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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003855

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003855

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantROCHER-THOMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juillet 2020 et le 26 août 2022, la société civile immobilière (SCI) Le Domaine de l'Oratoire, représentée par la SARL Ballaloud et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du 24 février 2020 par laquelle le conseil municipal de Choisy a approuvé le plan local d'urbanisme en tant qu'elle classe en zone agricole les parcelles cadastrées section B n°1042 et 1047 ;

2°) de déclarer illégal le plan local d'urbanisme de 2010 en tant qu'il classe ces parcelles en zone 2AU ;

3°) d'enjoindre à la commune de Choisy de modifier son document d'urbanisme et classer en zone urbaine lesdites parcelles ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Choisy la somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section B n°1042 et 1047 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la délibération contestée est entachée de l'illégalité de l'ancien plan local d'urbanisme de 2010.

Par des mémoires en défense enregistrés les 11 mai 2021 et 3 octobre 2023, la commune de Choisy, représentée par Me Duraz, conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à l'application de l'article L.600-9 du code de l'urbanisme, et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable en l'absence de mention de la personne représentant la société civile et de justification de sa qualité pour la représenter en justice. Elle ajoute que les conclusions tendant à déclarer illégal le plan local d'urbanisme de 2010 sont irrecevables alors que le recours est formé contre la délibération du 24 février 2020. Elle fait valoir qu'en tout état de cause, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 octobre 2023.

Vu la décision contestée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aubert,

- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,

- les observations de Me Planchet, représentant la SCI Le Domaine de l'Oratoire et les observations de Me Duraz, représentant la commune de Choisy.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Le Domaine de l'Oratoire est propriétaire de parcelles situées lieudit Champ Pirot à Choisy et cadastrées section B n°1042 et 1047. Après avoir prescrit la révision générale de son plan local d'urbanisme par une délibération du 24 mars 2016, le conseil municipal de Choisy a approuvé son nouveau plan local d'urbanisme par une délibération du 24 février 2020. Par la présente requête, la requérante en demandent l'annulation en tant qu'elle classe ses parcelles en zone agricole.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune :

2. Les conclusions à fins de voir déclarer illégal le plan local d'urbanisme de 2010, qui tendent à d'autres fins qu'une annulation, sont irrecevables. Au surplus, si elles devaient être regardées comme portant sur l'annulation du plan local d'urbanisme de 2010, elles sont tardives. La fin de non-recevoir opposée par la commune doit par suite être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation :

3. Il résulte des articles L. 151-5, L. 151-9 et R. 151-22 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

4. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

5. En premier lieu, les auteurs du rapport de présentation, qui identifie le hameau des Bourgois comme le pôle de développement secondaire après le chef-lieu Perroud, précisent que ce développement doit être organisé dans un souci de limitation de la consommation de l'espace et de maintien des terres agricoles. L'axe du projet d'aménagement et de développement durables relatif à la préservation du cadre de vie définit comme objectif pour ce hameau, au titre de sa première orientation, de limiter l'urbanisation extensive pour conserver de vastes terrains agricoles. Il prévoit, dans sa 4ème orientation, que soient maintenus les milieux complémentaires stratégiques que sont les prairies agricoles, les milieux forestiers et les cours d'eau, en préservant pour ces derniers les ripisylves et les espaces de protection tampon avec l'urbanisation. L'axe population de ce document précise encore, dans sa seconde orientation générale et concernant le hameau des Bourgeois, qu'il convient de stopper l'urbanisation extensive côté cours d'eau pour conserver des espaces de respiration et la carte afférente en page 19 flèche le ruisseau du Creux des Planches, qui borde les parcelles objet du litige. Dans ces conditions, dans le cadre de l'analyse globale à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme mais également à l'échelle plus resserrée du hameau des Bourgois concerné par le recours, le classement contesté ne peut être regardé comme présentant une incohérence au regard des objectifs du projet d'aménagement et de développement durables.

6. En second lieu, les parcelles en litige constituent un grand tènement de plus de 7 400 m² délimité au sud par un ruisseau et un bois classé en zone naturelle. Sur leur côté ouest, la zone agricole se prolonge tandis qu'à l'est et au nord se développe la zone urbaine Uh dont elles sont séparées par le chemin des Bourgeois et l'impasse des Framboisiers. Contrairement à ce qu'indique la requérante, les parcelles litigieuses ne sont pas identifiées par le rapport de présentation comme exemptes d'intérêt agricole, ce document se bornant à indiquer sans précision que " plusieurs " zones classées en 2AU dans l'ancien plan local d'urbanisme sont sans enjeu stratégique pour l'agriculture. Il ressort au contraire de la carte en page 32 de l'annexe 1bis au rapport de présentation qu'elles figurent au registre parcellaire graphique comme des prairies ou des estives. A ce titre, il ressort de l'avis de l'INAO en date du 7 octobre 2019 qu'une dizaine d'opérateurs ayant leur siège d'exploitation sur la commune sont engagés dans les filières de l'AOP Abondance et des IGP emmental, tomme et raclette de Savoie qui reposent en partie sur l'origine de l'alimentation des animaux, ce qui rend nécessaire de préserver les prés de fauche, les pâtures et les surfaces fourragères qui garantissent l'autonomie alimentaire minimale exigée par les cahiers des charges. Enfin, la circonstance que les parcelles objet du litige sont desservies par les différents réseaux n'est pas un obstacle au classement en zone agricole.

7. Par suite, au regard des dispositions précitées, des orientations du projet d'aménagement et de développement durables, comme des caractéristiques et de la situation des parcelles, l'erreur manifeste d'appréciation affectant leur classement en zone agricole n'est pas établie.

En ce qui concerne l'exception d'illégalité du précédent plan local d'urbanisme :

8. La requérante ne peut utilement exciper de l'illégalité du précédent plan local d'urbanisme de Choisy à l'appui de ses conclusions dirigées contre la délibération du 24 février 2020 approuvant le nouveau document d'urbanisme, qui n'a pas été prise pour l'application de cet acte réglementaire antérieur et alors que celui-ci n'en constitue pas la base légale.

9. Il résulte de tout ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir tirée du défaut de qualité pour représenter la personne morale requérante, que la société Le Domaine de l'Oratoire n'est pas fondée à demander l'annulation de la délibération du conseil municipal de Choisy en date du 24 février 2020 en tant qu'elle classe en zone agricole les parcelles cadastrées section B n°1042 et 1047.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la requérante demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Le Domaine de l'Oratoire la somme demandée par la commune de Choisy.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI Le Domaine de l'Oratoire est rejetée.

Article 2 : Les conclusions formées par la commune de Choisy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Le Domaine de l'Oratoire et à la commune de Choisy.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Barriol, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

La rapporteure,

E. Aubert

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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