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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003697

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003697

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003697
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBORGES DE DEUS CORREIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 juin 2020, M. B C, représenté par Me Borges De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler le refus implicite du préfet de l'Isère de lui délivrer une carte de résident de dix ans révélé par la délivrance d'une carte de séjour d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un certificat de résidence algérien valable dix ans ou, à défaut, de lui notifier une nouvelle décision, le tout sous astreinte de 200 euros par jour de retard passé un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen individualisé de sa demande ;

- elle méconnaît l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance du 20 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 janvier 2023.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né en 1974, a déclaré résider en France depuis 2002. Il était titulaire, en dernier lieu, d'un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " valable du 27 février 2019 au 6 février 2020. Lors du renouvellement de ce titre de séjour, un rendez-vous ayant été fixé en préfecture le 24 décembre 2019, il a sollicité la délivrance d'une carte de résident sur le fondement des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Le 7 février 2020, M. C s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien d'un an valable jusqu'au 6 février 2021, le préfet de l'Isère ayant ainsi implicitement rejeté sa demande de titre de séjour d'une durée de validité de dix ans. M. C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 de ce code, dans sa version alors en vigueur : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. M. C n'établit pas ni même n'allègue qu'il aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. C n'aurait pas fait l'objet, de la part du préfet de l'Isère, d'un examen personnel. Par suite, le moyen doit être écarté comme non fondé.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est marié et père de trois enfants mineurs nés en 2008, 2010 et 2016, ses moyens d'existence devant lui permettre d'assurer l'entretien de cette famille. Or, s'il est embauché en qualité d'agent de service par une entreprise de propreté et de services depuis le mois de septembre 2015, et peut ainsi se prévaloir de ressources stables, il travaille à temps partiel, selon une quotité moyenne de 27,5 heures par semaine[0]. En outre, l'avenant à son contrat de travail prenant effet le 2 décembre 2019 mentionne un salaire mensuel de 1 231,02 euros. Les bulletins de paie qu'il produit mentionnent un salaire net à payer oscillant de 806,85 euros à 1 040,58 euros pour les mois de décembre 2019 à mai 2020. Le requérant a mentionné dans sa déclaration de revenus 11 329 euros au titre de l'année 2019. Il produit par ailleurs un relevé de la caisse des allocations familiales montrant qu'il a perçu au mois de mai 2020 des prestations de 1 448,43 euros par mois et un avis d'échéance d'un bailleur social mentionnant un loyer principal de 468,54 euros, charges non comprises. Ainsi, les revenus qu'il tire de son activité professionnelle sont relativement faibles, ses ressources provenant majoritairement de prestations sociales tenant compte de la présence de trois enfants mineurs à charge et appelées, en conséquence, à évoluer. Le requérant ne produit par ailleurs aucun élément relatif à d'autres moyens d'existence dont il disposerait. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet de l'Isère a pu légalement lui refuser la délivrance du titre de séjour sollicité, sans méconnaître les dispositions susvisées. Pour les mêmes motifs, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

V. BARNIER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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