jeudi 2 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003112 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CLDAA LIOCHON ET DURAZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 juin 2020 et le 18 octobre 2022, la société B père et fils et M. A B, représentés par Me Fiat, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 3 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Reignier-Esery a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune, ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté le 11 février 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Reignier-Esery une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société B père et fils soutient :
- qu'il n'est pas établi que les membres du conseil municipal ont disposé de l'ensemble des éléments permettant de pouvoir voter utilement sur le projet de plan local d'urbanisme ;
- le classement des terrains supportant la plateforme de recyclage en zones N et A est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 29 mars 2021, la commune de Reignier-Esery représentée par Me Duraz conclut au rejet de la requête, subsidiairement à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme, et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Reignier-Esery fait valoir que :
- la requête, en tant qu'elle émane de M. A B, lequel n'a pas formé de recours gracieux, est tardive et, par suite, irrecevable ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Un courrier a été adressé le 19 septembre 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Par une ordonnance du 3 novembre 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jourdan, présidente,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Punzano, représentant la société B père et fils, et C, représentant la commune de Reignier-Esery.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la société B père et fils demande au tribunal l'annulation de la délibération du 3 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Reignier-Esery a approuvé la révision du plan local d'urbanisme de la commune.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 2121-10 du code général des collectivités territoriales : " Toute convocation est faite par le maire. Elle indique les questions portées à l'ordre du jour. Elle est mentionnée au registre des délibérations, affichée ou publiée. Elle est transmise de manière dématérialisée ou, si les conseillers municipaux en font la demande, adressée par écrit à leur domicile ou à une autre adresse. ". Aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération. ". Il résulte de ces dispositions que les membres du conseil municipal appelés à délibérer de la révision d'un plan local d'urbanisme doivent disposer, avant la séance, de l'ensemble du projet de plan local d'urbanisme que la délibération a pour objet d'approuver, et que s'ils doivent pouvoir obtenir communication des autres pièces et documents nécessaires à leur information sur ce plan, aucun texte ni aucun principe n'impose toutefois au maire de leur communiquer ces pièces et documents en l'absence d'une demande de leur part.
3. Il ressort des pièces du dossier que la convocation des conseillers municipaux à la réunion du conseil municipal du 3 décembre 2019 a été effectuée le 26 novembre 2019 et comprenait les questions portées à l'ordre du jour et, plus particulièrement, celle de l'approbation de la révision générale du plan local d'urbanisme. La commune de Reigner-Esery produit, d'une part, une copie des messages électroniques adressés aux conseillers municipaux le 26 novembre 2019 et contenant, en pièces jointes, les pièces du plan local d'urbanisme et, d'autre part, une note de synthèse relative aux avis des personnes publiques associées et du commissaire enquêteur et sur les modifications du plan local d'urbanisme arrêté qui en découlent. Dans ces conditions, et alors qu'il était loisible aux conseillers municipaux de solliciter la communication des avis émis par les personnes publiques associées et le commissaire enquêteur et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils l'auraient fait sans les obtenir en temps utile, les conseillers municipaux ont bénéficié d'une information suffisante au sens des articles L. 2121-10 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales.
4. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Aux termes de l'article R. 151-24 du même code : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5o Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. "
5. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
6. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
7. La requérante indique qu'elle exploite une plateforme de recyclage de matériaux inertes au lieudit " les îles " et qu'elle a déclaré, au titre de la réglementation des installations classées pour la protection de l'environnement, l'ouverture d'une installation de stockage de matériaux inertes aux lieudits " les îles " et " Mouilles des Naves " le 5 mars 2015. Alors qu'une partie des terrains accueillant son activité a fait l'objet d'un classement en zone Axpr, correspondant à une zone agricole avec plate-forme de recyclage matériaux, elle soutient que le classement en zone agricole stricte et en zone naturelle des terrains restants est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas établi par la production d'un constat d'huissier du 13 janvier 2017 relatif à la mise en fonctionnement d'un concasseur et des photos récentes illustrant la présence d'un camion dans un laveur de roue sur la parcelle 660 et son chargement sur les parcelles 87 et 88, lesquelles sont déjà comprises dans la zone Axpr, que l'ensemble des parcelles qu'elles semble revendiquer comme faisant partie de ses installations seraient effectivement utilisées pour son activité. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que les personnes publiques associées, et notamment les services de l'Etat, ont présenté des observations sur la zone Axpr afin que, compte tenu des enjeux environnementaux liés à la proximité de l'Arve, celle-ci soit délimitée au plus près de la réalité de l'occupation du terrain. Il est également précisé qu'il ressort du rapport du commissaire enquêteur que la commune est favorable au projet de la société d'installation de stockage de matériaux inertes mais qu'elle indique que celui-ci devra faire l'objet d'une déclaration de projet emportant alors mise en compatibilité du plan local d'urbanisme. Dans ces conditions, la seule circonstance que la société requérante a déposé en 2015 une déclaration au titre des installations classées pour la protection de l'environnement ne peut être regardée, à ce stade, comme faisant obstacle à un classement en zone A ou N de ces parcelles. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la société requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier que les terrains classés en zone A, qui s'ouvrent sur de vastes terres naturelles seraient dénués de potentiel agronomique, biologique ou économique. S'agissant des parcelles situées au nord et classées en zone N, il apparaît qu'elles correspondent à un secteur de risque identifié sur la carte réglementaire du plan de prévention des risques inondation de l'Arve. Les classements litigieux en zones agricole et naturelle sont également cohérents avec les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables notamment tournées vers la protection des espaces agricoles et la prise en compte des risques. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que les classements litigieux seraient entachés d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune, que la société B père et fils n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du 3 décembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Reignier-Esery a approuvé son plan local d'urbanisme et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Reignier-Esery, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la société B père et fils et non compris dans les dépens.
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société B père et fils la somme demandée par la commune de Reignier-Esery.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société B père et fils est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Reignier-Esery en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société B père et fils et à la commune de Reignier-Esery.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente rapporteur,
Mme Barriol, première conseillère,
Mme Beauverger, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2023.
La présidente-rapporteure,
D. Jourdan
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
E. Barriol
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°200311
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026