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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2003891

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2003891

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2003891
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET CCMC - CAPRON - MANIEUX - CHOPINEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 juillet 2020, 15 mars 2022 et 13 décembre 2022, Mme F D et M. E A, représentés par Me Chopineaux, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2020 par lequel le maire de Thoiry a refusé de leur délivrer un permis de construire pour la construction d'un garage et d'un abri ;

2°) d'enjoindre au maire de leur délivrer le permis de construire sollicité ou, à défaut, réexaminer leur demande de permis dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Thoiry la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- la demande de pièces complémentaires est illégale et l'arrêté attaqué, qui emporte le retrait du permis obtenu tacitement le 9 février 2020, aurait dû être précédé d'une procédure contradictoire et ne pouvait se fonder sur le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) habitat et déplacement de Grand Chambéry entré en vigueur le 21 février 2020 ;

- le PLUi habitat et déplacement de Grand Chambéry en tant qu'il classe les parcelles cadastrées section A n°1437 et 1601 en zone agricole est entaché d'erreur de droit au regard de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme, d'erreur manifeste d'appréciation et est incohérent avec le projet d'aménagement et de développement durable.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2021, la commune de Thoiry, représentée par la SCP Girard Madoux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme B,

- et les observations de Me Chopineaux pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 14 mai 2020, le maire de la commune de Thoiry a refusé de délivrer à M. A et Mme D un permis de construire pour la construction d'un garage et d'un abri au lieu-dit La Fougère à Thoiry sur les parcelles cadastrées section A n°1601 et 1437 au motif qu'il méconnaît les articles A1, A4.1 et A5.2 du règlement du PLUi habitat et déplacement de Grand Chambéry. M. A et Mme D demandent l'annulation de cet arrêté.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat. Le dossier joint à ces demandes et déclarations ne peut comprendre que les pièces nécessaires à la vérification du respect du droit de l'Union européenne, des règles relatives à l'utilisation des sols et à l'implantation, à la destination, à la nature, à l'architecture, aux dimensions et à l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords ainsi que des dispositions relatives à la salubrité ou à la sécurité publique ou relevant d'une autre législation dans les cas prévus au chapitre V du présent titre. / () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ".

3. S'agissant de l'instruction des permis de construire, l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme prévoit que " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". L'article R. 423-23 du même code fixe à trois mois le délai d'instruction pour les permis de construire autres que celles portant sur une maison individuelle au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation ou ses annexes. L'article R. 423-38 de ce code prévoit que lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du livre IV de la partie réglementaire du code relatif au régime applicable aux constructions, aménagements et démolitions, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; /c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Aux termes de l'article R. 423-41 du même code : " Une demande de production de pièce manquante notifiée après la fin du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-38 ou ne portant pas sur l'une des pièces énumérées par le présent code n'a pas pour effet de modifier les délais d'instruction définis aux articles R. 423-23 à R. 423-37-1 et notifiés dans les conditions prévues par les articles R. 423-42 à R. 423-49 ". Enfin, l'article R. 424-1 du même code prévoit qu'à défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction, déterminé comme il vient d'être dit, le silence gardé par l'autorité compétente vaut permis de construire tacite.

4. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration ou d'une demande de pièces complémentaires. Ce délai est interrompu par une demande de pièces manquantes adressée au pétitionnaire, à la condition toutefois que cette demande intervienne dans le délai d'un mois et qu'elle porte sur l'une des pièces limitativement énumérées par le code de l'urbanisme. Le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

6. Le 9 décembre 2019, les requérants ont déposé une demande de permis de construire pour la construction d'un garage et d'un abri. Par courrier du 6 janvier 2020, le service instructeur de la commune leur a demandé de compléter leur dossier par la signature de tous les demandeurs sur le formulaire Cerfa, en rectifiant le nombre de places de stationnement non closes créées par le projet à la rubrique 1.3 du formulaire Cerfa, en faisant apparaître clairement les niveaux du terrain naturel et du terrain fini sur les plans en coupe et en matérialisant les limites séparatives sur les plans de façades ouest, est et nord. Cependant, le formulaire Cerfa comportait la signature de l'ensemble des pétitionnaires, peu importe à cet égard que la signature du second demandeur ait été apposée sur " la fiche complémentaire/autres demandeurs ". Par ailleurs, le formulaire Cerfa qui mentionnait " nombre de places de stationnement non couvertes ou non closes : 0 " était formellement complet le 9 décembre 2019. La circonstance que le nombre de places de stationnement indiqué était inexact est sans incidence dès lors qu'il n'a pas été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable, la rubrique 5.2 concernant la nature du projet envisagé mentionnant la construction d'un abri couvert pour deux voitures et un garage en sous-sol semi-enterré pour un véhicule. Le service instructeur a d'ailleurs lui-même relevé l'erreur dans son courrier du 6 janvier 2020 en indiquant que deux places de stationnement étaient créées. En outre, il ne ressort pas des dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme que les plans des façades et des toitures ont pour objet de matérialiser les limites séparatives qui doivent apparaître, comme en l'espèce sur le plan de masse. Enfin, contrairement à ce qu'a estimé le service instructeur, le plan en coupe du terrain et de la construction fait apparaître clairement les niveaux du terrain naturel et du terrain fini. La demande de pièces manquantes du 6 janvier 2020 qui était ainsi illégale, n'a pu légalement proroger le délai d'instruction de la demande de permis de construire. Par conséquent, les pétitionnaires devaient être regardés comme titulaire d'un permis de construire tacite acquis à l'expiration du délai d'instruction, soit le 9 mars 2020. Ainsi, en l'absence de décision expresse notifiée aux pétitionnaires dans le délai de trois mois ayant suivi le dépôt de leur demande, l'arrêté attaqué du 14 mai 2020 par lequel le maire de Thoiry a refusé de délivrer à M. A et Mme D un permis de construire doit être regardé comme procédant au retrait du permis intervenu tacitement le 9 mars 2020. Alors qu'une telle décision est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'arrêté attaqué n'a été précédé d'aucune procédure contradictoire. Il résulte de ce qui précède que M. A et Mme D sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le maire de Thoiry délivre à M. A et Mme D le certificat prévu par l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme attestant de l'obtention tacite, à la date du 9 mars 2020, du permis de construire sollicité le 9 décembre 2019. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas les parties perdantes, la somme que demande la commune de Thoiry au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Thoiry une quelconque somme au titre des frais exposés par les parties et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 14 mai 2020 est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au maire de Thoiry de délivrer à Mme D et M. A un certificat attestant de l'obtention tacite, à la date du 9 mars 2020, du permis de construire sollicité le 9 décembre 2019, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à Mme F D, à M. E A et à la commune de Thoiry.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sogno, président,

Mme Bedelet, première conseillère,

Mme Holzem, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

A. C

Le président,

C. Sogno

Le greffier,

P. Muller

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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