mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2003370 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SARL PY CONSEIL |
Vu les procédures suivantes :
I) Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2003370 les 24 juin 2020, 7 juin 2021, 10 septembre 2021, 21 juin 2022 le 15 juillet 2022, Mme E A, représentée par Me Py, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président de la chambre de commerce et d'industrie de la région Auvergne Rhône-Alpes (CCI ARA) a rejeté sa demande tendant à la régularisation de sa situation ;
2°) d'enjoindre audit président de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de la CCI ARA une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et de rejeter les demandes présentées à ce titre par son président.
Elle soutient que :
- elle a bien demandé la régularisation de sa situation dans son courrier du 26 novembre 2019, qui a fait naitre une décision implicite de rejet de la CCI ARA ;
- en la maintenant sous statut de vacataire de mars 1989 à mars 2022, alors qu'elle occupait un emploi permanent de formatrice au sein de l'association pour l'enseignement professionnel et la promotion sociale puis de l'institut des métiers et des techniques (IMT) de Grenoble, la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble puis la CCI ARA ont méconnu le statut du personnel administratif des chambres consulaires ; son activité s'inscrivait dans le cadre des activités normales d'enseignement et de formation des CCI ;
- elle a également surveillé et corrigé des épreuves, et a assuré des formations de remises à niveau auprès de pharmaciens hospitaliers qui ne relevaient pas de l'IMT ;
- l'IMT et la CCI ARA recrutent régulièrement sur des formateurs sur des postes en CDI ; le nombre d'apprentis est constant ;
-son activité au sein de Univeria à compter de septembre 2013 n'est pas son activité principale.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 janvier 2021, 9 juillet 2021, 15 juin 2022 et 26 juin 2022, la chambre de commerce et d'industrie de la région Auvergne Rhône-Alpes, représentée par Me Bousquet, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable car dirigée contre une décision de refus inexistante ;
- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
II) Par une requête et des mémoires, enregistrés sous le numéro 2006592 les 3 novembre 2020, 1er février 2022, 20 juin 2022 et 21 juin 2022, Mme A, représentée par Me Py, demande au tribunal :
1°) de condamner la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble à lui verser la somme de 148 397,34 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par la situation statutaire irrégulière dans laquelle elle a été maintenue de 1994 à 2013 ;
2°) de condamner la chambre de commerce et d'industrie de la région Auvergne Rhône-Alpes à lui verser la somme de 89 789,34 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par la situation statutaire irrégulière dans laquelle elle a été maintenue à compter de 2014 ;
3°) de mettre à la charge de la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble et de celle de la région Auvergne Rhône-Alpes la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les créances qu'elle invoque ne sont pas prescrites ;
- en la maintenant sous statut de vacataire de 1994 à 2022, alors qu'elle occupait un emploi permanent de formatrice au sein de l'IMT de Grenoble, la CCI de Grenoble puis la CCI ARA ont méconnu le statut du personnel administratif des chambres consulaires et commis ce faisant une faute de nature à engager leur responsabilité ;
- elle a subi une perte de rémunération d'un montant de 154 133,24 euros, un préjudice matériel résultant de la différence d'acquisition des droits à retraite chiffré provisoirement à 50 000 euros, et un préjudice moral chiffré à 28 000 euros ; elle a été employée de 1994 à 2013 par la CCI de Grenoble, puis à compter de 2014 par la CCI ARA.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 mai 2021, 22 mars 2022 et 26 juin 2022, la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble et la chambre de commerce et d'industrie de la région Auvergne Rhône-Alpes concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
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Elles soutiennent que :
- elles n'ont commis aucune faute dans la gestion de la situation de Mme A ;
- les créances invoquées par la requérante et se rapportant à des périodes antérieures à l'année 2016 sont prescrites ;
- les bases de calcul des préjudices matériels invoqués sont erronées ; il conviendrait de déduire des préjudices invoqués les sommes perçues de la part d'autres employeurs ; ne pouvant prétendre à être titularisé, elle n'aurait pu bénéficier du treizième mois, d'une allocation d'ancienneté d'un supplément familial ou des titres restaurants ; le préjudice lié à l'acquisition des droits à retraite et le préjudice moral ne sont pas justifiés.
