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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003270

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003270

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003270
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEONEM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 19 juin 2020, le 12 avril 2021 et le 31 mars 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Bio Frais Saint-Julien, représentée par Me Brillat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 26/2020 du 18 février 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Julien-en-Genevois a accordé un permis de construire à la SCI Verchamp ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Julien-en-Genevois une somme de 3000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable au regard de l'article 12 bis de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- elle a intérêt pour agir : elle exploite un commerce distant de moins de 100 mètres, elle est voisine immédiate et sera impactée par la concurrence induite, le surcroit de trafic sur la route et par le manque de place de parking qui remettra en cause son droit d'accès et d'utilisation des places de parking ;

- le dossier de permis de construire était incomplet : aucune pièce du dossier de permis de construire ne propose une vision de l'insertion du projet de construction dans son environnement ;

- la commission consultative départementale de la protection civile n'a pas été saisie pour avis ;

- l'attestation du contrôleur technique prévue par l'article R. 3431-16 e) du code de l'urbanisme est absente du dossier de demande de permis de construire ;

- l'arrêté méconnait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme combiné avec l'article 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme : la voie publique pour la desserte du site commercial est manifestement sous dimensionnée et inadaptée ;

- l'arrêté méconnait l'article 12 du règlement du plan local d'urbanisme : le nombre de places de stationnement est insuffisant ; le décompte des différentes places de stationnement figurant sur le plan de masse laisse entrevoir l'existence de seulement 94 places de stationnement ;

- une partie de l'emprise du futur bâtiment Lidl devait être affectée à 96 places de stationnement à la destination des clients des commerces voisins : or la prise en compte de places déjà affectées à un bâtiment conduit à l'annulation du permis de construire ;

- la commission départementale d'aménagement commercial n'a pas été saisie or la surface affectée à la vente sera, en réalité, supérieure à 1 000 m² : la réserve d'approche, la zone non affectée ou encore le local de préparation de pain peuvent être facilement ouverts au public et il fallait les intégrer dans le calcul de la surface de vente totale ;

- elle fait partie en outre d'une ensemble commercial et la création du magasin Lidl aura pour objet de réaliser une extension de l'ensemble commercial dans la mesure où ce dernier bénéficie d'aménagements communs avec les commerces attenants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 février 2021 et le 27 mai 2022, la commune de Saint-Julien-en-Genevois, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de la société Bio Frais Saint-Julien sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société requérante n'a pas d'intérêt pour agir : elle exploite un commerce situé à 100 mètres ce qui ne fait pas d'elle un " voisin immédiat " ; la concurrence commerciale alléguée ne lui donne pas un intérêt pour agir ni l'augmentation du trafic routier ou l'atteinte supposée à son droit de stationnement prévu par son bail commercial ;

- les moyens soulevés par la SAS Bio Frais Saint-Julien ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 30 août 2021, la société civile immobilière (SCI) Verchamp, représentée par Me Bouyssou, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête de la société Bio Frais Saint-Julien, à titre subsidiaire au rejet de la requête et demande, en tout état de cause, que le tribunal fasse application, le cas échéant de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Bio Frais Saint-Julien en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la société requérante n'a pas d'intérêt pour agir : l'accès au terrain du projet est distinct du terrain de la société Bio Frais Saint-Julien ; elle est séparée du projet par une distance de 100 mètres et il existe une magasin, une boulangerie, un grillage et un chemin entre le projet et la société requérante ; la saturation du réseau routier n'est pas avérée ; la concurrence générée par le projet ne donne pas un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés par la SAS Bio Frais Saint-Julien ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 7 février et 30 mai 2022, la société en nom collectif (SNC) Lidl, représentée par Me Bozzi, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et demande en tout état de cause que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la société n'a pas d'intérêt pour agir et que les moyens soulevés par la SAS Bio Frais Saint-Julien ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 août 2022, l'instruction a été clôturée le jour même en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Sauveplane,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- et les observations de Me Drouin, représentant la société Bio Frais Saint-Julien, de Me Poiré, représentant la commune de Saint-Julien-en-Genevois et de Me Motal, représentant la SNC Lidl.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Verchamp a demandé à la commune de Saint-Julien-en-Genevois un permis de construire un bâtiment à usage de surface commerciale d'une superficie de 1 822,37 m² au sol dont 999,39 m² de surface commerciale. Le permis de construire a été accordé sous certaines réserves à la SCI Verchamp par un arrêté n°26/2020 du 18 février 2020. La société Bio Frais Saint-Julien exploite un commerce alimentaire à proximité de la parcelle sur laquelle sera implanté le futur local commercial exploité sous l'enseigne " Lidl ". Par un arrêté en date du 12 août 2021, le maire de Saint-Julien-en-Genevois a transféré à la SNC Lidl le permis de construire délivré à la SCI Verchamp.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire () que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-14 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Pour justifier de son intérêt pour agir, la société Bio Frais Saint-Julien fait valoir sa qualité de voisine immédiate du projet, impactée par la concurrence induite par l'ouverture d'une nouvelle surface commerciale et par le surcroit de trafic sur la route de Lathoy, laquelle est déjà saturée en raison de son étroitesse, et enfin par le manque de place de stationnement pouvant remettre en cause l'usage des 256 places de stationnement qu'elle tient de son bail commercial.

