lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004040 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | BRINGUIER |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 22 juillet 2020 sous le n°2004040 et deux mémoires enregistrés les 5 janvier et 8 mars 2021, Mme B D et Mme F E, représentées par Me Bringuier, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2020 par lequel le maire de Combloux a délivré au GFA Les Montagnards un permis de construire un bâtiment d'habitation pour un exploitant agricole d'une surface de plancher de 99,07 m² sur un terrain situé 74 chemin des poses et cadastré section B n°3925 et 3926 ;
2°) de mettre à la charge conjointe de la commune et du GFA Les Montagnards une somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'arrêté est illégal du fait de la différence entre le pétitionnaire et le détenteur de la demande de permis de construire ;
- il méconnait l'article R.423-6 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait l'article L.111-3 du code rural et de la pêche maritime ;
- le GFA Les Montagnards est un outil d'optimisation et de fraude fiscale ;
- l'arrêté est entaché de détournement de pouvoir lié à la fraude au jugement ;
- le projet autorisé méconnait l'article R.151-43 du code de l'urbanisme ensemble l'article L.2224-10 du code général des collectivités territoriales ;
- il méconnait la jurisprudence relative à l'inconstructibilité en zones agricoles de surfaces affectées à des activités touristiques ;
- il méconnait les plafonds de surfaces définis aux articles A2-1.2 et .3 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2021, la commune de Combloux, représentée par la SELARL Conseil Affaires Publiques, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme D à lui verser une somme de 6 000 euros au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle soutient que la requête et l'intervention du syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie sont irrecevables et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés le 6 octobre 2020, le 4 novembre 2020 et le 26 février 2021, M. A et le GFA Les Montagnards, représentés par Me Louche, concluent à titre principal au non -lieu à statuer et à titre subsidiaire à l'irrecevabilité de la requête pour défaut de notification du recours. Ils soutiennent qu'en tout état de cause, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en intervention enregistrés les 10 février et 10 mars 2021, le Syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie, conclut au constat du détournement de pouvoir entachant le permis de construire délivré le 25 juin 2020.
II. Par une requête enregistrée le 25 septembre 2020 sous le n°2005622 et deux mémoires enregistrés les 5 janvier et 8 mars 2021, Mme B D et Mme F E, représentées par Me Bringuier, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2020 par lequel le maire de Combloux a retiré le permis de construire délivré au GFA Les Montagnards le 25 juin 2020 ;
2°) de condamner le GFA Les Montagnards à verser à Mme D la somme de 125 000 euros en indemnisation de son préjudice patrimonial ;
3°) de condamner le GFA Les Montagnards à verser à Mme E la somme de 52 000 euros en indemnisation de son préjudice patrimonial ;
4°) de condamner le maire de Combloux à verser solidairement à Mme D et Mme E la somme de 30 000 euros en indemnisation de leur préjudice moral ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 15 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- le retrait du permis de construire est illégal en ce qu'il ne pouvait être retiré que par le maire dans le délai de trois mois et qu'il prive de toute base juridique une construction achevée par contournement d'une décision de justice ;
- il est illégal dès lors qu'il a pour seul objectif de soustraire au contrôle du juge administratif le contournement d'une décision de justice dans une fraude à la loi ;
- le permis de construire délivré le 30 septembre 2019 a implicitement été rapporté par le permis de construire délivré le 25 juin 2020 ;
- le permis de construire délivré le 25 juin 2020 est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- il revenait au représentant de l'Etat d'enjoindre au maire de Combloux de prendre l'arrêté de suspension des travaux et à défaut de se substituer à lui ;
- la construction illégale du logement de fonction leur a causé des préjudices patrimoniaux ;
- le maire est personnellement responsable d'avoir refusé de prendre un arrêté interruptif de travaux et d'avoir méconnu la décision de justice en prenant un arrêté de permis de construire identique à celui suspendu par le juge des référés ;
- ces fautes du maire leur ont causé un préjudice moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 février 2021, la commune de Combloux, représentée par la SELARL Conseil Affaires Publiques, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de Mme D à lui verser une somme de 6 000 euros au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle soutient que la requête et l'intervention du syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie sont irrecevables, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 25 juin 2020 sont dépourvues d'objet du fait du retrait intervenu le 5 août 2020 et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés le 4 novembre 2020 et le 26 février 2021, M. A et le GFA Les Montagnards, représentés par Me Louche, concluent au rejet de la requête.
Ils font valoir que :
- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur les conclusions indemnitaires dirigées contre une personne privée ;
- la requête est irrecevable en sa forme ; les requérantes sont dépourvues d'intérêt à agir contre le retrait du permis de construire ; les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable.
