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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002642

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002642

lundi 29 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistré le 12 mai 2020, M. B C, représenté par Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 février 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté sa demande de rétablissement des conditions d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir les conditions matérielles d'accueil dès notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a respecté l'ensemble de ses obligations de présentation ;

- il ne s'est pas présenté à son routing car il avait une opération médicale programmée les 2 et 3 décembre 2018 ;

- la France est devenue responsable de sa demande d'asile à l'issue du délai de transfert et il a droit aux conditions matérielles d'accueil ;

- sa vulnérabilité n'a pas été justement appréciée alors qu'il souffre de lourds problèmes de santé ;

- la décision est entachée de ce fait d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistrés le 22 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par décision du 8 octobre 2020, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Huard, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité nigérienne, a présenté une demande d'asile enregistrée le 23 janvier 2018 et a accepté le même jour l'offre de prise en charge de l'OFII. Par arrêté du 14 juin 2018 dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif, le préfet de l'Isère a ordonné son transfert vers l'Italie en vue de l'examen par les autorités de cet Etat de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence. Le transfert du requérant vers l'Italie aurait dû avoir lieu le 17 juillet 2018 mais M. C ne s'est pas présenté à l'embarquement. L'intéressé a été déclaré en fuite le 8 novembre et les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues. A l'expiration du délai de transfert, M. C s'est à nouveau présenté en préfecture en faisant valoir que la France était devenue responsable de sa demande d'asile. Par la décision attaquée du 17 février 2020, l'OFII lui a refusé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

2. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : 1° Suspendu () ; 2° Retiré () ; 3° Refusé (). La décision est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans les délais impartis () ". Si les termes de cet article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019 restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.

3. Aux termes de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".

4. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ".Aux termes de l'article L. 744-8 du code précité dans sa version en vigueur au 1er novembre 2015 : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être:/ 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; () ".

5. Il résulte des dispositions précédemment citées que les conditions matérielles d'accueil sont proposées au demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile auquel il est procédé en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, par la suite, les conditions matérielles proposées et acceptées initialement peuvent être modifiées, en fonction notamment de l'évolution de la situation du demandeur ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas l'obligation pour l'Office de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil qui avaient été proposées et acceptées initialement par le demandeur. Dans le cas où les conditions matérielles d'accueil ont été suspendues sur le fondement de l'article L. 744-8 du code précité, dans sa rédaction issue de la loi du 29 juillet 2015, le demandeur peut, notamment dans l'hypothèse où la France est devenue responsable de l'examen de sa demande d'asile, en demander le rétablissement. Il appartient alors à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, pour statuer sur une telle demande de rétablissement, d'apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

6. Il ressort des pièces du dossier que, suite au refus de M. C de se présenter le 18 juillet 2018 à l'aéroport de Roissy en vue de son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, le requérant a été déclaré en fuite le 8 novembre 2018 et le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu le 21 novembre suivant. Si M. C fait valoir qu'il n'a pu se présenter à l'embarquement car une opération chirurgicale avait été programmée pour les 2 et 3 décembre 2018, il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit et compte tenu du délai séparant la date prévue pour son départ et celle de son intervention médicale, qu'au demeurant il ne justifie même pas avoir subie, il n'aurait pu bénéficier de soins adaptés à son état de santé en Italie.

7. Enfin, l'intéressé soutient que la décision entraine des conséquences d'une gravité excessive sur sa situation personnelle dès lors qu'il suit un traitement lourd en France, qu'il a besoin d'une rééducation du genou et qu'il a été opéré à trois reprises depuis 2018. Toutefois en se bornant à produire un rendez-vous pour une intervention le 3 décembre 2018, un certificat médical succinct du 28 janvier 2019 et le certificat médical confidentiel adressé à l'OFII le 9 décembre 2019, l'intéressé n'établit pas être dans une situation particulière de vulnérabilité alors que le médecin de l'OFII n'a pas retenu de priorité particulière. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a méconnu les dispositions précitées ou serait entachée d'une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 17 février 2020 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Grenoble a rejeté sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Mathis et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration .

Délibéré après l'audience du 7 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Wyss, président,

M. Villard, premier conseiller,

Mme Vaillant, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2022.

Le rapporteur,

J. P. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

N. VILLARDLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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