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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003763

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003763

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP METRAL-CARBINER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juillet 2020 et 16 janvier 2021, M. D A, représenté par le cabinet Metral-Carbinier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Savoie lui a refusé la délivrance d'une carte de résident portant la mention " Résident de longue durée -UE " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Savoie de lui délivrer une telle carte de résident ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

-le signataire de l'acte est incompétent ;

-la décision n'est pas suffisamment motivée ;

-le défaut de présentation n'est pas établi ;

-elle méconnait les dispositions de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 27 novembre 2020 et 26 janvier 2021, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1.M. D A, ressortissant chinois né le 22 janvier 1979, a sollicité le 8 novembre 2019 la délivrance d'une carte de résident portant la mention " Résident de longue durée - UE ". Il demande l'annulation de la décision du 28 mai 2020 du préfet de la Haute-Savoie par laquelle celui-ci, tout en lui délivrant une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de deux ans, lui a refusé la délivrance d'une carte de résident.

Sur la légalité de la décision attaquée :

2.Aux termes de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " est délivrée de plein droit à l'étranger qui justifie : 1° D'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France () ; / 2° De ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins. () ; / 3° D'une assurance maladie ". Aux termes de l'article L. 341-2 du même code : " Lorsque des dispositions législatives du présent code le prévoient, la délivrance d'une première carte de résident est subordonnée à l'intégration républicaine de l'étranger dans la société française, appréciée en particulier au regard de son engagement personnel à respecter les principes qui régissent la République française, du respect effectif de ces principes et de sa connaissance de la langue française, qui doit être au moins égale à un niveau défini par décret en Conseil d'Etat. / Pour l'appréciation de la condition d'intégration, l'autorité administrative saisit pour avis le maire de la commune dans laquelle il réside. Cet avis est réputé favorable à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la saisine du maire par l'autorité administrative () ".

3.Pour refuser à M. A la délivrance d'une carte de résident, le préfet de la Haute-Savoie s'est uniquement fondé sur le fait qu'il ne s'était pas présenté à l'entretien auquel il avait été convoqué par la mairie de Seynod, dans le cadre de l'examen de sa demande de délivrance d'une carte de résident portant la mention " Résident de longue durée - UE ", afin de vérifier la condition d'intégration républicaine à laquelle est subordonnée la première délivrance de ce titre. En soutenant que ce défaut de présentation ne serait pas établi, M. A doit être regardé comme soutenant que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait. A cet égard, si le préfet produit un courrier de convocation du 19 novembre 2019 adressé par la mairie de Seynod à M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a reçu cette convocation, ce qu'il conteste, aucun accusé réception ou de remise n'étant produit par le préfet. Dans ces conditions, alors que la décision attaquée se fonde uniquement sur ce défaut de présentation, qui ne peut être regardé comme établi en l'espèce, elle doit être regardée comme entachée d'une erreur de fait de nature à entrainer son annulation.

4.Il résulte de ce qui précède que la décision du 28 mai 2020, en tant qu'elle refuse à M. A la délivrance d'une carte de résident, doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5.Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ". L'article L. 911-3 du même code dispose : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ".

6.L'annulation prononcée, eu égard au motif qui la fonde, implique seulement que le préfet de la Haute-Savoie statue à nouveau sur la demande dont il reste saisi. Un délai de trois mois doit lui être accordé pour prendre une nouvelle décision.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7.Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions au bénéfice de M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision attaquée du 28 mai 2020 est annulée en tant qu'elle refuse à M. A la délivrance d'une carte de résident.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Savoie d'examiner à nouveau la situation de M. A et de prendre une nouvelle décision dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Triolet, présidente,

M. B et M. C, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

N. C

La présidente,

A. TRIOLET La greffière,

J. BONINO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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