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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004145

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004145

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHAMMERER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juillet 2020 et le 1er août 2022, M. C B, représenté par Me Hammerer, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 juin 2020 par laquelle la commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) a rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la décision du 3 décembre 2019 par laquelle la commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Sud-Est a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de sa carte professionnelle ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer une carte professionnelle ou, à titre subsidiaire, de réexaminer son dossier, le tout dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- rien n'atteste qu'il ait été prévenu de la consultation de fichiers de traitement informatisés, en méconnaissance de l'article R. 114-6 du code de la sécurité intérieure ;

- rien n'atteste que les agents ayant diligenté l'enquête administrative aient disposé d'une habilitation, en application des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- il appartient au CNAPS de justifier que les services de police ou de gendarmerie ainsi que le procureur de la République ont été régulièrement questionnés sur la mise en cause qui lui est reprochée ;

- les données le concernant, qui n'ont donné lieu à aucune poursuite, ne pouvaient être régulièrement consultées ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 47 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;

- il conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2022, le CNAPS, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme d'Elbreil, conseillère,

- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hammerer, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a sollicité auprès de la CLAC Sud-Est le renouvellement de sa carte professionnelle l'autorisant à exercer une activité privée de sécurité. Le 3 décembre 2019, la commission a rejeté sa demande au motif qu'il a été mis en cause en qualité d'auteur de faits d'abus de confiance et d'escroquerie. Le 31 janvier 2020, la CNAC a reçu un recours administratif préalable obligatoire formé par M. B contre cette décision. Le 3 juin 2020, elle a rejeté ce recours. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 3 juin 2020.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. / () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la CNAC du CNAPS a refusé le renouvellement de l'agrément de M. B en se fondant sur la circonstance qu'il a été " mis en cause " en qualité d'auteur de faits d'escroquerie. En outre, il ressort des éléments produits en défense que le service instructeur de la délégation territoriale Sud-Est du CNAPS a envoyé, le 18 octobre 2019, un courriel à une adresse semblant correspondre à celle du tribunal judiciaire de Thonon-les-Bains, en faisant figurer en pièce jointe les fiches navettes à retourner au service instructeur. Toutefois, le CNAPS ne produit aucun élément, tel qu'un rapport de suivi de courriel émis par le serveur informatique hébergeant son adresse de contact électronique mentionnant la délivrance au serveur hébergeant l'adresse de contact du destinataire, permettant d'établir que ce courriel a été effectivement réceptionné par le procureur de la République compétent, alors que le requérant le conteste. Dès lors, le CNAPS n'établit pas, par la production de ce seul courriel, avoir régulièrement saisi le procureur de la République, ainsi que prévu par les dispositions du 5° de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale. Or, la saisine préalable, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du procureur de la République, a pour objet de protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires constitués par les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause. La CNAC du CNAPS n'a ainsi pu, sans méconnaître cette garantie, rejeter le recours administratif préalable obligatoire de M. B à l'issue de l'enquête administrative, en se fondant sur la mise en cause de l'intéressé révélée par la consultation du fichier de traitement des antécédents judiciaires, sans établir avoir préalablement saisi le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires. Cette absence de saisine du procureur de la République a privé M. B d'une garantie et, par suite, a entaché d'illégalité la décision litigieuse.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision de la CNAC du CNAPS du 3 juin 2020.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision attaquée implique que le CNAPS réexamine la situation de M. B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au CNAPS de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. D'une part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS le versement à M. B de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

7. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de M. B qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par suite, les conclusions du CNAPS à cette fin doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 3 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le CNAPS versera à M. B une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions du CNAPS présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme d'Elbreil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

M. D'ELBREIL

Le président,

V. L'HÔTELa greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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