Par des mémoires en intervention enregistrés les 10 février, 10 mars et 11 avril 2021, le Syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie conteste les arrêtés du maire de Combloux en date des 30 septembre 2019, 25 juin 2020 et 11 août 2020 et sollicite la mise en œuvre de l'action publique.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Aubert, rapporteure,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Bringuier, représentant Mmes D et E, et de Me Djeffal, représentant la commune de Combloux.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2004040 et n°2005622 sont présentées par les mêmes requérantes et présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Par un arrêté du 30 septembre 2019, le maire de Combloux a délivré à M. C A un permis de construire un bâtiment d'habitation pour un exploitant agricole d'une surface de plancher de 99,07 m² sur un terrain situé 74 chemin des poses et cadastré section B n°3925 et 3926. Par un arrêté du 28 avril 2020, le maire de Combloux a accordé le transfert de ce permis aux GAEC Les Montagnards-GFA Les Montagnards. Le 4 juin 2020, le juge des référés a suspendu l'exécution de l'arrêté du 30 septembre 2019 au motif que le moyen tiré de la fraude liée à l'absence de qualité du pétitionnaire pour déposer la demande de permis de construire et à la dissimulation de la véritable nature du projet de construction était de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité. Le 25 juin 2020, le maire de Combloux a délivré au GFA Les Montagnards un permis de construire, retiré le 5 août 2020, ayant le même objet que le permis de construire délivré à M. A le 30 septembre 2019. Le 11 août 2020, le maire de Combloux a délivré au GFA des Montagnards un permis de construire modificatif portant sur la justification de la nécessité absolue de créer un logement de fonction sur le site de l'exploitation. Par une ordonnance du 26 novembre 2020, le juge des référés a mis fin à la suspension de l'exécution du permis de construire délivré le 30 septembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation des arrêtés des 25 juin et 5 août 2020 :
3. Lorsque le juge est parallèlement saisi de conclusions tendant, d'une part, à l'annulation d'une décision et, d'autre part, à celle de son retrait et qu'il statue par une même décision, il lui appartient de se prononcer sur les conclusions dirigées contre le retrait puis, sauf si, par l'effet de l'annulation qu'il prononce, la décision retirée est rétablie dans l'ordonnancement juridique, de constater qu'il n'y a plus lieu pour lui de statuer sur les conclusions dirigées contre cette dernière.
En ce qui concerne l'arrêté de retrait du 5 août 2020 :
4. Mesdames D et E ne justifient pas, en leur qualité de voisines de la construction autorisée par l'arrêté du 25 juin 2020, d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre l'arrêté du 5 août 2020 qui retire ce permis de construire et dont elles ont de surcroît demandé l'annulation. Par suite, leur requête enregistrée sous le n° 2005622 est irrecevable ainsi que, par voie de conséquence, l'intervention à l'appui de cette requête présentée par le syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie.
En ce qui concerne le permis de construire délivré par arrêté du 25 juin 2020 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L.600-1-1 du code de l'urbanisme dans sa version applicable à compter du 1er janvier 2019 : " Une association n'est recevable à agir contre une décision relative à l'occupation ou l'utilisation des sols que si le dépôt des statuts de l'association en préfecture est intervenu au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire. "
6. Si le syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie justifie du dépôt de ses statuts en mairie d'Annecy, il ne démontre pas les avoir déposés en préfecture au moins un an avant l'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire conformément à l'article L.600-1-1 du code de l'urbanisme. Par suite, il n'est pas recevable à intervenir à l'instance contre une autorisation d'occupation des sols.
7. En second lieu, par suite de la disparition définitive de l'ordonnancement juridique de l'arrêté du 25 juin 2020, retiré par arrêté du 4 août 2020, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre cet acte.
Sur les conclusions indemnitaires :
8. Aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "
9. D'une part, les requérantes ne prétendent ni ne démontrent avoir saisi l'administration d'une demande préalable indemnitaire. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être accueillie et les conclusions indemnitaires dirigées contre la commune de Combloux ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables. D'autre part, il n'appartient pas à la juridiction administrative de condamner des personnes privées à la demande d'un requérant en réparation d'un préjudice patrimonial allégué par ces derniers, sauf si la personne privée est chargée d'un service public. Par suite, les conclusions tendant à la condamnation du GFA Les Montagnards, qui n'est pas en charge d'un service public, sont portées devant une juridiction incompétente pour en connaitre et doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Combloux, de M. A et du GFA Les Montagnards, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par les requérantes au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, aucune somme ne peut être mise à la charge de l'Etat à ce titre dès lors qu'il n'est pas partie à la présente instance.
11. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D la somme de 2 000 euros à verser à la commune de Combloux en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le surplus des conclusions formées par les parties au titre de leurs frais de justice est rejeté.
D E C I D E :
Article 1er :L'intervention du syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie n'est pas admise.
Article 2 :Les requêtes sont rejetées.
Article 3 :Mme D versera à la commune de Combloux la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :Le surplus des conclusions des parties au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejeté.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme B D en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, au Syndicat départemental de la propriété privée rurale de Haute-Savoie, à la commune de Combloux et au GFA Les Montagnards.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Sauveplane, président,
- Mme Letellier, première conseillère,
- Mme Aubert, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Aubert
Le président,
M. SauveplaneLa greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2004040, 200562
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026