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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2002745

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2002745

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2002745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHUGLO LEPAGE AVOCATS SAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mai 2020 et présentée par la confédération paysanne de Haute-Savoie et M. B D et des mémoires enregistrés les 10 août 2020, 23 juin 2021 et 1er février 2022 présentés par la confédération paysanne de Haute-Savoie, M. B D et l'association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports, ces derniers, représentés par Me Huglo, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2020 du préfet de la Haute-Savoie portant autorisation environnementale au titre des articles L. 181-1 et suivant du code de l'environnement au profit de la société anonyme d'économie mixte Teractem pour l'aménagement de l'écoparc du Genevois ;

2°) d'enjoindre la remise en état des lieux et notamment de remettre en état le système de drainage des sols et de restaurer les sols dans leur état d'origine, de les labourer et de réensemencer les parcelles notamment les prairies exploitées par M. D ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de la société anonyme d'économie mixte Teractem la somme de 4 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le préfet aurait dû rejeter la demande d'autorisation environnementale au regard des dispositions de l'article L. 181-9 du code de l'environnement dès lors que le projet en litige nécessitait une révision du plan local d'urbanisme incompatible avec le schéma d'aménagement et de gestion de l'eau (SAGE) de l'Arve ; il aurait dû rejeter également la demande ou a minima imposer une étude complémentaire en raison de l'incertitude existante s'agissant de la superficie de la zone humide, superficie déterminant le régime applicable au titre de la loi sur l'eau ;

- le dossier soumis à enquête publique est insuffisant dès lors que les études faune et flore sur lesquelles s'appuie l'étude d'impact pour déterminer les espèces présentes dans l'emprise du projet n'y sont pas annexées, les conditions de remise en état du site à l'issue de la période d'exploitation ne figurent pas dans la demande d'autorisation en méconnaissance de l'article R. 181-13 du code de l'environnement et le dossier soumis à enquête publique ne mentionne aucun des spécimens de chacune des espèces protégées, leur sexe et leur nombre en méconnaissance de l'article D. 181-15-5 du code de l'environnement ; ces insuffisances ont nui à l'information du public et ont été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de l'autorité administrative ;

- l'étude d'impact manque de clarté et de lisibilité ; elle est insuffisante s'agissant de l'analyse des impacts du projet sur l'hydrogéologie, en particulier sur la zone humide (sa superficie, sa fonctionnalité écologique, l'impact du projet sur la zone humide du Casino et sur la détermination des mesures de compensation), ainsi que sur le climat, s'agissant de la quantité, des modalités de gestion des déchets issus du chantier de l'écoparc, et des incidences de la production de ces déchets sur la gestion des déchets en Haute-Savoie et s'agissant de l'analyse des alternatives au projet ; le dossier n'analyse pas la compatibilité du projet avec le schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE) de l'Arve et la compatibilité avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux (SDAGE) du bassin Rhône-Méditerranée adopté par arrêté du 3 décembre 2015 est justifiée très succinctement ; ces insuffisances ont nui à l'information du public et ont été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de l'autorité administrative ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 181-3 du code de l'environnement en l'absence de dérogation à l'interdiction de destruction ou de perturbation intentionnelle d'espèces protégées ;

- il est incompatible avec le SDAGE Rhône-Alpes-Méditerranée adopté par arrêté du 3 décembre 2015 ;

- il est incompatible avec le SAGE de l'Arve ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est incompatible avec les règles d'affectation des sols.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2020, le préfet de la Haute-Savoie, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la confédération paysanne de Haute-Savoie est dépourvue de capacité à agir en justice dès lors qu'il n'est pas justifié du dépôt des statuts auprès de la préfecture territorialement compétente ;

- la confédération paysanne de Haute-Savoie n'a pas qualité pour agir dès lors que le compte-rendu du comité habilitant les co-porte-paroles à engager un recours administratif contre l'autorisation attaquée n'est pas signé ;

- les conclusions présentées par l'association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports sont tardives ;

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par des mémoires enregistrés les 27 octobre 2020 et 3 août 2021, la société anonyme d'économie mixte Teractem, représentée par Me Salamand, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que le tribunal fasse usage du pouvoir de régularisation qu'il tient de l'article L. 181-18 du code de l'environnement ;

2°) à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt pour agir ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par courrier du 30 novembre 2022, les parties ont été informées, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le tribunal était susceptible de soulever un moyen d'ordre public tiré de ce que le SDAGE Rhône-Alpes-Méditerranée adopté par arrêté du 3 décembre 2015 a été abrogé.