4. D'une part, la concurrence commerciale engendrée par le projet n'est pas de nature à donner un intérêt pour agir à la société Bio Frais Saint-Julien contre le permis de construire accordé par le maire de Saint-Julien-en-Genevois à la SCI Verchamp.

5. D'autre part, la société Bio Frais Saint-Julien exploite un commerce situé à 100 mètres de l'emplacement du projet, dont elle est séparée par une route, un grillage et deux autres commerces, dans un autre ensemble commercial que le projet de la SCI Verchamp, ayant un accès distinct ainsi que ses propres places de stationnement. Elle ne peut donc être regardée comme voisine immédiate du projet.

6. Par ailleurs, la route de Lathoy qui dessert le projet, ainsi que le commerce exploité par la société requérante, est d'une largeur suffisante pour accueillir le trafic routier engendré par une nouvelle surface commerciale étant donné qu'elle mesure 5,77 mètres de largeur au point le plus resserré, qu'elle est rectiligne et limitée à 50 km/h. Le service gestionnaire de la voirie a d'ailleurs émis un avis favorable le 18 septembre 2019 au projet en ne relevant aucune difficulté particulière d'accès ni dangerosité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le projet de la société pétitionnaire sera de nature à affecter les conditions de desserte de sa propre parcelle.

7. Enfin, contrairement à ce qu'affirme la requérante, qui ne saurait utilement se prévaloir des stipulations de son bail commercial, le permis de construire prévoit de créer 132 places de stationnements sur le tènement, ce qui est suffisant eu égard à l'étude des besoins en stationnement jointe au dossier de permis de construire et qui n'est pas sérieusement contestée par la société requérante. Par suite, elle ne démontre que le projet de la société pétitionnaire sera de nature à affecter les conditions de jouissance des places de stationnement situées sur le tènement où elle est implantée, lequel est distinct du tènement sur lequel le projet va s'implanter.

8. Il résulte de ce qui précède que la société Bio Frais Saint-Julien ne démontre pas que le projet en litige serait susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien immobilier, au sens des dispositions précitées de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt pour agir de la société Bio Frais Saint-Julien doit être accueillie et sa requête ne peut qu'être rejetée.

Sur les frais du procès :

9. Il y a lieu de mettre à la charge de la société Bio Frais Saint-Julien, partie perdante, la somme de 2 000 euros à verser à chacune des parties en défense sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de la SAS Bio Frais Saint-Julien est rejetée.

Article 2 :La SAS Bio Frais Saint-Julien versera la somme de 2 000 euros chacune à la SCI Verchamp, à la commune de Saint-Julien-en-Genevois et à la SNC Lidl sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à la SAS Bio Frais Saint-Julien, à la SCI Verchamp, à la commune de Saint-Julien-en-Genevois et à la SNC Lidl.

Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Mathieu Sauveplane, président,

- Mme B, première-conseillère,

- Mme A, première-conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

M. Sauveplane

L'assesseure la plus ancienne,

C. B

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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