mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCHULD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 juillet 2020 et le 18 février 2022, M. et Mme C et D F, représentés par Me Fiat, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la délibération du 16 janvier 2020 approuvant le plan local d'urbanisme de la commune de Dullin, ensemble la décision de rejet du recours gracieux ou subsidiairement de prononcer l'abrogation de ce plan local d'urbanisme ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Dullin la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. et Mme F soutiennent que :
- le classement de la parcelle A 223 en zone constructible méconnaît la loi montagne et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; la décision du juge des référés sur le permis de construire délivré devait être prise en compte lors de l'approbation du plan ; le terrain n'est pas construit et ne correspond pas à la définition de la zone Uh ; le rapport de présentation n'inclut pas le terrain dans l'enveloppe urbaine ; le classement antérieur en zone UD était également contraire à la loi montagne, comme l'a retenu le juge des référés ;
- le rapport du commissaire enquêteur n'analyse pas les observations formulées et ne les identifie pas en méconnaissance de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ; son rapport est également dépourvu d'analyse du plan ;
- les modifications opérées après enquête ne sont pas listées et les conseillers municipaux n'ont pas bénéficié d'une information suffisante ;
- de nouvelles circonstances de droit doivent être prises en compte, à savoir les modalités d'appréciation de la légalité d'un classement en zone agricole rappelées par l'arrêt du Conseil d'Etat du 24 novembre 2021 n°435178 et la circonstance de fait tenant à ce que la commune a demandé de rejoindre le parc naturel régional de Chartreuse.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2021 et le 6 septembre 2022, la commune de Dullin, représentée par Me Schuld, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme F ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, par courrier du 21 février 2023, de ce que le tribunal était susceptible de surseoir à statuer pour la régularisation du vice tenant à l'information des conseillers municipaux, sur le fondement de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme.
Des observations ont été produites pour la commune de Dullin le 2 mars 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'environnement ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de Mme A,
- et les observations de Me Poncin, représentant M. et Mme F et E, représentant la commune de Dullin.
Considérant ce qui suit :
1. Le conseil municipal de la commune de Dullin a prescrit la révision du son plan local d'urbanisme par délibération du 12 janvier 2017. A la suite de l'enquête publique, le conseil municipal a, par une délibération du 16 janvier 2020, approuvé la révision du plan local d'urbanisme. Les requérants en demandent l'annulation ou subsidiairement son abrogation.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne les conclusions du commissaire enquêteur :
2. Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions et contre-propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public./ Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans un document séparé, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet ". En application de ces dispositions, le commissaire enquêteur, qui n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées au cours de l'enquête publique, doit donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens.
3. D'une part, il résulte des termes mêmes du rapport du commissaire enquêteur qu'après avoir recueilli les observations du public il en a dressé un inventaire qu'il a communiqué au maire pour lui permettre de présenter des réponses. A la suite de ces réponses, le commissaire enquêteur a réalisé une analyse de celles-ci en organisant sa présentation par thème et a émis des remarques personnelles sur ces thèmes. Il est précisé qu'il souscrit à la position de la municipalité sur les nombreuses demandes de modification de classement. Il lui était loisible de faire sienne les observations en question s'il y adhérait. Il n'était, au demeurant, pas tenu de répondre à chacune des observations présentées.
4. D'autre part, les conclusions du commissaire enquêteur présentent une analyse personnelle et motivée sur chacun des objectifs poursuivis par le projet d'aménagement et de développement durables et donne un avis favorable assorti de deux recommandations. Par suite, ses conclusions répondent à l'obligation de motivation prescrite par l'article R. 123-19 du code de l'environnement.
En ce qui concerne l'informations des conseillers municipaux quant aux modifications apportées au projet de plan local d'urbanisme après enquête publique :
5. Aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ". Il résulte de ces dispositions que les membres du conseil municipal appelés à délibérer de l'approbation d'un plan local d'urbanisme doivent disposer, avant la séance, de l'ensemble du projet de plan local d'urbanisme que la délibération a pour objet d'approuver, et qu'ils doivent pouvoir obtenir communication des autres pièces et documents nécessaires à leur information sur ce plan.
6. Si les requérants contestent que les conseillers municipaux aient été informés de la nature des modifications du projet de plan local d'urbanisme avant l'approbation de la révision de celui-ci par la délibération attaquée, la commune produit des attestations des conseillers municipaux présents lors de ce vote, datées du 14 mai 2020, par lesquelles ceux-ci reconnaissent avoir tous été " mis en possession de toutes les informations nécessaires pour l'approbation du plan local d'urbanisme et notamment des modifications apportées au projet de plan local d'urbanisme () ". Il est également précisé que ce dossier a été envoyé par courriel aux élus le 21 décembre 2019. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante information des conseillers municipaux doit être écarté.
