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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003546

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003546

mardi 26 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP FAYOL & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 juillet 2020, 2 mars 2021, 29 avril 2021 et 1er juillet 2022, M. et Mme A I, M. et Mme G F et K C, représentés par Me Blanc, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2019 par lequel le maire de Crest a délivré un permis de construire à M. D ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Crest et de M. D la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'obligation de recourir à un architecte, mentionnée à l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme, a été méconnue ;

- le permis attaqué méconnaît les dispositions de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB 6 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB 11 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions de l'article UB 12 du même règlement ;

- il méconnaît les dispositions des articles UB 3 du même règlement et R. 111-5 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés les 22 septembre 2020, 8 avril 2021 et 15 juin 2021, la commune de Crest, représentée par Me Delaire, conclut au rejet de la requête ou, à défaut, à l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir contre l'arrêté attaqué au regard des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par courrier du 29 juin 2022, les parties ont été invitées à présenter leurs observations sur la possibilité de mettre en œuvre l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme en vue de régulariser l'arrêté du 20 décembre 2019 s'agissant de la méconnaissance des articles UB 6 et UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

En réponse à ce courrier, les requérants ont présenté un mémoire le 8 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme E,

- et les observations de Me Breysse pour les requérants ainsi que celles de Me Rousseau pour la commune de Crest.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué du 20 décembre 2019, le maire de Crest a délivré un permis de construire à M. D portant sur la réalisation d'une maison individuelle.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Les requérants justifient être propriétaires de maisons d'habitations situées à proximité immédiate du projet, de l'autre côté de la rue du Maréchal Leclerc. Eu égard à leur qualité de voisins immédiats du projet, ainsi qu'à la nature et à l'importance de ce dernier, ils justifient d'un intérêt à agir contre les autorisations d'urbanisme litigieuses au sens des dispositions de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme.

Sur la légalité du permis de construire :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " Conformément aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire ".

4. En l'espèce, si le formulaire CERFA de demande de permis de construire n'indique aucun numéro d'inscription sur le tableau de l'ordre des architectes, il comporte la mention selon laquelle il a été recouru aux services d'un architecte ainsi que le cachet, assorti d'une signature, du cabinet " Texus Architectes ". Cette indication permettait au service instructeur de vérifier que le cabinet était bien inscrit au tableau de l'ordre des architectes de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les requérants, ni l'article 9 du code de déontologie des architectes ni aucune autre disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à ce que le pétitionnaire soit également l'architecte du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les requérants ne peuvent utilement invoquer les dispositions de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme qui ne sont, en vertu de l'article R. 111-1 du même code, pas applicables dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme : " - Accès : () Les accès doivent être adaptés à l'opération et présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité des biens et des personnes, notamment le passage du matériel de lutte contre l'incendie. Ils doivent également prendre en compte les éléments présents sur l'emprise de la voirie (plantations, supports d'éclairage public ou autres réseaux) () - Voirie : Les dimensions, tracés, profils et caractéristiques de toute voie nouvelle publique ou privée doivent être adaptés aux besoins des opérations qu'elles desservent : chaussée : 5 mètres au minimum, plateforme : 8 mètres. / Dans tous les cas elles doivent permettre l'approche du matériel de lutte contre l'incendie. Les voies privées se terminant en impasse doivent être aménagées de telle sorte que les véhicules légers puissent faire demi-tour par une manœuvre simple () ".

