jeudi 27 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004194 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET G. MOLLION |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 juillet 2020 et 11 janvier 2022, Mmes A et Isabelle B, représentées par Me Bolleau, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
A titre principal,
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2020 rejetant leur demande d'abrogation de la délibération du 28 novembre 2019 par laquelle le conseil municipal de la commune de Passy a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune ;
2°) d'abroger cette délibération du 28 novembre 2019, en tant, d'une part, que le projet d'aménagement et de développement durables fixe une orientation générale n°2 de l'axe " cadre de vie " visant à développer des hameaux limités dans l'enveloppe déjà bâtie et, d'autre part, qu'elle classe la parcelle cadastrée section J n° 1191 en zone agricole et partiellement en zone naturelle ;
A titre subsidiaire, d'enjoindre à la commune de Passy d'abroger la délibération du 28 novembre 2019, en tant, d'une part, que le projet d'aménagement et de développement durables fixe une orientation générale n°2 de l'axe " cadre de vie " visant à développer des hameaux limités dans l'enveloppe déjà bâtie et, d'autre part, qu'elle classe la parcelle cadastrée section J n° 1191 en zone agricole et partiellement en zone naturelle ;
En toute hypothèse, de mettre à la charge de la commune de Passy une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mmes B soutiennent que :
- la délibération approuvant le plan local d'urbanisme est illégale au motif que l'articulation entre les documents du plan est incohérente et méconnaît l'article L.151-4 du code de l'urbanisme ;
- le classement des parcelles cadastrées section J n° 1191 en zones agricole et naturelle est entaché d'erreur manifeste d'appréciation et est incohérent avec les orientations du projet d'aménagement et de développement durables.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 17 février 2021 et le 24 octobre 2022, la commune de Passy représentée par Me Mollion conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mmes B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Passy fait valoir que :
- les conclusions aux fins d'abrogation de la délibération approuvant le plan local d'urbanisme sont irrecevables dès lors que la date de délibération mentionnée dans la requête est erronée et qu'il n'appartient pas au juge d'abroger un acte réglementaire ;
- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Un courrier a été adressé le 22 septembre 2022 aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les informant de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.
Par une ordonnance du 8 novembre 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Passy ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jourdan, présidente,
- les conclusions de Mme Akoun, rapporteure publique,
- et les observations de Me Louche, représentant Mmes B, et de Me Martin, représentant la commune de Passy.
Considérant ce qui suit :
1. Par la délibération du 28 novembre 2019, le conseil municipal de Passy a approuvé le plan local d'urbanisme de la commune. Par un courrier du 28 mai 2020, Mmes B ont sollicité l'abrogation de cette délibération. Par une décision du 2 juin 2020, dont Mmes B demandent l'annulation, le maire de la commune a rejeté cette demande d'abrogation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L.151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / () ".
3. Le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de Passy comprend une orientation générale intitulée " préserver l'armature écologique du territoire - intégrer les espaces de nature ordinaire dans la réflexion de développement " dont l'un des leviers d'action décrits consiste à " recentrer l'urbanisation sur les pôles identifiés et développer des hameaux limités dans l'enveloppe bâtie ". Les requérantes soutiennent que cette orientation est incohérente avec le rapport de présentation, lequel ne comporte aucune justification tendant à interdire l'extension urbaine. Pour autant, et en tout état de cause, il ressort de la stratégie de structuration urbaine décrite dans le rapport de présentation que la commune s'est engagée dans une démarche de recentrage de l'urbanisation en confortant notamment les zones urbanisées de cinq polarités identifiée et en recherchant des limites claires d'urbanisation, notamment vis-à-vis des espaces agricoles et des continuités écologiques. Il ne ressort ni des critères de définition de l'enveloppe urbaine communale ni des cartes utilisées par la commune pour analyser l'état de sa consommation foncière au moment de l'élaboration de son plan local d'urbanisme que le rapport de présentation justifierait un parti d'aménagement différent de celui retenu dans le projet d'aménagement et de développement durables. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".
5. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
6. Mmes B soutiennent que le classement de leur parcelle en zone agricole ne répond pas aux objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, et plus particulièrement à certains axes d'action prévus au sein des trois orientations générales nos 2, 4 et 8. Il ne ressort toutefois pas de ce projet que les auteurs du plan local d'urbanisme auraient entendu limiter leur objectif de préservation des espaces agricoles aux seules parcelles présentant un intérêt écologique ou qui seraient indispensables à l'activité agricole. Ainsi, le projet d'aménagement et de développement durables prévoit notamment dans son orientation n°2 la nécessité de " garantir le maintien d'espaces agricoles ouverts suffisamment étendus pour incarner un espace de transition lisible entre les pôles bâtis " et dans son orientation n°5 " préserver les plaines agricoles et prairies () pour leur valeur paysagère et parce qu'elles garantissent le maintien d'ouvertures visuelles suffisamment étendues pour incarner un espace de transition lisible entre deux polarités ". Enfin la circonstance que le classement de leur parcelle en zone Ud ne contreviendrait pas à l'objectif de limitation des extensions sur les coteaux, ne permet pas de démontrer que le classement litigieux en zones A et N présenterait une incohérence avec ce même objectif.
7. Aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". En vertu de l'article L. 151-9 du même code : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles. ". Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : /1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; /5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. "
8. Il résulte de ces dispositions qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.
9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
10. La parcelle appartenant aux requérantes, cadastrée section J n° n°1191, située sur les coteaux de Passy, dans le hameau de Maffray, est classée en zone agricole, pour la quasi-totalité de sa surface, et en zone naturelle. Si les requérantes soutiennent que ce terrain constitue un jardin d'agrément non cultivé ni exploité attenant à leur maison et jouxte un secteur classé en zone Ud, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il s'agit d'une parcelle enherbée d'environ 9 000 m², non bâtie, et s'ouvrant sur un vaste espace rural lui-même classé en zone A ainsi qu'un secteur naturel. Cette parcelle n'est, en outre, pas comprise dans les polarités identifiées pour accueillir le développement de l'urbanisation. Son classement répond ainsi aux objectifs, rappelés ci-dessus, du projet d'aménagement et de développement durables tendant à préserver les espaces agricoles ouverts et à limiter les extensions sur les coteaux et est ainsi cohérent avec lui. Eu égard aux caractéristiques de la parcelle, notamment sa superficie, son caractère naturel et son ouverture sur des espaces agricoles et naturel étendus, et alors même qu'un certificat d'urbanisme positif a été délivré en 2013 et qu'une canalisation d'assainissement serait présente, le classement litigieux, qui correspond à certains objectifs du PADD, n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 2 juin 2020 par laquelle le maire de la commune de Passy a rejeté la demande de Mmes B tendant à l'abrogation du plan local d'urbanisme n'est pas entachée d'illégalité. Les conclusions des requérantes tendant à l'annulation de cette décision doivent, par suite, être rejetées. Les conclusions à fin d'annulation ayant été rejetées, la présente requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non recevoir opposée par la commune, les conclusions tendant à l'abrogation de la délibération litigieuse et celles présentées aux fins d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Passy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par Mmes B et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mmes B la somme demandée par la commune de Passy au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mmes B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Passy au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié Mme A B, en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, et à la commune de Passy.
Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jourdan, présidente rapporteur,
Mme Letellier, première conseillère,
Mme Barriol, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 avril 2023.
La présidente-rapporteure,
D. Jourdan
L'assesseure,
E. Barriol
La greffière,
C. Jasserand
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2004194
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026