mardi 22 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002641 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ALDEGUER |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2002641 le 12 mai 2020 et le 6 avril 2022, Mme A E, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 février 2020 par laquelle le directeur des ressources humaines du ministère des solidarités et de la santé l'a suspendue de ses fonctions ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision portant suspension :
- constitue en réalité une sanction déguisée ;
- émane d'une autorité incompétente ;
- est entachée de détournement de pouvoir et d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2022, le ministre des solidarités et de la santé conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
II. Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2004170, le 24 juillet 2020, le 23 juillet 2021 et le 6 avril 2022, Mme A E, représentée par Me Aldeguer, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 4 juin 2020 par laquelle le directeur général de l'agence régionale de santé (ARS) Auvergne-Rhône-Alpes a refusé de lui octroyer la protection fonctionnelle ;
2°) d'ordonner à l'administration de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision est entachée :
- d'une erreur de fait ;
- d'une erreur de droit ;
- d'une erreur d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 avril 2021 et le 21 mars 2022, l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence de production de la décision attaquée ;
- les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.
Par deux lettres du 4 mars 2022, les parties de chacune des requêtes ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 25 mars 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
Pour les deux requêtes, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 7 octobre 2022, par l'avis d'audience du même jour.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat ;
- le décret n°2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de Mme Vaillant, rapporteure publique,
- et les observations de Me Aldeguer, représentant Mme E pour les deux requêtes, et de Me Teston, représentant l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes pour la requête n°2004170.
1. Les requêtes susvisées n° 2002641 et n° 2004170 concernent la situation d'un même fonctionnaire et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme E, ingénieure d'étude sanitaire à la direction départementale de l'Isère de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Auvergne-Rhône-Alpes a dénoncé, le 9 décembre 2019, des faits de harcèlement sexuel et moral de la part de son supérieur hiérarchique et de harcèlement moral de la part de collègues. Le directeur général de l'ARS a diligenté une enquête administrative interne le 10 décembre 2019 et une enquête administrative externe confiée à un cabinet extérieur. C'est dans ce contexte que Mme E a fait l'objet d'une suspension de fonction dans l'intérêt du service pour une période de quatre mois, par arrêté du 5 février 2020. Mme E a par courrier du 24 février 20020 sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle, que le directeur général de l'ARS Auvergne-Rhône-Alpes lui a refusé le 4 juin 2020. Par sa requête enregistrée le 12 mai 2020 sous le n°2002641 et par sa requête enregistrée le 24 juillet 2020 sous le n°2004170, Mme E demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 février 2020 portant suspension de ses fonctions :
En ce qui concerne la légalité externe de l'arrêté :
3. Aux termes de l'article 67 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination () Le pouvoir de prononcer les sanctions du premier et du deuxième groupe peut être délégué indépendamment du pouvoir de nomination. " ; et aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () 2° Les chefs de service, directeurs adjoints, sous-directeurs, les chefs des services () ".
4. Il résulte de ces dispositions que M. C D, Directeur des ressources humaines au secrétariat général des ministères chargés des affaires sociales avait compétence pour signer l'arrêté du 5 février 2020 par délégation pour le ministre des solidarités et de la santé. Le moyen tiré de ce que cet arrêté aurait été pris par une autorité incompétente doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de l'arrêté :
5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 30 de la loi du 11 janvier 1984 applicables au moment de la décision, " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. "
6. En deuxième lieu Mme E soutient que le ministre des solidarités et de la santé en la suspendant a voulu lui infliger une sanction disciplinaire déguisée pour avoir dénoncé des faits de harcèlement et manqué à son devoir de réserve. Toutefois, la suspension est uniquement destinée à écarter temporairement un agent du service, en attendant qu'il soit statué disciplinairement ou pénalement sur sa situation. Elle constitue une mesure conservatoire prise dans l'intérêt du service et non une sanction disciplinaire. En l'espèce, celle-ci a d'ailleurs été prononcée à l'issue de cette procédure. Le moyen tiré de l'illégalité de la sanction déguisée doit être écarté.
7. En troisième lieu, Mme E soutient que les trois conditions cumulatives résultant des dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983, permettant de prendre une mesure de suspension n'étant pas remplies en l'espèce, le ministre a commis un détournement de pouvoir et une erreur d'appréciation. Toutefois la mesure de suspension fait suite aux enquêtes interne et externe diligentées par l'administration, qui ont permis de recueillir des témoignages excluant tout comportement ou attitude inapproprié du supérieur de Mme E, même si les qualités managériales de ce dernier ont pu être remises en cause par certains agents. Ainsi, les faits imputés à Mme E de fausses accusations portées à l'encontre de son responsable hiérarchique et de ses collègues, à qui elle reproche d'avoir fouillé dans ses affaires et réalisé un double de ses clés pour s'introduire à son domicile, présentaient un degré de gravité et un caractère de vraisemblance suffisant pour justifier une mesure de suspension dans l'intérêt du service. Dès lors, les moyens tirés du détournement de pouvoir et de l'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 4 juin 2020 portant refus de l'octroi de la protection fonctionnelle :
8. Sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, pour les motifs développés au point 7, la requérante ne saurait sérieusement soutenir que l'administration ne conteste pas ses allégations de harcèlement sexuel et moral, et ne saurait d'avantage prétendre que l'administration aurait commis une erreur de droit ou une erreur dans l'appréciation des faits. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement des enquêtes que les accusations portées par Mme E n'étant pas établies, l'ARS était fondée à opposer un refus à la demande de protection fonctionnelle présentée par Mme E. Par suite, les moyens tirés d'une erreur de fait, d'une erreur de droit, d'une erreur d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation des deux décisions attaquées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°2002641 et n°2004170 de Mme E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E, au ministre des solidarités et de la santé, à l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient
Mme Triolet, présidente,
M. Doulat, premier conseiller,
M. Villard, premier conseiller.
Lu en audience publique le 22 novembre 2022.
Le rapporteur,
F. B
La présidente,
A. TRIOLET
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 - 2004170
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026