Des pièces complémentaires ont été produites pour Mme A et communiquées les 2 décembre 2020 et 7 février 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code du travail ;
- la loi n° 52-1311 du 10 décembre 1952 relative à l'établissement obligatoire d'un statut du personnel administratif des chambres d 'agriculture, des chambres de commerce et des chambres de métiers ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- la loi n° 2010-853 du 23 juillet 2010 relative aux réseaux consulaires, au commerce, à l'artisanat et aux services;
- l'arrêté du 25 juillet 1997 relatif au statut du personnel de l'assemblée des chambres françaises de commerce et d'industrie, des chambres régionales de commerce et d'industrie, des chambres de commerce et d'industrie et des groupements consulaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de Mme D,
- et les observations de Me Punzano représentant Mme A, et de Me Bousquet, représentant la Chambre de commerce et d'industrie de région Rhône Alpes.
Une note en délibéré, présentée pour Mme A a été enregistrée le 25 octobre 2022.
Considérant ce qui suit :
1.Mme E A a été recrutée, par un premier contrat à durée déterminée prenant effet à compter du 1er septembre 1989, par l'association pour l'enseignement professionnel et la promotion sociale à Grenoble en qualité de " professeur à la vacation ", puis, à compter du 1er janvier 1994, et pour chacune des années scolaires suivantes, sauf pour l'année 1994-1995, par des contrats à durée déterminée conclus avec la CCI de Grenoble en qualité de " formateur vacataire ", pour dispenser des formations préparant au brevet professionnel des préparateurs en pharmacie au sein de l'Institut des métiers et des techniques de Grenoble (IMT). Suite à la réforme des organismes consulaires, son employeur est devenu au 1er janvier 2013 la CCI de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
2.D'une part, par un courrier du 26 novembre 2019 adressé à la CCI de Grenoble, Mme A a sollicité la " stabilisation " de sa situation, en faisant valoir que celle-ci ne correspondait pas à celle d'un vacataire. Par sa première requête enregistrée le 24 juin 2020 sous le numéro 2003370, elle demande l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la CCI ARA sur sa demande.
3.D'autre part, par deux courriers du 9 juin 2020, adressés à la CCI de Grenoble et à la CCI ARA, Mme A a sollicité l'indemnisation des préjudices matériels et moraux causés par son maintien fautif sous le statut de vacataire. En l'absence de réponse, et par sa requête enregistrée le 3 novembre 2020 sous le numéro 2006592, elle demande au tribunal de condamner la CCI de Grenoble à lui verser une somme de 148 397,34 euros en réparation des préjudices qui lui ont été causés par son maintien dans une situation statutaire irrégulière de 1994 à 2013, et de condamner la CCI ARA à lui verser une somme de 89 789,34 euros en réparation des même préjudices subis à compter de 2014.
4.Les requêtes susvisées portent sur la situation d'un même agent public, et ont fait l'objet d'une instruction communes. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
5.Aux termes de l'article 48-7 du statut du personnel administratif des chambres consulaires : " Les compagnies consulaires peuvent employer des enseignants permanents hors statut (). Ces enseignants seront employés sous contrat permanent hors statut () ". Aux termes de l'article 49-5 du même statut : " Les compagnies consulaires peuvent employer des intervenants vacataires dans les cas suivants : exécution d'une tâche précise sur un emploi dénué de permanence, exécution d'une tâche spécialisée, d'une expertise, en complément d'une autre activité professionnelle exercée à titre principal () ". Ces dispositions ouvrent la possibilité aux compagnies consulaires d'employer des enseignants permanents hors statut et limitent l'emploi d'intervenants vacataires aux situations d'exécution de tâches précises ou spécialisées, dénuées de permanence.
