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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003448

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003448

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003448
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSELARL BALLALOUD-ALADEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 juin, le 3 juillet et le 8 juillet 2020, le syndicat des copropriétaires du prieuré Angon représenté par son syndic, Mme D A et M. C B, représentés par Me Ballaloud, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Talloires-Montmin a décidé de créer un chemin piétonnier reliant le grand parking de la route d'Angon à la route des Vignes ou, à défaut, la décision ayant le même objet, issue du bulletin municipal du 23 juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Talloires-Montmin une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision ne relève pas des pouvoirs propres du maire mais de la compétence du conseil municipal ; ce dernier n'a pas délibéré sur le projet et n'a pas délégué sa compétence au maire ; la compétence du conseil municipal résulte également de la double circonstance que le chemin piétonnier est créé sur les dépendances du domaine privé communal et que l'ouverture des terrains à l'usage direct du public, qui fait entrer l'assiette de la voie et ses abords dans le domaine public communal, emporte une extension du domaine public qui ne peut résulter que d'une délibération du conseil municipal ;

- la décision méconnaît le principe de participation du public tel qu'il est issu de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux et de l'article L. 110-1 du code de l'environnement ;

- les aménagements sont réalisés en méconnaissance de l'article L. 121-24 qui admet uniquement la réalisation d'aménagements légers sous certaines conditions de procédure ;

- le projet met en place une liaison piétonne depuis le parking situé route d'Angon or il apparait que l'aire de stationnement n'a pas fait l'objet d'un permis d'aménager qui est normalement requis en application de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme, lors de la création d'aires de stationnement ouvertes au public de plus de cinquante emplacements.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2021, la commune de Talloires-Montmin conclut à la caducité de la requête en application de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les demandeurs sont réputés s'être désistés de leurs demandes ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailleul, premier conseiller,

- et les conclusions de M. Journé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision révélée par un courrier du 3 juin 2020, le maire de la commune de Talloires-Montmin a décidé la création sur des parcelles communales, d'un chemin piétonnier reliant le parc de stationnement situé route d'Angon à la route des Vignes qui sera grillagé sur toute sa longueur pour éviter les intrusions dans la copropriété du prieuré Angon située à proximité. Le syndicat des copropriétaires du prieuré Angon, représenté par son syndic, ainsi que Mme A et M. B, copropriétaires occupants, demandent l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article R. 612-5-2 du code de justice administrative : " En cas de rejet d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 au motif qu'il n'est pas fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision, il appartient au requérant, sauf lorsqu'un pourvoi en cassation est exercé contre l'ordonnance rendue par le juge des référés, de confirmer le maintien de sa requête à fin d'annulation ou de réformation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce rejet. A défaut, le requérant est réputé s'être désisté. ()".

3. Par une ordonnance du 20 juillet 2020, le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble a rejeté pour irrecevabilité et défaut d'urgence, la requête introduite le 30 juin 2020 par le syndicat des copropriétaires du prieuré Angon, Mme A et M. B, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, ces derniers n'étaient pas tenus de confirmer leur requête en application des dispositions citées au point précédent, et les conclusions aux fins de désistement d'office présentées par la commune de Talloires-Montmin ne peuvent qu'être rejetées.

4. Aux termes de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. () " Selon L'article L. 2241-1 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune () ". En outre, selon l'article L. 2122-21 du code général des collectivités territoriales : " Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l'État dans le département, le maire est chargé, d'une manière générale, d'exécuter les décisions du conseil municipal et, en particulier : / 1° De conserver et d'administrer les propriétés de la commune et de faire, en conséquence, tous actes conservatoires de ses droits () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le maire ne dispose pas d'une compétence propre dans la gestion des biens communaux l'autorisant, en l'absence de toute délibération du conseil municipal, à entreprendre des travaux sur des terrains du domaine privé de la commune qui ont pour effet d'en modifier l'affectation et d'incorporer l'assiette des terrains concernés dans le domaine public communal. Il est constant que le conseil municipal n'a pas délibéré sur les travaux d'aménagement du chemin piétonnier reliant le parc de stationnement situé route d'Angon à la route des Vignes, et les travaux décidés par le maire, quel que soit l'objectif poursuivi, ne s'apparentent pas à une mesure de police relevant de sa compétence exclusive. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la décision d'entreprendre les travaux d'aménagement du sentier piétonnier a été prise par une autorité incompétente et doit, pour ce motif, être annulée.

6. Il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Talloires-Montmin la somme de 1500 euros réclamée par les requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 juin 2020 du maire de la commune de Talloires-Montmin visant à créer un chemin piétonnier reliant le parc de stationnement de la route d'Angon à la route des vignes, est annulée.

Article 2 : La commune versera une somme globale de 1 500 euros au syndicat des copropriétaires du prieuré Angon, à Mme A et à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du prieuré Angon, représenté par son syndic en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la commune de Talloires-Montmin.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pfauwadel, président,

Mme Bailleul, premier conseiller,

Mme Permingeat, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le rapporteur,

C. Bailleul Le président,

T. Pfauwadel

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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