En réponse à ce courrier, les requérants ont produit un mémoire le 5 décembre 2022. Ils soutiennent que le SDAGE Rhône-Alpes-Méditerranée adopté par arrêté du 21 mars 2022 reprend les mêmes orientations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- l'arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection ;

- l'arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des insectes protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection ;

- l'arrêté du 29 octobre 2019 fixant la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire et les modalités de leur protection ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme A,

- et les observations de Me Jeannel représentant les requérants et Me Voisin pour la société anonyme d'économie mixte Teractem.

Une note en délibéré a été produite par Me Salamand pour la société anonyme d'économie mixte Teractem le 15 décembre 2022.

Une note en délibéré a été produite par Me Huglo pour les requérants le 19 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Les requérants demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 janvier 2020 du préfet de la Haute-Savoie portant autorisation environnementale au titre des articles L. 181-1 et suivants du code de l'environnement au profit de la société anonyme d'économie mixte Teractem pour l'aménagement de l'écoparc du Genevois.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'environnement : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci () ".

3. L'association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports dont l'objet est d'être " un organisme () de contestation pour toutes les questions posées dans le département de la Haute-Savoie, par les problèmes () de la protection de la nature, de l'environnement et de cadre de vie () " présente un intérêt suffisamment direct pour contester l'autorisation environnementale attaquée portant sur l'aménagement de l'écoparc du Genevois localisé sur deux communes du département de la Haute-Savoie (Saint-Julien-en-Genevois et Neydens).

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 181-50 du code de l'environnement dans sa rédaction alors applicable : " Les décisions mentionnées aux articles L. 181-12 à L. 181-15 peuvent être déférées à la juridiction administrative : () / 2° Par les tiers intéressés en raison des inconvénients ou des dangers pour les intérêts mentionnés à l'article L. 181-3, dans un délai de quatre mois à compter de : / a) L'affichage en mairie dans les conditions prévues au 2° de l'article R. 181-44 ; / b) La publication de la décision sur le site internet de la préfecture prévue au 4° du même article./ Le délai court à compter de la dernière formalité accomplie. Si l'affichage constitue cette dernière formalité, le délai court à compter du premier jour d'affichage de la décision () ".

5. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ". Aux termes de l'article 2 de cette ordonnance : " Tout () recours, action en justice () qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois () ". Aux termes du I de l'article 15 de l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 portant adaptation des règles applicables devant les juridictions de l'ordre administratif : " Les dispositions de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 susvisée relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période sont applicables aux procédures devant les juridictions de l'ordre administratif ".

6. En vertu de l'article R. 181-50 du code de l'environnement précité, l'arrêté attaqué pouvait être contesté par les tiers intéressés, dans un délai de quatre mois à compter de la dernière formalité soit d'affichage, soit de publication accomplie. Compte tenu de la publication sur le site internet de la préfecture de la Haute-Savoie le 20 janvier 2020 et de l'affichage de l'arrêté attaqué, pour une période d'un mois, en mairie de Saint-Julien-en-Genevois et de Neydens, respectivement à compter des 24 et 27 janvier 2020, l'association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports disposait à compter du 27 janvier 2020 d'un délai de quatre mois pour contester l'arrêté attaqué. Cependant, eu égard à la prorogation des délais de recours contentieux par les dispositions précitées des ordonnances du 25 mars 2020 prises dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, les conclusions présentées par l'association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports et enregistrées le 10 août 2020, ne sont pas tardives et la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Haute-Savoie doit être écartée.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu de rechercher si les autres requérants ont intérêt pour agir contre l'arrêté attaqué et si la confédération paysanne de Haute-Savoie a la capacité et la qualité pour agir, la requête est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. En premier lieu, l'article R. 123-8 du code de l'environnement prévoit que le dossier soumis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet. Le 4° de l'article R. 181-13 du même code prévoit que le dossier d'autorisation environnementale comprend " Une description de la nature et du volume de l'activité, l'installation, l'ouvrage ou les travaux envisagés, de ses modalités d'exécution et de fonctionnement, des procédés mis en œuvre, ainsi que l'indication de la ou des rubriques des nomenclatures dont le projet relève. Elle inclut les moyens de suivi et de surveillance, les moyens d'intervention en cas d'incident ou d'accident ainsi que les conditions de remise en état du site après exploitation () ".

9. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances affectant le dossier soumis à enquête publique ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette enquête, que si elles ont eu pour effet de nuire à l'information complète de la population ou, si elles ont été de nature à exercer une influence sur les résultats de l'enquête et, par suite, sur la décision de l'autorité administrative.