6.Il résulte de l'instruction ainsi qu'il a été dit au point 1, que depuis le mois de janvier 1994, Mme A a exercé ses fonctions de formatrice en qualité de vacataire au sein de l'Institut des métiers et techniques de Grenoble, qui constitue un centre de formation des apprentis.
7.En premier lieu, il résulte des dispositions du code du travail relatives à la durée limitée des conventions créant un centre de formation d'apprentis, dans leur version en vigueur au cours de toute la période de son recrutement par la CCI de Grenoble puis par la CCI ARA, que les emplois occupés dans un tel centre sont, nécessairement, des emplois temporaires. Par suite, dès lors que la création des centres de formation d'apprentis est décidée par convention pour une durée renouvelable de cinq ans, Mme A, qui était recrutée pour dispenser un enseignement au sein d'une telle structure, n'y occupait pas un emploi permanent, quand bien même le nombre d'apprentis y serait demeuré stable sur toute la période. Ainsi, elle n'est pas fondée à soutenir que son recrutement en tant que vacataire aurait méconnu les dispositions de l'article 49-5 du statut du personnel administratif des chambres consulaires, ni que sa situation aurait dû être régularisée en application des dispositions citées ci-dessus de l'article 48-7 du même statut. La circonstance que d'autres formateurs exerçant au sein de l'IMT ont été recrutés à tort par les CCI dans le cadre de contrats à durée indéterminée est à cet égard sans incidence. Il en est de même du fait qu'elle aurait été employée de 1989 à 1994 pour exercer les mêmes fonctions de formatrice par l'association pour l'enseignement professionnel et la promotion sociale, dès lors qu'il s'agissait d'une structure distincte de la CCI. A cet égard, si elle fait valoir que la gestion de cette association a ensuite été reprise par la CCI de Grenoble, elle n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes pour apprécier la portée des obligations qui auraient été transférées à cette occasion.
8.En second lieu, si Mme A soutient qu'elle aurait également été employée dans le cadre des activités normales d'enseignement et de formation des CCI, distinctes de celles assurées au sein de l'IMT, elle se borne à se prévaloir de ce qu'elle a été amenée à surveiller ou corriger des épreuves à Valence ou en Haute-Savoie et qu'elle aurait dispensé des formations de remise à niveau en pharmacologie à destination des pharmaciens de l'hôpital privé de Drôme Ardèche. Cependant, ces activités à l'objet limité ne peuvent par nature être regardées comme révélant l'existence de besoins permanents auquel son emploi aurait pourvu.
9.Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur leur recevabilité, que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite par laquelle la CCI ARA a refusé de faire droit à sa demande tendant à la régularisation de sa situation doivent être rejetées. En l'absence d'illégalité fautive, doivent également être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de prescription quadriennale soulevée en défense, ses conclusions à fin d'indemnisation des préjudices qui lui auraient été causés par son maintien sous un statut de vacataire.
10.Enfin, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par la CCI de Grenoble et de la CCI ARA au titre des frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que les frais exposés en cours d'instance et non compris dans les dépens par Mme A soient mis à la charge de la CCI de Grenoble et de la CCI ARA, qui, dans la présente instance, ne sont pas les parties perdantes.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes susvisées de Mme A sont rejetées.
Article 2 : Les conclusions de la CCI de Grenoble et de la CCI ARA au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à la chambre de commerce et d'industrie de Grenoble, et à la Chambre de commerce et d'industrie de la région Auvergne Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Triolet, présidente,
M. B et M. C, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.
Le rapporteur,
N. C
La présidente,
A. TRIOLET La greffière,
J. BONINO
La République mande et ordonne au préfet de la région Auvergne Rhône Alpes en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2003370 - 200659
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026