vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SARL PY CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 21 juillet 2020, 12 juillet et 9 août 2021, M. A C, représenté par la Sarl Py Conseil, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision 22 avril 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une autorisation de travail ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Isère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de 30 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761 -1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet a commis une erreur de droit en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation ;
- il a méconnu l'étendue de ses compétences ;
- l'administration n'a pas relancé son employeur à propos des pièces manquantes pour l'instruction de sa demande d'autorisation de travail ;
- il dispose d'une expérience professionnelle lui permettant d'exercer la fonction d'opérateur régleur ;
- le préfet s'est livré à un examen insuffisant de son dossier ;
- la pénurie de main d'œuvre est établie ;
- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2020, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 28 octobre 2016 fixant la liste des pièces à fournir pour l'exercice, par un ressortissant étranger, d'une activité professionnelle salariée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant marocain, est entré en France en 2019, sous couvert d'un titre de séjour " Permesso di Soggiorno " délivré par les autorités italiennes. Il a travaillé en qualité d'intérimaire, puis il a été embauché, le 1er juillet 2019, par la société AMV 38, en qualité d'opérateur régleur sur machines à commandes numériques, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. La société AMV 38 a sollicité, le 20 février 2020, une autorisation de travail en faveur de l'intéressé. Le service de la main d'œuvre étrangère de l'unité départementale de l'Isère de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) Auvergne-Rhône-Alpes a demandé à la société AMV 38, le 3 mars 2020, de lui fournir les pièces manquantes nécessaires à l'instruction de sa demande d'autorisation de travail. Par un courriel du 18 mars 2020, l'employeur a transmis certains des documents demandés. Le préfet de l'Isère a rejeté la demande d'autorisation de travail, le 22 avril 2020. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui entré en France au début de l'année 2019, n'a pas déposé de demande d'admission au séjour. Dans ces conditions, le préfet de l'Isère, qui ne s'est pas prononcé sur le droit au séjour de l'intéressé, n'était pas tenu de faire usage de son pouvoir de régularisation dans le cadre d'une demande d'autorisation de travail présentée, par son employeur, sur le fondement des articles L. 5221-2 et suivants du code du travail.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Isère se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser la demande d'autorisation de travail en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. C.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'administration a adressé à la société AMV 38, le 3 mars 2020, un courrier par lequel elle a sollicité la production de pièces manquantes, à lui communiquer dans un délai de trois semaines, pour procéder à l'instruction de la demande d'autorisation de travail présentée par l'employeur. Il ressort également des pièces du dossier que l'entreprise n'a pas produit, en dépit de cette demande, les éléments justifiant de ses recherches de candidats effectuées au début de l'année 2019 en vue du recrutement pour le poste d'opérateur régleur ni l'absence de profils correspondants aux attentes relatives à ce poste. L'administration n'a pu ainsi disposer d'un dossier conforme à l'arrêté du 28 octobre 2016 fixant la liste des pièces à fournir à l'appui d'une demande d'autorisation de travail. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucun texte ni aucun principe n'imposait au préfet de relancer son employeur à propos des pièces manquantes pour l'instruction de sa demande d'autorisation de travail alors que ce dernier avait été régulièrement invité à compléter le dossier présenté à l'appui de sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable portant la mention " salarié " éventuellement assorties de restrictions géographiques ou professionnelles. / Après trois ans de séjour en continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail () : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () ". Aux termes de l'article R. 5221-3 du même code : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : () 8° La carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", délivrée en application du 1° de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (). ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code : " La demande d'autorisation de travail relevant des 4°, 8°, 9°, 13° et 14° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur. / () ". Aux termes de l'article R. 5221 17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221 11 est prise par le préfet. (). ". Aux termes de l'article R. 5221-20 du même code : " Pour accorder ou refuser l'une des autorisations de travail mentionnées à l'article R. 5221-11, le préfet prend en compte les éléments d'appréciation suivants : / 1° La situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, compte tenu des spécificités requises pour le poste de travail considéré, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; / 2° L'adéquation entre la qualification, l'expérience, les diplômes ou titres de l'étranger et les caractéristiques de l'emploi auquel il postule ; / 3° le respect par l'employeur () de la législation relative au travail et à la protection sociale ; () ".
7. Le préfet de l'Isère, après avoir constaté que toutes les pièces demandées n'avait pas été transmises, a refusé de délivrer une autorisation de travail à M. C, le 22 avril 2020, aux motifs d'une part, qu'aucun élément ne justifiait du dépôt d'une offre d'emploi, d'autre part, que les diplômes du requérant à savoir un CAP en comptabilité et un diplôme de technicien " analyste programmeur " n'étaient pas en adéquation avec l'emploi d'opérateur régleur et enfin que l'intéressé travaillait depuis le 28 janvier 2019 sans autorisation de travail ni titre de séjour.
8. Si M. C soutient que le préfet de l'Isère a commis une erreur de droit en se bornant à apprécier l'adéquation des caractéristiques de l'emploi auquel il postulait au regard de ses seuls diplômes alors qu'il dispose d'une expérience professionnelle de quatorze années en qualité d'opérateur/régleur de machines-outils, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de la demande d'autorisation de travail présentée par son employeur, aucune attestation de travail ou contrat de travail traduits en français n'ont été produits pour justifier de l'expérience professionnelle dont le requérant faisait état dans son curriculum-vitae. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de l'Isère a pris uniquement en compte les diplômes de l'intéressé pour apprécier l'adéquation entre ses diplômes et les caractéristiques de l'emploi auquel il postulait pour l'application du 2° de l'article R. 5221-20 du code du travail.
9. Par ailleurs, il ressort des termes de la décision attaquée que la société AMV 38 n'a pas démontré qu'elle avait procédé à des recherches de candidats pour l'emploi proposé et qu'aucun demandeur d'emploi ne pouvait être recruté pour le poste d'opérateur/régleur. De même, le préfet de l'Isère a relevé que cette société avait embauché M. C alors qu'il ne disposait ni d'une autorisation de travail ni d'un titre de séjour. Le préfet a ainsi pu légalement considérer que l'employeur n'avait pas respecté la législation relative au travail au sens du 3° de l'article R. 5221-20 du code du travail précité. Dans ces conditions, l'autorité administrative pouvait, pour l'un de ces seuls motifs, refuser de délivrer l'autorisation de travail demandée par la société AMV 38. M. C ne peut, dès lors, utilement se prévaloir de la situation de pénurie de main d'œuvre qu'il allègue. Par suite, le préfet de l'Isère n'a pas méconnu les dispositions citées au point 6 du présent jugement. Pour les mêmes motifs, il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 avril 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer une autorisation de travail. Par suite, la requête de l'intéressé doit être rejetée y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Isère.
Copie en sera adressée au directeur régional adjoint de l'Unité départementale de l'Isère de la DIRECCTE Auvergne-Rhône-Alpes.
Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Bardad, première conseillère,
Mme d'Elbreil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.
La rapporteure,
N. B
Le président,
J. P. WYSS La greffière,
L. ROUYER
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026