10. Contrairement à ce qui est soutenu en défense, ces dispositions s'appliquent à l'ensemble des demandes d'autorisations environnementales, y compris celles ne concernant pas une installation classée pour la protection de l'environnement, mais seulement un aménagement. En l'espèce, le dossier d'autorisation environnementale ne comporte aucune précision sur la remise en état du site après exploitation. Cette insuffisance du dossier s'agissant de la remise en état du site a été de nature à nuire à l'information du public.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement : " () II. - En application du 2° du II de l'article L. 122-3, l'étude d'impact comporte les éléments suivants, en fonction des caractéristiques spécifiques du projet et du type d'incidences sur l'environnement qu'il est susceptible de produire : () 2° Une description du projet, y compris en particulier : () - une estimation des types et des quantités de résidus et d'émissions attendus, tels que la pollution de l'eau, de l'air, du sol et du sous-sol, le bruit, la vibration, la lumière, la chaleur, la radiation, et des types et des quantités de déchets produits durant les phases de construction et de fonctionnement () 5° Une description des incidences notables que le projet est susceptible d'avoir sur l'environnement résultant, entre autres () : c) De l'émission de polluants, du bruit, de la vibration, de la lumière, la chaleur et la radiation, de la création de nuisances et de l'élimination et la valorisation des déchets () ".

12. Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'une étude d'impact ne sont susceptibles de vicier la procédure et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise au vu de cette étude que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de l'autorité administrative.

13. En l'espèce, l'étude d'impact mentionne que les travaux vont produire des déchets volumineux de quatre types différents (déchets inertes, déchets banals, déchets d'emballage, déchets dangereux DTQD) et que la conception du projet au plus près du terrain naturel et la gestion des matériaux ont été optimisées pour réduire la production de déchets inertes liés au chantier. Elle précise également que des mesures de réduction, de tri et de suivi des déchets seront mises en place. Cependant, elle n'indique pas la quantité de déchets qui sera engendrée par les travaux d'aménagement. Par ailleurs, alors qu'elle relève une grave insuffisance de capacité des installations de stockage des déchets inertes dans l'arrondissement de Saint-Julien-en-Genevois, elle ne mentionne pas les modalités de stockage et d'évacuation des déchets inertes issus du projet, pourtant susceptibles, compte tenu de cet état de fait, d'avoir un impact en terme de transport et d'émissions de gaz à effet de serre. Ces insuffisances ont nui à l'information de la population. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de l'étude d'impact au regard des exigences de l'article R. 122-5 du code de l'environnement doit être accueilli.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'environnement : " I. - Lorsqu'un intérêt scientifique particulier, le rôle essentiel dans l'écosystème ou les nécessités de la préservation du patrimoine naturel justifient la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, sont interdits : 1° La destruction ou l'enlèvement des œufs ou des nids, la mutilation, la destruction, la capture ou l'enlèvement, la perturbation intentionnelle, la naturalisation d'animaux de ces espèces ou, qu'ils soient vivants ou morts, leur transport, leur colportage, leur utilisation, leur détention, leur mise en vente, leur vente ou leur achat ; () 3° La destruction, l'altération ou la dégradation de ces habitats naturels ou de ces habitats d'espèces () ". Aux termes de l'article L. 411-2 du même code : " I. - Un décret en Conseil d'Etat détermine les conditions dans lesquelles sont fixées : () 4° La délivrance de dérogations aux interdictions mentionnées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 411-1, à condition qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante, pouvant être évaluée par une tierce expertise menée, à la demande de l'autorité compétente, par un organisme extérieur choisi en accord avec elle, aux frais du pétitionnaire, et que la dérogation ne nuise pas au maintien, dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition naturelle : () c) Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ou pour d'autres raisons impératives d'intérêt public majeur, y compris de nature sociale ou économique, et pour des motifs qui comporteraient des conséquences bénéfiques primordiales pour l'environnement () ".

15. Aux termes de l'article L. 181-1 du code de l'environnement : " L'autorisation environnementale, dont le régime est organisé par les dispositions du présent livre ainsi que par les autres dispositions législatives dans les conditions fixées par le présent titre, est applicable aux activités, installations, ouvrages et travaux suivants, lorsqu'ils ne présentent pas un caractère temporaire : 1° Installations, ouvrages, travaux et activités mentionnés au I de l'article L. 214-3 () ". Aux termes de l'article L. 181-2 du même code : " I.- L'autorisation environnementale tient lieu, y compris pour l'application des autres législations, des autorisations, enregistrements, déclarations, absences d'opposition, approbations et agréments suivants, lorsque le projet d'activités, installations, ouvrages et travaux relevant de l'article L. 181-1 y est soumis ou les nécessite : () 5° Dérogation aux interdictions édictées pour la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, d'espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats en application du 4° de l'article L. 411-2 () ". L'article L. 181-3 du même code prévoit que l'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent le respect des conditions, fixées au 4° du I de l'article L. 411-2, de délivrance de la dérogation aux interdictions édictées pour la conservation de sites d'intérêt géologique, d'habitats naturels, des espèces animales non domestiques ou végétales non cultivées et de leurs habitats, lorsque l'autorisation environnementale tient lieu de cette dérogation.

