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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002685

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002685

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantTEISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 mai 2020 et le 13 juillet 2022, la SELARL Favre Dubouloz Coffy, représentée par Me Teissier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2020 par lequel le maire de la commune d'Annemasse a rejeté sa demande de remplacement d'une enseigne ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Annemasse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté municipal du 14 octobre 2004 portant règlement municipal est inapplicable à sa demande, qui porte sur le remplacement d'une enseigne et ne constitue pas une demande nouvelle d'apposition d'une enseigne ;

- en tout état de cause, la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dans l'application de cet arrêté municipal du 14 octobre 2004.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2020, la commune d'Annemasse, représentée par Me Lamouille, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté municipal du 14 octobre 2004 relatif à la publicité, aux enseignes et aux pré-enseignes sur la ville d'Annemasse ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les conclusions de Mme A ;

- et les observations de Me Lamouille pour la commune d'Annemasse.

Considérant ce qui suit :

1. La SELARL Favre Dubouloz Coffy, société d'avocats, a emménagé dans de nouveaux locaux situés 8 rue du Capitaine D C à Annemasse. Ses bureaux sont situés au 1er étage du bâtiment. La précédente occupante des locaux était la SCP Xavier Favre - Christian Verdonnet, office notarial. Cet office avait apposé une enseigne " Notaires " sur la marquise du rez-de-chaussée du bâtiment, entre le Crédit Mutuel et le magasin " La Canadienne ". La présence de cette enseigne a subsisté suite au départ de l'office notarial. La SELARL Favre Dubouloz Coffy, souhaitant effectuer la pose de sa propre enseigne en lieu et place de celle de l'office notarial, a formé, le 10 février 2020, une demande de remplacement d'enseigne. Par un arrêté du 17 février 2020, cette demande a été rejetée par le maire d'Annemasse, au motif de la méconnaissance de l'article 6-2-2 du titre III de l'arrêté du 14 octobre 2004 portant règlement municipal relatif à la publicité, aux enseignes et aux pré-enseignes sur la ville d'Annemasse. Par un courrier du 25 mars 2020, la société requérante a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, rejeté explicitement par courrier du 15 avril 2020.

Sur la légalité de l'arrêté du 17 février 2020 portant refus de remplacement d'enseigne :

2. Aux termes de l'article 4 du titre I de l'arrêté du 14 octobre 2004 portant règlement municipal relatif à la publicité, aux enseignes et aux pré-enseignes sur la ville d'Annemasse : " Enseignes - Dans les zones de publicité restreinte 1, 2, 3 et 4, les enseignes sont soumises aux dispositions du décret n°82-211 du 24 février 1982 modifiées ou complétées par les prescriptions du titre III (dispositions applicables aux enseignes) du présent arrêté ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Les dispositions de la règlementation nationale non expressément traitées aux titres II et III du présent arrêté restent applicables ". En vertu de l'article 1 du Titre III dudit arrêté : " Autorisation préalable - Dans les zones de publicité restreinte, l'installation, le remplacement ou la modification d'une enseigne permanente ou temporaire, sont soumis à autorisation du maire, selon la procédure fixée aux articles 8 à 13 du décret n°82-211 du 24 février 1982 () ".

3. Ainsi, l'arrêté du 14 octobre 2004 applicable à la commune d'Annemasse soumet à autorisation préalable le remplacement d'enseignes. Cette autorisation est sollicitée et obtenue dans les conditions prévues par le règlement national des enseignes institué par décret. L'arrêté du 14 octobre 2004 fixe également les prescriptions applicables aux enseignes situées au sein des différentes zones de publicité restreintes. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 14 octobre 2004 ne serait pas applicable à sa demande de remplacement d'enseigne, et concernerait uniquement les demandes nouvelles d'apposition d'enseignes. Par suite, le moyen afférent doit être écarté.