7. En l'espèce, les dispositions précitées qui imposent l'aménagement des voies privées se terminant en impasse s'appliquent aux voies nouvelles et non aux voies publiques existantes comme la rue du Maréchal Leclerc. Par ailleurs, le projet est desservi par la rue du Maréchal Leclerc qui présente une largeur comprise entre 4 et 6 mètres permettant le passage des véhicules et notamment ceux de secours et de lutte contre les incendies. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsqu'une demande d'autorisation ou une déclaration préalable est déposée dans le délai de dix-huit mois à compter de la délivrance d'un certificat d'urbanisme, les dispositions d'urbanisme, le régime des taxes et participations d'urbanisme ainsi que les limitations administratives au droit de propriété tels qu'ils existaient à la date du certificat ne peuvent être remis en cause à l'exception des dispositions qui ont pour objet la préservation de la sécurité ou de la salubrité publique () ". Si le certificat d'urbanisme positif obtenu par Mme H le 6 avril 2018 a eu pour effet de garantir que les demandes d'autorisation déposées par elle ou un autre pétitionnaire dans le délai de 18 mois soit examinées au regard des règles d'urbanisme applicables à la date de délivrance de ce certificat, les dispositions précitées n'ont pas pour effet d'interdire à l'autorité administrative, en cas de modification des règles d'urbanisme intervenues postérieurement à la délivrance du certificat d'urbanisme et applicables à la date de la décision, d'examiner la demande d'autorisation au regard de ces nouvelles règles dans le cas où le projet serait conforme avec ces dernières règles sauf si elles ne sont pas dissociables d'autres règles d'urbanisme applicables à la date de la délivrance du certificat que l'autorité administrative aurait déjà prises en compte lors de l'examen de la demande.

9. Les dispositions de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme relatives à la gestion des eaux pluviales sont dissociables des autres règles contenues dans ce document d'urbanisme. Selon les dispositions du nouvel article UB 4 de ce règlement, approuvé par délibération du 20 septembre 2019 : " 2. () c. Eaux pluviales. Les eaux pluviales seront prioritairement récupérées sur chaque unité foncière, par un système de rétention/d'infiltration propre au projet (soit au niveau de la parcelle ou à l'échelle de l'opération pour les opérations d'aménagement), conforme aux préconisations du zonage d'assainissement eaux pluviales et réalisé en sous-sol ou intégré à la construction. / Il convient de se reporter à la pièce " annexes sanitaires/ zonage assainissement des eaux pluviales ". ".

10. En se bornant à produire une carte issue du projet d'aménagement et de développement durable situant le projet dans un secteur sujet à un aléa de mouvements de terrain liés aux argiles, les requérants n'établissent pas, alors que les annexes sanitaires n'interdisent aucunement les infiltrations dans cette zone, que l'implantation d'un puits perdu soit irréalisable et méconnaisse l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen soulevé sur ce point doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme, dans ses versions approuvées les 18 janvier 2014 et 20 septembre 2019 : " Les constructions doivent être édifiées : - soit à l'alignement des voies publiques existantes, à modifier ou à créer, - soit en retrait de 5 m de cet alignement () / Une implantation différente peut toutefois être autorisée : - lorsque la construction projetée doit réaliser une continuité d'implantation avec les immeubles voisins, - lorsque la construction intéresse un îlot ou un ensemble d'îlots, ou une opération d'ensemble, - lorsqu'il est nécessaire de sauvegarder un élément intéressant de l'environnement, - en cas de travaux d'extension, de surélévation ou d'amélioration de construction existantes implantées différemment de la règle générale, - lorsqu'il s'agit d'une construction de second front bâti, séparée de l'alignement par une construction principale, - dans le cas de décrochés partiels de façade qui ne pourront excéder 25 % du linéaire de façade ". Aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes () ".

12. Il ressort du plan de masse que la construction litigieuse est projetée à des distances comprises entre 0,58 mètre et 1,80 mètre de l'alignement de la rue du Maréchal Leclerc. Elle méconnaît ainsi sur tout son linéaire la règle fixée par l'article UB 6 du règlement du plan local et présente, sur plus de la moitié de sa longueur, un retrait correspondant à plus de 20 % de celui imposé. Dans ces conditions, et quand bien même elle serait justifiée par l'existence d'une canalisation de gaz sous la rue du Maréchal Leclerc, l'implantation de la construction projetée ne peut être qualifiée d'adaptation mineure. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis litigieux méconnaît les dispositions de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " () Traitement architectural : Les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, ne doivent pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants ainsi qu'aux paysages urbains, y compris en cas de recours à une architecture contemporaine. / La continuité du front bâti et la sauvegarde de l'aspect ancien des rues, ruelles et voies doivent toujours être recherchées. / () Enduits : () Les couleurs devront être en harmonie avec le bâti proche. / () Toiture et couverture : Tuiles : Les tuiles plates et canal peuvent être utilisées. Elles doivent s'intégrer par leur aspect vieux toits aux toitures voisines. Les tuiles mécaniques pourront être autorisées pour des constructions neuves avec plan rectangulaire. / L'utilisation des bacs aciers et des tuiles bétons sera réservée aux bâtiments faisant partie d'un centre commercial () / Toiture-terrasse : Les toitures terrasses comme mode de couverture intégrale d'une construction sont interdites. () / Volume général : () Constructions neuves : Deux conditions devront être respectées : () - présenter une composition de façade en " symbiose " avec celle des maisons voisines et la perspective offerte sur la rue ou la place () ".