En ce qui concerne le classement de la parcelle cadastrée section A n°233 en zone Uh :
7. En premier lieu, s'agissant de l'incohérence alléguée avec le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif, pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
8. Si les requérants se prévalent d'une orientation du projet d'aménagement et de développement durables, ils ne présentent aucune analyse globale des orientations à l'échelle du territoire. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance du projet d'aménagement et de développement durables doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". S'agissant d'un plan local d'urbanisme, il appartient à ses auteurs de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de sa compatibilité avec les dispositions du code de l'urbanisme particulières à la montagne.
10. La parcelle en question se situe à proximité immédiate d'une dizaine de maisons d'habitation qui, séparées les unes des autres d'une distance comprise entre 13 et 55 mètres, constituent un groupe de constructions d'habitations existant au sens de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le classement du terrain d'assiette du projet méconnaitrait ces dispositions.
11. En troisième lieu, les requérants se prévalent d'une incohérence du classement de la parcelle avec la définition de la zone Uh et le rapport de présentation. Cependant la carte présentée dans le rapport de présentation, excluant partiellement la parcelle en question des limites de l'urbanisation n'avait pour objet que de tracer l'urbanisation existante au jour du plan local d'urbanisme. A ce titre, le rapport de présentation, s'agissant de la zone Uh, explique que les nouvelles limites des hameaux inclus dans le sous-secteur Uh ont été définies en fonction du bâti existant, de ses possibilités d'évolution et des permis de construire récemment accordés, cette dernière option n'étant d'ailleurs qu'une de celles ouvrant la possibilité d'un classement en zone Uh par le plan local d'urbanisme. La circonstance que lors de l'adoption de ce plan local d'urbanisme le permis de construire délivré sur la parcelle A 223 avait été suspendu par le juge des référés du tribunal de céans ne s'opposait donc absolument pas au classement en zone Uh de la parcelle en question et les auteurs du plan local d'urbanisme ont pu y procéder sans méconnaître l'autorité de chose décidée par le juge des référés. Le classement n'est à ce titre entaché ni d'erreur de droit ni d'une incohérence avec le rapport de présentation.
12. En quatrième lieu, la parcelle en question s'inscrit bien dans les limites physiques de la zone urbaine du hameau existant et son classement ne procède aucunement d'une extension telle qu'il puisse être regardé comme entaché d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu des constructions existantes alentours, de leur proximité et du fait qu'elle est insérée au Nord et à l'Ouest dans cette zone construite. Ce classement permet de clore l'urbanisation de ce hameau en permettant une évolution cohérente et mesurée de celui-ci. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit ainsi être écarté.
13. En dernier lieu, le classement antérieur de la parcelle en zone UD est sans influence sur la légalité du classement opéré par le plan local d'urbanisme en litige. De sorte que son éventuelle illégalité est inopérante.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions d'abrogation :
15. Saisi de conclusions à fin d'annulation recevables, le juge peut également l'être, à titre subsidiaire, de conclusions tendant à ce qu'il prononce l'abrogation du même acte au motif d'une illégalité résultant d'un changement de circonstances de droit ou de fait postérieur à son édiction, afin que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales qu'un acte règlementaire est susceptible de porter à l'ordre juridique. Il statue alors prioritairement sur les conclusions à fin d'annulation. Dans l'hypothèse où il ne ferait pas droit aux conclusions à fin d'annulation et où l'acte n'aurait pas été abrogé par l'autorité compétente depuis l'introduction de la requête, il appartient au juge, dès lors que l'acte continue de produire des effets, de se prononcer sur les conclusions subsidiaires. Le juge statue alors au regard des règles applicables et des circonstances prévalant à la date de sa décision.
16. L'arrêt du Conseil d'Etat cité par les requérants, qui de leur aveu même " rappelle " les modalités d'appréciation du classement d'une parcelle en zone agricole, ne constitue pas une circonstance de droit nouvelle. La circonstance que la commune de Dullin soit susceptible de rejoindre le parc naturel régional de Chartreuse n'est pas une circonstance de fait nouvelle de nature à remettre en cause le plan local d'urbanisme adopté.
17. Il résulte de ce qui précède que ces conclusions subsidiaires d'abrogation doivent également être rejetées.
Sur les frais de procès :
18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Dullin tendant à la condamnation de M. et Mme F à ce même titre.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de M. et Mme F est rejetée.
Article 2 :Les conclusions de la commune de Dullin tendant à la condamnation de M. et Mme F au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.
Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D F et à la commune de Dullin.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
J. B
Le président,
JP. Wyss
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2004333
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026