carte des enjeux environnementaux du secteur de la plaine du Giffre. Dans ces conditions, compte tenu du parti d'aménagement retenu par les auteurs du plan local d'urbanisme, qui ont entendu protéger les grands espaces agricoles homogènes de l'urbanisation et limiter l'étalement urbain, et au regard de la vocation agricole et de l'intérêt écologique de l'espace auquel les parcelles en cause se rattachent, le classement litigieux n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Dès lors que ce classement n'est manifestement pas erroné, Mme A ne peut utilement faire valoir que ses parcelles auraient dû être classées en zone Uc afin notamment de mettre en œuvre un projet de création de logements touristiques. Le moyen doit, par suite être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 10 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Samoëns a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune.

Sur les conclusions en injonction :

28. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions en injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article R.611-7-1 du code de justice administrative :

29. Aux termes de l'article R.611-7-1 du code de justice administrative : " Lorsque l'affaire est en état d'être jugée, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut, sans clore l'instruction, fixer par ordonnance la date à compter de laquelle les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux. / () ".

30. La faculté prévue par cette disposition constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la commune de Samoëns tendant à son application sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

31. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Samoëns, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la commune de Samoëns.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Samoëns tendant à l'application des dispositions de l'article R.611-7-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Samoëns en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la commune de Samoëns.

Délibéré après l'audience du 122 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jourdan, présidente rapporteure,

Mme Letellier, première conseillère,

Mme Barriol, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

D. Jourdan

L'assesseure,

E. Barriol

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2002534

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