4. En second lieu, selon l'article 6-2-2 de l'arrêté du 14 octobre 2004, applicable à la zone de publicité restreinte n°2 au sein de laquelle est situé l'enseigne litigieuse : " Activités en étage : - Le dispositif doit être installé aux niveaux concernés, limité aux ouvertures correspondantes aux locaux abritant l'activité, réalisé en lettres ou signes découpés détachés de la façade, sans panneau de fond. / - L'enseigne peut être inscrite sur le lambrequin du store. / - Les enseignes devant les baies des étages occupés par l'activité signalée, peuvent être autorisées lorsqu'elles sont apposées sur : - les baies, en leur partie supérieure, en lettres découpées selon un procédé peint, gravé ou adhésif, sans panneau de fond / - des panneaux, dont la hauteur ne dépasse pas le 1/5 de celle de la baie sans excéder 0,30 mètre, encastrés dans la partie supérieure du tableau sans débordement ". En vertu de l'article 6-2-5 du même arrêté, applicable à cette même zone : " L'installation d'une enseigne sur un auvent ou une marquise n'est autorisée que lorsqu'aucun autre emplacement d'enseigne n'est disponible. / Dans ce cas, un seul dispositif peut être admis sous réserve qu'il soit plaqué directement et strictement dans les limites de l'épaisseur de la tranche parallèle à la voie. / Dans le cas d'activité à l'étage comprenant un auvent ou une marquise, l'enseigne pourra être installée sur l'auvent ou la marquise dans les conditions précitées ".

5. D'une part, le dernier alinéa de l'article 6-2-5 de l'arrêté du 14 octobre 2004 porte sur des enseignes installées sur des marquises situées à l'étage d'un bâtiment, où s'exerce l'activité concernée. Or tel n'est pas le cas en l'espèce, l'enseigne relative aux activités juridiques s'exerçant au 1er étage du bâtiment étant installée sur la marquise située au rez-de-chaussée de ce bâtiment. Ainsi, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que son enseigne pouvait être installée, par exception, sur la marquise du rez-de-chaussée du bâtiment en vertu de cet l'article 6-2-5 dernier alinéa. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'article 6-2-5 n'est nullement motivé par des considérations de visibilité des enseignes situées en étage d'un bâtiment, dans le cas où une marquise située en rez-de-chaussée serait susceptible d'en masquer la visibilité.

6. D'autre part, la société requérante ne démontre pas qu'aucun autre emplacement que la marquise du rez-de-chaussée n'est disponible pour l'installation de l'enseigne. En effet, si elle affirme que l'installation de l'enseigne sur l'une des fenêtres de l'étage serait contraire au règlement de copropriété, elle n'en justifie pas. En effet, ce règlement de copropriété, produit à l'instance, indique seulement que les fenêtres du bâtiment ne peuvent être modifiées qu'avec l'accord de la majorité des copropriétaires. Or la société requérante ne démontre pas que l'installation d'une enseigne sur une fenêtre constitue une modification de cette fenêtre, ni que les copropriétaires se seraient opposés à une telle installation. Si elle estime que cette installation serait nécessairement contraire à l'harmonie du bâtiment et refusée par les copropriétaires, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, si elle évoque l'éventuelle installation de l'enseigne sur un balcon, ce cas de figure n'est nullement prévu par l'arrêté du 14 octobre 2004 ni préconisé par le maire. Enfin, si la société requérante se prévaut de l'article 6-2-6 de l'arrêté du 14 octobre 2004, qui interdit l'installation d'enseignes sur des fenêtres, cet article précise qu'il n'est pas applicable aux activités en étage. Dans ces conditions, le projet de remplacement d'enseigne de la société requérante ne relevait pas de l'exception prévue à l'article L. 6-2-5 premier alinéa de l'arrêté du 14 octobre 2004 permettant l'installation d'une enseigne sur une marquise. Il relevait ainsi de l'article L. 6-2-2 applicable aux activités en étage. C'est donc à bon droit que le maire d'Annemasse a opposé un refus à son projet, au motif de la méconnaissance de l'article 6-2-2.

7. Enfin, le fait que l'enseigne sur marquise s'inscrit dans le prolongement des enseignes voisines, qu'elle ne génère aucun trouble visuel, s'intègre au support et est proche du graphisme de l'ancienne enseigne, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté.

8. Il résulte de ce qui précède que la SELARL Favre Dubouloz Coffy n'est pas fondée à solliciter l'annulation de l'arrêté du 17 février 2020 portant refus de sa demande de remplacement d'enseigne.

Sur les frais de procès :

9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société requérante doivent dès lors être rejetées.

10. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 500 euros à verser à la commune d'Annemasse au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SELARL Favre Dubouloz Coffy est rejetée.

Article 2 : La SELARL Favre Dubouloz Coffy versera à la commune d'Annemasse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Favre Dubouloz Coffy et à la commune d'Annemasse.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Beytout, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

Le président,

C. B

La première assesseure,

A. Bedelet

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2002685

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