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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004166

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004166

vendredi 7 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004166
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSEGARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2020, M. A B, représenté par Me Segard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne Rhône-Alpes du 2 décembre 2019 confirmant la sanction disciplinaire de placement en cellule disciplinaire pendant une durée de quatorze jours prononcée à son encontre par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Grenoble Varces le 24 octobre 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de procéder à l'effacement des données relatives à la procédure disciplinaire dans son dossier ainsi que les mentions inscrites dans le logiciel " GIDE ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a été empêché de bénéficier de l'assistance de son avocat ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 24 janvier 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Heintz, premier conseiller,

- les conclusions de Mme Brenner Adanlété, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, incarcéré au centre pénitentiaire de Grenoble Varces, a fait l'objet le 24 octobre 2019 d'une sanction disciplinaire de placement en cellule disciplinaire pour une durée de quatorze jours, prononcée par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire. Par une décision 2 décembre 2019, le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne Rhône-Alpes a confirmé la sanction disciplinaire prononcée à son encontre. M. B demande au tribunal l'annulation de la décision du 2 décembre 2019.

2. Seule la décision prise à la suite du recours administratif préalable obligatoire, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Toutefois, si l'exercice d'un tel recours a pour but de permettre à l'autorité administrative, dans la limite de ses compétences, de remédier aux illégalités dont pourrait être entachée la décision initiale, sans attendre l'intervention du juge, la décision prise sur le recours n'en demeure pas moins soumise elle-même au principe de légalité. Si le requérant ne peut invoquer utilement des moyens tirés des vices propres à la décision initiale, lesquels ont nécessairement disparu avec elle, il est recevable à exciper de l'irrégularité de la procédure suivie devant la commission de discipline.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ". L'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale, alors en vigueur, disposait que : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées à l'article précédent, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande. / L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires ". Par ailleurs, l'article R. 57-7-16 du même code, dans sa rédaction applicable, dispose que : " I. - En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. / II. - La personne détenue dispose de la faculté de se faire assister par un avocat de son choix ou par un avocat désigné par le bâtonnier de l'ordre des avocats et peut bénéficier à cet effet de l'aide juridique. / Si la personne détenue est mineure, elle est obligatoirement assistée par un avocat. A défaut de choix d'un avocat par elle ou par ses représentants légaux, elle est assistée par un avocat désigné par le bâtonnier. / III. - La personne détenue, ou son avocat, peut consulter l'ensemble des pièces de la procédure disciplinaire, sous réserve que cette consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. / IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. L'autorité compétente répond à la demande d'accès dans un délai maximal de sept jours ou, en tout état de cause, en temps utile pour permettre à la personne de préparer sa défense. Si l'administration pénitentiaire fait droit à la demande, l'élément est versé au dossier de la procédure () ". Enfin, l'article R. 57-7-17 du même code dans sa rédaction applicable, dispose que : " La personne détenue est convoquée par écrit devant la commission de discipline. / La convocation lui rappelle les droits qui sont les siens en vertu de l'article R. 57-7-16 () ".

4. Si les dispositions précitées du code de procédure pénale impliquent que l'intéressé soit informé en temps utile de la possibilité de se faire assister d'un avocat, possibilité dont il appartient à l'administration pénitentiaire d'assurer la mise en œuvre lorsqu'un détenu en fait la demande, la circonstance que l'avocat dont l'intéressé a ainsi obtenu l'assistance ne soit pas présent lors de la réunion de la commission de discipline est sans conséquence sur la régularité de la procédure au regard des dispositions du code des relations entre le public et l'administration et du code de procédure pénale si cette absence n'est pas imputable à l'administration.

5. M. B soutient que l'absence de son avocate, Maître Segard, lors de l'audience disciplinaire le 24 mars 2019 est imputable à l'administration qui, alors que cette dernière était présente au centre pénitentiaire mais en entretien avec un autre détenu, ne l'a pas prévenue du début de la séance du conseil. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Me Segard a été convoquée par une télécopie du 22 octobre 2019 à se présenter le 24 octobre suivant, à 8 heures 30, au centre pénitentiaire de Grenoble Varces pour assister M. B, son client, lors de l'audience disciplinaire qui devait se tenir ce jour-là à 9 heures. Il ressort également des pièces du dossier que ce n'est qu'à 9 heures 40 que Me Segard s'est présentée devant l'instance disciplinaire alors que la séance avait déjà débuté. Dans ces circonstances, dès lors que Me Segard avait été informée de ce que la séance du conseil de discipline débuterait à 9 heures, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'absence de son avocate serait imputable à l'administration et qu'il aurait été ainsi privé de la possibilité d'exercer ses droits de la défense. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision du 2 décembre 2019 vise notamment la loi pénitentiaire du 24 novembre 2009 et les articles R. 57-7-1 et suivants du code de procédure pénale. Elle mentionne également les trois incidents qui ont motivé l'engagement des poursuites disciplinaires à l'encontre de M. B. Aussi, à sa seule lecture, l'intéressé était en mesure de connaître les motifs de la sanction qui lui a été infligée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été sanctionné disciplinairement pour avoir à trois reprises, les 15, 17 et 18 octobre 2019, proféré des insultes et des propos outrageants à l'encontre de membres du personnel du centre pénitentiaire et mimé à leur vue des actes obscènes. S'il conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés, il n'apporte toutefois à l'appui de sa contestation aucun élément de nature à mettre valablement en doute l'exactitude ou la sincérité des incidents établis par les surveillants qui les ont constatés alors, par ailleurs, qu'il reconnaît partiellement les incidents qui ont eu lieu les 17 et 18 octobre 2019. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la matérialité des faits qui lui sont reprochés ne serait pas établie.

8.Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 décembre 2019. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Segard et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. L'Hôte, président,

M. Heintz, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2023.

Le rapporteur,

M. HEINTZ

Le président,

V. L'HÔTE La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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