vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003314 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | LE GULLUDEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juin 2020, M. A C demande au tribunal :
1°) d'annuler le certificat d'urbanisme opérationnel négatif qui lui a été délivré le 24 mars 2020 par le maire de La Motte d'Aveillans pour la construction d'une maison d'habitation sur la parcelle cadastrée section AI n° 157 sur le territoire communal ;
2°) d'enjoindre au maire de La Motte d'Aveillans de lui délivrer un certificat d'urbanisme opérationnel positif.
M. C soutient que :
- la parcelle étant située en agglomération et desservie par les réseaux, le projet de construction d'une maison individuelle est possible ;
- d'autres constructions ont été autorisées dans le secteur, à une distance plus rapprochée de l'exploitation agricole que la parcelle cadastrée section AI n° 157 ; en outre, la chambre d'agriculture pouvait être saisie d'une demande de dérogation.
Par un mémoire en défense, enregistré 23 septembre 2021, la commune de La Motte d'Aveillans, représentée par Me Le Gulludec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de La Motte d'Aveillans fait valoir que :
- la parcelle ne se situe pas en zone urbanisée et tout projet de construction ne peut être autorisé, en application de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ;
- les conditions pour déroger à ce principe au sens de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme ne sont pas satisfaites ;
- en outre, le projet de construction, qui se trouve en zone de montagne, ne répond pas aux dispositions de l'article L. 122-5 et de l'article L. 122-5-1 du code de l'urbanisme ;
- toute dérogation du fait de la présence d'une exploitation agricole est à présenter lors de la demande de permis de construire, et non du certificat d'urbanisme.
Par une ordonnance du 20 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 :
- le rapport de Mme D,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Le Gulludec, représentant la commune de La Motte d'Aveillans.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C est propriétaire d'une parcelle cadastrée à la section AI n° 157 d'une superficie totale de 906 m², située au lieu-dit Le Sagnac, sur le territoire de la commune de La Motte d'Aveillans. Le 5 février 2020, il a déposé une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la construction d'une maison à usage d'habitation et d'un garage sur cette parcelle. Par décision du 24 mars 2020, le maire de La Motte d'Aveillans lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif. Le 18 mai 2020, M. C a présenté un recours gracieux, qui a fait l'objet d'une décision de rejet, le 5 juin 2020. Dans la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler le certificat d'urbanisme opérationnel négatif du 24 mars 2020 et d'enjoindre au maire de lui délivrer un certificat d'urbanisme positif.
Sur les conclusions en annulation et en injonction :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Aux termes de l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence des voies et réseaux. ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation en zone de montagne, sans être autorisée en zone d'urbanisation diffuse, peut être réalisée non seulement en continuité avec les bourgs, villages et hameaux existants, mais également en continuité avec les groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants et qu'est ainsi possible l'édification de constructions nouvelles en continuité d'un groupe de constructions traditionnelles ou d'un groupe d'habitations qui, ne s'inscrivant pas dans les traditions locales, ne pourrait être regardé comme un hameau. L'existence d'un tel groupe suppose plusieurs constructions qui, eu égard notamment à leurs caractéristiques, à leur implantation les unes par rapport aux autres et à l'existence de voies et de réseaux, peuvent être perçues comme appartenant à un même ensemble.
4. Il ressort de la décision attaquée qu'un certificat d'urbanisme opérationnel négatif a été délivré au motif que le terrain d'assiette s'inscrit dans un compartiment géographique délimité, au Sud, par la route départementale 116 et, au Nord, par la voie ferrée et que " ce compartiment est peu densément bâti et les rares maisons sont implantées de façon dispersée le long de la route. () de ce fait, le projet ne s'inscrirait pas en continuité avec un groupe de construction au sens des lois de protection des territoires de montagne (). "
5. Le requérant soutient que le projet de construction d'une maison individuelle est possible dès lors que sa parcelle est située en agglomération, qu'elle est desservie par les différents réseaux et que la plupart des parcelles contigües et aux alentours sont bâties.
6. En l'espèce, le terrain d'assiette du projet de construction se situe en zone de montagne. Le projet est bordé par une route au Sud laquelle constitue une rupture d'urbanisation. Le terrain d'assiette du projet de construction, lui-même dépourvu de toute construction, est situé entre les parcelles n° 158, n° 156, n° 153 et n° 150, qui ne sont pas bâties, et s'insère dans un vaste ensemble naturel et agricole. Seule la parcelle n° 149, contigüe à la parcelle n° 157 est construite, ce qui n'est pas suffisant pour former un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existants au sens des dispositions précitées. Par suite, et alors même que la parcelle est desservie par les réseaux, la décision du 24 mars 2020 n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation.
7. En second lieu et d'une part, aux termes de L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus. () ". Aux termes de l'article R. 410-14 du même code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée. ". Aux termes de l'article R. 111-2 de ce code : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
8. D'autre part, aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes. / () Par dérogation aux dispositions du premier alinéa, une distance d'éloignement inférieure peut être autorisée par l'autorité qui délivre le permis de construire, après avis de la chambre d'agriculture, pour tenir compte des spécificités locales. Une telle dérogation n'est pas possible dans les secteurs où des règles spécifiques ont été fixées en application du deuxième alinéa. / Il peut être dérogé aux règles du premier alinéa, sous réserve de l'accord des parties concernées, par la création d'une servitude grevant les immeubles concernés par la dérogation, dès lors qu'ils font l'objet d'un changement de destination ou de l'extension d'un bâtiment agricole existant dans les cas prévus par l'alinéa précédent. ".
9. Il résulte de ces dispositions que les règles de distance imposées à l'implantation d'un bâtiment agricole, notamment en vertu de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, sont également applicables, par réciprocité, à la délivrance d'un document d'urbanisme relatif à la construction d'une habitation située à proximité d'un tel bâtiment agricole, tel le certificat d'urbanisme opérationnel en litige. Il appartient ainsi à l'autorité compétente pour délivrer ce document d'urbanisme de vérifier le respect des dispositions législatives ou réglementaires fixant de telles règles de distance, quelle qu'en soit la nature.
10. En l'espèce, en opposant les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, le maire a entendu indiquer au demandeur que le projet de construction d'une maison individuelle située à environ 50 m d'une exploitation agricole de bovins est susceptible d'entraîner, pour les futurs occupants du projet de construction, des nuisances générées par l'exploitation agricole, en méconnaissance de ces dispositions. La circonstance que d'autres maisons d'habitation auraient été édifiées à moins de 100 mètres de l'exploitation agricole est sans incidence sur la légalité du certificat d'urbanisme négatif délivré à M. C.
11. En outre, si le requérant soutient qu'il est possible de demander " en parallèle " une dérogation à la chambre d'agriculture, il ressort des termes mêmes des dispositions précitées de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche qu'il appartient à l'autorité qui délivre le permis de construire d'autoriser une dérogation à la distance minimale d'éloignement, après avis de la chambre d'agriculture, pour tenir compte des spécificités locales. Dès lors, le moyen tel qu'invoqué par le requérant au stade de la délivrance d'un certificat d'urbanisme doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, M. C versera la somme de 1 500 euros à la commune de La Motte d'Aveillans, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : M. C versera la somme de 1 500 euros à la commune de La Motte d'Aveillans en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de La Motte d'Aveillans est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la commune de La Motte d'Aveillans.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Letellier, première conseillère,
M. Hamdouch, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 mars 2023.
La rapporteure,
C. D
Le président,
J.-P. WYSS
La greffière,
V. JOLY
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026