16. Il résulte de ces dispositions que la destruction ou la perturbation des espèces

animales concernées, ainsi que la destruction ou la dégradation de leurs habitats, sont interdites.

Toutefois, l'autorité administrative peut déroger à ces interdictions dès lors que sont

remplies trois conditions distinctes et cumulatives tenant d'une part, à l'absence de solution

alternative satisfaisante, d'autre part, à la condition de ne pas nuire au maintien, dans un état de

conservation favorable, des populations des espèces concernées dans leur aire de répartition

naturelle et, enfin, à la justification de la dérogation par l'un des cinq motifs limitativement

énumérés et parmi lesquels figure le fait que le projet réponde, par sa nature et compte tenu des

intérêts économiques et sociaux en jeu, à une raison impérative d'intérêt public majeur.

17. Le système de protection des espèces qui concerne les espèces de mammifères terrestres et d'oiseaux figurant sur les listes fixées par les arrêtés du 23 avril 2007 et du 29 octobre 2009 visés ci-dessus, impose d'examiner si l'obtention d'une dérogation est nécessaire dès lors que des spécimens de l'espèce concernée sont présents dans la zone du projet, sans que l'applicabilité du régime de protection dépende, à ce stade, ni du nombre de ces spécimens, ni de l'état de conservation des espèces protégées présentes.

18. Le pétitionnaire doit obtenir une dérogation " espèces protégées " si le

risque que le projet comporte pour les espèces protégées est suffisamment caractérisé. A ce titre,

les mesures d'évitement et de réduction des atteintes portées aux espèces protégées proposées

par le pétitionnaire doivent être prises en compte. Dans l'hypothèse où les mesures d'évitement

et de réduction proposées présentent, sous le contrôle de l'administration, des garanties

d'effectivité telles qu'elles permettent de diminuer le risque pour les espèces au point qu'il

apparaisse comme n'étant pas suffisamment caractérisé, il n'est pas nécessaire de solliciter une

dérogation " espèces protégées ".

19. Il résulte de l'étude d'impact que l'aménagement de l'écoparc du Genevois risque d'altérer et de dégrader une partie des sites de repos ou de reproduction d'espèces protégées au titre des arrêtés du 23 avril 2007 et 29 octobre 2009 visés ci-dessus présentes sur le site et, partant, de les perturber dans leur milieu naturel. Après mise en place de mesures d'évitement et de réduction, l'étude d'impact conclut que " l'impact résiduel du projet sera très faible sur la faune présente " et la note en réponse à l'avis de l'autorité environnementale d'avril 2019 à l'absence d'impact résiduel significatif. Cependant, l'implantation de prairies, la création d'habitats favorables sous forme de tas de bois et de pierres, la reconstitution de milieux humides (noues, zone humide à l'entrée d'Ecoparc) et la replantation de chênes au sein des haies dans les espaces publics et lots privés ne constituent pas des mesures de réduction ou d'évitement mais des mesures de compensation. Dans ces conditions, le risque que le projet en cause comporte pour les espèces protégées est suffisamment caractérisé. Par suite, la société pétitionnaire aurait dû solliciter la dérogation prévue par l'article L. 411-2 du code de l'environnement et l'autorisation qui lui a été délivrée est illégale faute de comporter cette dérogation.

Sur les conséquences à tirer des vices retenus :

20. Aux termes de l'article L. 181-18 du code de l'environnement : " I.- Le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre une autorisation environnementale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés : / 1° Qu'un vice n'affecte qu'une phase de l'instruction de la demande d'autorisation environnementale, ou une partie de cette autorisation, peut limiter à cette phase ou à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et demander à l'autorité administrative compétente de reprendre l'instruction à la phase ou sur la partie qui a été entachée d'irrégularité ; / 2° Qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé par une autorisation modificative peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation () ".

21. Compte tenu de l'ensemble des vices retenus aux points précédents qui implique que la société pétitionnaire reprenne l'ensemble de la procédure de demande d'autorisation, il n'y a pas lieu de mettre en œuvre les dispositions de l'article L. 181-18 du code de l'environnement.

22. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 16 janvier 2020 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Compte des motifs retenus pour annuler l'arrêté en litige et de la possibilité pour la société pétitionnaire de reprendre l'ensemble de la procédure de demande d'autorisation, l'annulation de l'arrêté attaqué n'implique pas nécessairement que soit ordonnée la remise en état des lieux.

Sur les frais d'instance :

24. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société anonyme d'économie mixte Teractem doivent dès lors être rejetées.

25. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société anonyme d'économie mixte Teractem une quelconque somme au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 16 janvier 2020 est annulé.

Article 2 :L'Etat versera aux requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la confédération paysanne de Haute-Savoie, à M. B D, à l'association de concertation et de proposition pour l'aménagement et les transports, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la société anonyme d'économie mixte Teractem.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

A. C

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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