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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003339

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003339

mardi 3 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantHUARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 juin 2020, M. B A, représenté Me Huard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 mai 2020 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sous astreinte journalière de 100 euros à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la requête est recevable ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale en ce qu'elle est fondée sur les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile incompatibles avec les objectifs de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les articles L. 744-8 et D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'un motif légitime pour ne pas avoir déposé sa demande d'asile dans le délai de 90 jours à compter de son entrée en France ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa demande est justifiée par une erreur commise par la préfecture ;

- il se trouve dans une situation de vulnérabilité qui n'a pas été prise en compte.

Par un mémoire enregistré le 25 juin 2020, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 31 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2022, en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2020.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 8 décembre 2022, ont été entendus :

- le rapport de Mme Letellier, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Beytout, rapporteure publique.

Les parties ne sont ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant russe, âgé de 31 ans. Il est entré en France le 7 juin 2003 alors qu'il était mineur et a obtenu une carte de résident en qualité de réfugié valable du 8 septembre 2008 au 07 septembre 2018. Le 18 mai 2020, il a présenté une demande d'asile qui a été instruite en procédure accélérée. Par décision du 18 mai 2020, la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dans la présente instance, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 18 mai 2020 indique que, sans motif légitime, M. A a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France de sorte qu'en application des dispositions du 2° de l'article L. 744-8 et de l'article D. 744-37 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé. L'intéressé a donc été mis à même de comprendre le motif de fait pour lequel sa demande a été refusée, et ce quelle que soit la nature et la justification du motif retenu par l'OFII. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : / () / 2° refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou, s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. () ". Aux termes du III l'article L. 723-2 du même code, alors en vigueur : " L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : / () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". Aux termes du 2° de l'article D. 744-37 de ce code, alors en vigueur : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé () si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2 () ".

4. Premièrement, les dispositions précitées du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé si le demandeur n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France. Cette hypothèse correspond à celle prévue par le paragraphe 2 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE selon lequel : " Les Etats membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'Etat membre. ". Dès lors, les dispositions du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile transposent la directive du 26 juin 2013 en ce qui concerne le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui peut ainsi être refusé au demandeur d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité des dispositions de l'article L. L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avec les objectifs de la directive du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. Deuxièmement, M. A soutient qu'il dispose d'un motif légitime à n'avoir pas respecté le délai de quatre-vingt-dix jours dès lors que la préfecture s'est méprise en lui accordant une carte de résident le 8 septembre 2008 en qualité de réfugié alors que l'OFPRA lui avait accordé l'asile au titre de la protection subsidiaire. Cette circonstance avérée est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que le requérant disposait d'une carte de résident valable dix ans dont il n'a pas demandé le renouvellement comme lui en faisant obligation l'article R. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, et qu'il a attendu une période de seize mois avant de présenter une demande d'asile à l'issue de l'expiration de sa carte de résident, sans apporter aucune explication dans ses écritures sur ce point. Dans ces conditions, il ne peut être regardé comme justifiant d'un motif légitime au sens du 2° de l'article L. 732-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, si l'intéressé se prévaut d'une situation de vulnérabilité en raison de son absence totale de ressources en France, il n'apporte à l'appui de ses affirmations aucun élément probant. Par suite, l'OFII a pu estimer, sans erreur d'appréciation, que M. A ne justifiait pas d'un motif légitime au sens du 2° de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. A sont rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il suit de là que les conclusions en injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

8. Les conclusions présentées par M. A, partie perdante dans la présente instance, et qui sont en tout état de cause mal dirigées, sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Huard et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie sera adressée au préfet de l'Isère pour information.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Letellier, première conseillère,

M. Ban, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 3 janvier 2023.

La rapporteure,

C. LETELLIER

Le président,

V. L'HÔTE

La greffière,

A. ZANON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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