vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2002959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP FESSLER JORQUERA & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 juin 2020 et le 2 mai 2022, M. G E, M. A P, M. O K, Mme H P, Mme L K, Mme R M, M. C P et Mme F D, représentés par la société d'avocats CDMF - Affaires publiques, demandent au tribunal :
1°) d'annuler le certificat d'urbanisme opérationnel négatif qui a été délivré le 2 décembre 2019 par le maire d'Avignonet à M. N I pour la rénovation d'une maison d'habitation et de bâtiments afin d'y créer une exploitation agricole sur les parcelles cadastrées section D n° 77, D n° 78 et D n°79 sur le territoire communal ;
2°) d'enjoindre au maire d'Avignonet de délivrer à M. I un certificat d'urbanisme opérationnel positif dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 150 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Avignonet la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le certificat d'urbanisme opérationnel négatif est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation quant à l'aggravation des risques naturels prévisibles ou à la création d'un nouveau risque tels que mentionnés dans le plan de prévention des risques naturels prévisibles ;
- le maire avait la faculté d'assortir le certificat d'urbanisme positif de prescriptions spéciales ;
- en réponse au mémoire en défense et en tant que propriétaires indivis, ils ont intérêt à agir contre le certificat d'urbanisme négatif quand bien même le demandeur renoncerait à son projet d'achat.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2020, la commune d'Avignonet, représentée par Me Fessler, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune d'Avignonet fait valoir que :
- les requérants n'ont pas intérêt à agir ;
- subsidiairement, les moyens sont infondés.
Par une lettre du 4 mai 2022, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 16 juin 2022, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 23 juin 2022.
Par une lettre du 6 février 2023, le tribunal a demandé aux parties de transmettre une pièce complémentaire sur le fondement de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Le 10 février 2023, la commune d'Avignonet a transmis au tribunal l'avis formulé par la communauté de communes du Trièves du 16 octobre 2019.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 :
- le rapport de Mme Q,
- les conclusions de Mme J,
- les observations de Me Fiat, représentant les requérants ;
- et les observations de Me Touvier substituant Me Fessler, représentant la commune d'Avignonet.
Considérant ce qui suit :
1. M. G E, M. A P, M. O K, Mme H P, Mme L K, Mme R M, M. C P et Mme F D sont les propriétaires indivis des parcelles cadastrées section D n° 77, D n° 78 et D n°79 d'une superficie totale de 23 560 m² sur le territoire communal d'Avignonet, Chemin de la Ferme des Clarets. Une maison d'habitation et des bâtiments se situent sur ce tènement. Le 4 octobre 2019, M. N I a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la rénovation de la maison d'habitation, la rénovation des granges et dépendances en vue de l'installation et de l'exploitation d'une activité de maraîchage biologique et de la mise aux normes de l'assainissement par phyto-épuration. Par décision du 2 décembre 2019, le maire d'Avignonet lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif. Le 31 janvier 2020, " l'indivision P " a présenté un recours gracieux, auquel il n'a pas été répondu. Par la présente requête, M. E et autres demandent au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme opérationnel négatif du 2 décembre 2019 et d'enjoindre au maire sous astreinte de délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Les requérants, qui sont les propriétaires indivis des parcelles sur lesquelles se situent le projet de construction, justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour demander au juge l'annulation d'un certificat d'urbanisme opérationnel négatif, alors même que la demande de certificat d'urbanisme émane d'un tiers. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.
Sur les conclusions en annulation :
3. Aux termes de L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". Aux termes de l'article R. 410-14 du même code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée. ".
4. Aux termes de l'article R. 111-2 de ce code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de certificat d'urbanisme, il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
5. Aux termes du plan de prévention des risques naturels prévisibles de la commune d'Avignonet, tel qu'approuvé par décret du 2 septembre 1990, la commune comporte deux zones distinctes, dont " une zone rouge très exposée où les risques naturels de mouvements de terrain sont particulièrement redoutables. () ". Aux termes de l'article II - 2 du plan de prévention des risques naturels prévisibles : " En zone rouge : utilisations et occupations du sol : a) Sont interdits : Tous travaux, remblais, terrassement, constructions nouvelles, activités, de quelque nature qu'ils soient à l'exception de ceux visés ci-après. b) Sont autorisés à condition de ne pas aggraver les risques et à ne pas donner lieu à leurs effets : 1°) les travaux d'entretien et de gestion courants des constructions et installations implantées antérieurement à la publication du présent plan, à savoir : aménagements internes, traitements des façades, réfection des toitures, 2°) à condition qu'ils ne fassent pas l'objet d'une occupation humaine permanente : () 2 - les bergeries, les écuries, les étables, les hangars, les abris, les silos ouverts ou fermés directement liés à l'exploitation agricole ou forestière, () ".
6. L'opération projetée consiste dans la rénovation de l'habitation principale à l'identique, sans création d'ouverture en façade, la rénovation des granges et dépendances en vue d'une installation agricole de maraîchage biologique et la mise aux normes de l'assainissement par phyto-épuration. La certificat d'urbanisme a été refusé à M. I au motif que " les éléments du dossier au stade du certificat d'urbanisme ne permettent pas de vérifier que le projet n'aggrave pas le risque et n'en provoque pas de nouveau ".
7. Il est constant que le projet se situe en zone rouge dans le plan de prévention des risques naturels prévisibles de la commune d'Avignonet où le risque de glissement de terrain est le plus fort. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies jointes au dossier de la demande de certificat d'urbanisme que les bâtiments existants ne sont pas à l'état de ruine mais constituent un bâti ancien et vétuste susceptible de faire l'objet d'une rénovation qui sera réalisée sans modification des ouvertures de façades et sans extension des contructions existantes. Une telle opération n'exige que des travaux d'entretien et de gestion courant, au sens du b) de l'article II 2 du plan de prévention des risques naturels prévisibles, sans aggraver le risque de glissement de terrain. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
8. Si la commune d'Avignonet fait valoir en défense que l'exploitation agricole de maraîchage biologique constitue une activité nouvelle qui est interdite en application du a) de l'article II 2 du plan de prévention des risques naturels prévisibles et que le système d'assainissement retenu par le projet de phytoépuration est de nature à aggraver le risque de glissement de terrain par l'infiltration nouvelle d'eau dans le sol, il ne ressort pas de la décision attaquée que le certificat d'urbanisme a été refusé à M. I pour ces motifs et la commune n'a pas présenté de demande de subsitution de motifs en ce sens.
9. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision du 2 décembre 2019 par laquelle le maire d'Avignonet à délivrer à M. I un certificat d'urbanisme opérationnel négatif.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
10. Les requérants n'étant pas les demandeurs du certificat d'urbanisme en litige, il y a uniquement lieu d'enjoindre au maire d'Avignonet de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme opérationnel présentée par M. I, en lui impartissant un délai de deux mois pour le faire à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Dans les circonstances de l'espèce, la commune d'Avignonet versera la somme totale de 1 500 euros aux requérants en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune d'Avignonet sur ce fondement, partie perdante dans le présent litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 2 décembre 2019 par laquelle le maire d'Avignonet a délivré à M. I un certificat d'urbanisme opérationnel négatif est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire d'Avignonet de réexaminer la demande de certificat d'urbanisme opérationnel dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Avignonet versera la somme totale de 1 500 euros aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G E, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune d'Avignonet.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Letellier, première conseillère,
M. Hamdouch, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 mars 2023.
La rapporteure,
C. Q
Le président,
J.-P. WYSS
La greffière,
Mme B
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026