vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET G. MOLLION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juin 2020 et le 3 septembre 2021, M. B C, représenté par la société d'avocats Gaillard, Oster et associés, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la délibération n° 2020-DEL-010 du 3 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'Habitat de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en tant qu'elle a classé en zone agricole les parcelles cadastrées section A n° 223, 224, 233, 740 et 763 ;
2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C soutient que :
- la procédure d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal est entachée d'un vice de procédure tirée du défaut des mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration de ce plan ;
- les dispositions de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ont été méconnues et une nouvelle enquête publique aurait dû être diligentée ;
- le règlement graphique n'est pas cohérent avec les objectifs du PADD ;
- le classement des parcelles en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés le 16 juillet 2021 et le 1er octobre 2021, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, représentée par la société d'avocats Conseil affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête sont infondés.
Par une ordonnance du 7 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 novembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Le 27 février 2024, le tribunal a demandé à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie de lui transmettre le règlement graphique de la commune de Lornay, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Le 29 février 2024, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a transmis le règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal qui a été communiqué au requérant.
Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :
- le rapport de Mme Letellier,
- les conclusions de Mme A,
- les observations de Me Schmidt, pour M. C,
- et les observations de Me Djeffal, pour la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 3 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H). M. C est propriétaire des parcelles cadastrées à la section A numéros 224, 223, 233, 740 et 763, situées à Chemin de la Fruitière, à Lornay, qui ont été classées en zone agricole.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne les mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal :
2. Aux termes de l'article R.153-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : () 1° La délibération qui prescrit l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ".
3. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal n'aurait pas fait l'objet des formalités de publication prévues à l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.
En ce qui concerne les modifications apportées après l'enquête publique :
4. L'article L.153-21 du code de l'urbanisme dispose que : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé () ". Ces dispositions permettent à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête, ces deux conditions découlant de la finalité même de la procédure de mise à l'enquête publique.
5. En se bornant à faire mention d'une partie de la liste des modifications apportées au projet de PLUi-H, dont il n'est pas contesté qu'elles procédaient de l'enquête publique, et en ajoutant que la rectification de l'ensemble des erreurs existantes dans le document graphique a conduit à une modification substantielle du document, le requérant n'assortit pas son moyen tiré de ce que la somme de ces modifications auraient bouleversé l'économie générale du projet de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'une nouvelle enquête publique était requise avant l'adoption du PLUi-H doit être écarté.
En ce qui concerne la cohérence entre le règlement graphique et le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal :
6. L'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dispose que : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales () permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 - L. 101-3. ".
7. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
8. D'une part, si le requérant soutient que le règlement graphique est incohérent avec le PADD pour avoir classé ses parcelles en zone agricole alors qu'elles se situent dans le chef-lieu de la commune de Lornay qui doit être densifié, il ne se livre qu'à un examen limité à ses seules parcelles, sans faire une analyse globale à l'échelle du territoire intercommunal. D'autre part, si le requérant se prévaut de l'un des objectifs du PADD - " développer les chefs-lieux des communes-bourgs " - pour soutenir que le classement de ses parcelles en zone agricole est incohérent avec ces objectifs, la commune de Lornay constitue toutefois une " commune-village ", au sens du PLUi-H pour laquelle le nombre de logements par hectare à construire est inférieur aux " communes-bourgs ", les communes-villages n'étant soumises qu'à une perspective de " développement adapté " selon le PADD. En outre, les auteurs du PLUi-H ont choisi de densifier deux autres secteurs qui se situent également en bordure du chef-lieu de cette commune-village et qui présentent les caractéristiques pour être densifiées, ainsi que cela ressort du rapport de présentation, en page 222, et dont il n'appartient pas au juge d'apprécier l'opportunité de ce choix. Dans ces circonstances, le règlement graphique n'étant pas incohérent avec le PADD, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne le classement des parcelles :
9. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
10. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.
11. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section A numéros 223, 224, 233, 740 et 763 forment un tènement de 4 859 m². Elles sont enherbées et à l'état de prairie, ce qui leur donne un potentiel agronomique ou biologique ou économique. Le tènement est bordé par une zone UE " Equipements recevant du public ", notamment le cimetière et s'ouvre sur un large côté sur une zone agricole. Elle est séparée par de la zone urbaine UC1 " Lisières des pôles urbains ", par la parcelle A n° 1100 également classée en zone agricole, et par une voie publique. Le tènement quoique desservi par une voie publique, est dépourvu de toute construction. Compte tenu de sa vaste superficie et de sa localisation, le tènement ne peut être regardé comme une " dent creuse ". La circonstance qu'il soit desservi par les différents réseaux n'est pas un obstacle à son classement en zone agricole. Par ailleurs, les auteurs du PLUi-H ont défini strictement les secteurs destinés à l'extension de l'urbanisation du chef-lieu des communes-villages, au nombre desquels ne figure pas le tènement de M. C. Enfin le requérant ne détient aucun droit acquis au maintien d'un précédent classement répondant à un autre parti d'urbanisme. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement des parcelles en zone agricole doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les conclusions présentées par le requérant, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de rejeter les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. C est rejetée.
Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.
Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Barriol, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 avril 2024.
La rapporteure,
C. Letellier
Le président,
M. Sauveplane
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026