14. Les dispositions précitées n'imposent pas l'emploi de tuiles ou de génoises et n'interdisent pas les constructions contemporaines. Le secteur d'implantation du projet accueille essentiellement des maisons d'habitation de plain-pied ou de type R+1, de facture assez récente, présentant des toitures à deux pans avec des tuiles de teinte " terre cuite " ou grise ainsi que des façades écrues, beiges ou grises. Il comporte, à l'est du projet, de l'autre côté du chemin du Donjon, plusieurs séries constituées de trois ou quatre maisons mitoyennes formant un long linéaire. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la construction projetée ne comporte pas de toiture terrasse prohibée par les dispositions citées au point précédent. Bien qu'elle soit plus moderne que les constructions existantes et présente une toiture inversée inédite pour le secteur, compte tenu de sa hauteur, de son volume et de la teinte gris-beige de ses façades, la maison litigieuse n'est pas de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa version approuvée le 18 janvier 2014 : " () chaque constructeur doit assurer en dehors des voies publiques le stationnement des véhicules induit par toute occupation ou utilisation du sol qu'il envisage. / () En cas d'impossibilité technique ou architecturale d'aménager sur le terrain de l'opération le nombre d'emplacements nécessaires au stationnement, le constructeur est autorisé à aménager sur un autre terrain situé à moins de 300 mètres du premier les surfaces de stationnement qui lui font défaut () ". Selon l'annexe n° 1 du même plan : " () Obligation de réaliser des aires de stationnement véhicules automobiles pour les constructions neuves. a) () Pour les habitations supérieures ou égales à 60 m² de surface de plancher : 2 places de stationnement () ". Aux termes de l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme : " Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, celles-ci peuvent être réalisées sur le terrain d'assiette ou dans son environnement immédiat. / Lorsque le bénéficiaire du permis () ne peut pas satisfaire aux obligations résultant du premier alinéa, il peut être tenu quitte de ces obligations en justifiant, pour les places qu'il ne peut réaliser lui-même, soit de l'obtention d'une concession à long terme dans un parc public de stationnement existant ou en cours de réalisation et situé à proximité de l'opération, soit de l'acquisition ou de la concession de places dans un parc privé de stationnement répondant aux mêmes conditions () ".

16. Il ressort du plan de masse et de la notice que les deux places de stationnement nécessaires au projet, qui présente une surface de plancher de 186 m², sont en partie projetées sur la voie publique. Contrairement à ce que fait valoir la commune de Crest, si l'article L. 151-33 du code de l'urbanisme permet la réalisation des places nécessaires au projet, dans l'environnement immédiat de son terrain d'assiette, il n'a pas pour effet d'autoriser la création de ces places sur la voie publique lorsque le règlement du plan local d'urbanisme la proscrit. Cette illégalité existe également au regard du plan local d'urbanisme approuvé le 20 septembre 2019. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis litigieux méconnaît les dispositions de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme.

Sur les conséquences des illégalités relevées :

17. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " () le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux () ".

18. En l'espèce, les vices relevés aux points 12 et 16 du présent jugement sont susceptibles d'être régularisés sans remettre en cause la nature du projet. En conséquence, il doit être sursis à statuer dans l'attente de la délivrance d'un permis de construire modificatif qui devra intervenir dans un délai de quatre mois à compter de la date de notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er :Il est sursis à statuer sur la requête dans l'attente de la délivrance d'un permis de construire modificatif qui devra intervenir dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 2 :Tous droits des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A I, à la commune de Crest et à M. J D.

Délibéré après l'audience du 12 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme André, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.

La rapporteure,

V. B

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne à la préfète de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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