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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004416

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004416

jeudi 17 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004416
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 7
Avocat requérantSCP LACHAT MOURONVALLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés, les 3 août 2020 et 18 mars 2021, la SARL SERCHY, représentée par Me Grandjean, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le président de la régie d'électricité de Bozel et le maire de la commune de Bozel ont refusé de lui communiquer les documents relatifs à la régie et à un projet de centrale hydroélectrique sur le territoire de la commune de Courchevel et de Bozel ;

2°) d'enjoindre au président de la régie d'électricité de Bozel en ce qui concerne la demande A, de communiquer les pièces mentionnées au a) et b) du 5) si le tribunal confirme leur existence, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de Bozel en ce qui concerne la demande B, de communiquer les pièces mentionnées aux points 1), 2), 3) et 4) de l'avis de la commission d'accès aux documents administratifs du 23 avril 2020, ainsi que la pièce mentionnée au point 5) sous la même astreinte ;

4°) de constater, le cas échéant, l'inexistence de tout partenariat entre GEG ENER et la Régie de Bozel et que les délibérations prises par les communes de Courchevel et de Bozel l'ont été au profit d'un groupement n'ayant pas d'existence légale ;

5°) de mettre à la charge des parties requises la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la demande de communication présente un caractère utile ;

- les documents mentionnés aux points 2), 3) et 4) de la demande A sont disponibles et communicables, elle abandonne sa demande au titre du point 5) ;

- les documents mentionnés aux points 1), 2), 3), 4) et 6) de la demande B sont disponibles et communicables ;

- le refus de communiquer les documents demandés n'est pas justifié ;

- la demande A a été satisfaite en cours d'instance ;

- la demande B n'est toujours pas satisfaite ;

- la commune de Bozel a autorisé la constitution du groupement entre GEG ENER et la régie de Bozel et dispose des documents demandés.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 décembre 2020, la commune de Bozel conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SH Le Trembley sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir d'une part, que les documents relatifs à la demande A ont été communiqués et d'autre part, qu'elle ne dispose pas des documents qui concernent la demande B.

La requête a été communiquée, le 18 août 2020, à la régie d'électricité de Bozel qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2023.

Vu :

- les avis de la commission d'accès aux documents administratifs n° 20194011 du 4 mars 2020 et n° 20193031 du 23 avril 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les conclusions de Mme d'Elbreil, rapporteure publique,

- les observations de Me Villard, avocat de la commune de Bozel.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL SERCHY a sollicité, le 28 juin 2019, auprès du président de la Régie Electrique de Bozel, la communication de la délibération créant la Régie Electrique de Bozel, son règlement intérieur, la délibération fixant son statut, ses statuts, tous les actes et décisions pris par la Régie Electrique de Bozel depuis le 1er septembre 2016 relatifs d'une part, au projet de centrale hydroélectrique sur les ruisseaux " les Gravelles " et " le Montgellaz ", localisé sur le territoire des communes de Courchevel et de Bozel et d'autre part, au partenariat avec GEG ENER dans le cadre du projet précité. Sa demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. La société Serchy a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA), le 7 août 2019. Par avis n° 20194011 du 4 mars 2020, la CADA a considéré que la demande était sans objet en ce qui concerne le point 1), la commune ne disposant pas de ce document qui remontait à 1916, que les documents 2), 3) et 4) étaient communicables et que la demande était sans objet en ce qui concerne le point 5) compte tenu de l'inexistence du document demandé.

2. Par ailleurs, la société SERCHY a également sollicité, le 23 avril 2019, auprès du maire de la Bozel, la communication de tous les échanges d'informations (courriers, courriels etc.) entre les partenaires du Groupement qui avaient pour objet d'initier, de développer le Projet, tous 1es échanges entre les partenaires du Groupement (courriers, courriels etc.) ayant eu pour objet la constitution de celui-ci, les accords constitutifs de Groupement et toutes des décisions habilitant les représentants de la commune de Bozel à signer ces accords, les demandes formées par le groupement en vue d'obtenir un courrier justifiant de la maîtrise foncière pour lui permettre de candidater à l'appel d'offre de la commission de régulation de l'énergie (CRE) avant le 31 janvier 2019, la réponse de la commune de Bozel (entre le 15 et le 31 janvier 2018) répondant à cette demande, les demandes et sollicitations auprès de la commune de Bozel de la part du Groupement en vue d'obtenir un courrier justifiant de la maîtrise foncière pour permettre au Groupement de candidater à l'appel d'offre de la CRE dont la date limite était fixée au 31 janvier 2019, le courrier adressé par la commune de Bozel au Groupement (entre le 15 et le 31 janvier 2019) répondant à la sollicitation précédente. Cette demande a donné lieu à une décision de rejet. La société requérante a saisi la CADA, le 5 juin 2019. Par avis n° 20193031 du 23 avril 2020, la CADA a considéré d'une part, que la demande était sans objet en ce qui concerne les documents mentionnés aux points 5) et 7) qui n'existaient pas et d'autre part, émis un avis favorable avec réserve en ce qui concerne les points 1), 2), 3), 4) et 6) de la demande. Par la présente requête, la société SERCHY demande l'annulation des décisions de rejet du président de la régie électrique de Bozel et du maire de la commune de Bozel.

3. Dans sa requête introductive d'instance, la société SERCHY se réfère à la demande de communication correspondant au point 6 de l'avis de la CADA du 13 avril 2020. Sa demande doit être regardée comme maintenue sur ce point.

4. Aux termes de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'État, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

5. L'obligation de communication instituée par les dispositions précitées ne peut porter sur des documents dont l'impossibilité matérielle de transmission est établie. Il appartient au tribunal d'apprécier, compte tenu des allégations des parties, l'existence du document et notamment la circonstance qu'il serait toujours détenu par l'administration.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que le président de la régie d'électricité de Bozel a communiqué l'intégralité des documents demandés à l'exception de la délibération créant la régie qui datait de 1916 et n'était en possession des services et des documents mentionnés au point 5) qui s'avéraient inexistants selon les informations communiquées par le président de la régie à la CADA. Dans le cadre de la présente instance, la société Serchy n'apporte aucun élément établissant l'existence de ces documents. Par suite, le refus de communication opposé à la société requérante doit être regardé comme étant justifié par une impossibilité matérielle sans qu'aucun élément du dossier ne soit de nature à démontrer que le président de la régie d'électricité de Bozel dissimulerait l'existence des documents sollicités.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () les administrations () sont tenues () de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes du sixième alinéa de l'article L. 311-2 du même code : " Lorsqu'une administration mentionnée à l'article L. 300-2 est saisie d'une demande de communication portant sur un document administratif qu'elle ne détient pas mais qui est détenu par une autre administration mentionnée au même article, elle la transmet à cette dernière et en avise l'intéressé ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'une autorité administrative est saisie d'une demande de communication portant sur un document administratif qu'elle ne détient pas et qu'elle estime être détenu par une autre autorité administrative, elle est tenue de la transmettre à cette dernière et d'en aviser l'intéressé. La demande de communication est réputée avoir été implicitement rejetée par l'administration qui détient le document en cause, que cette demande lui ait été ou non transmise.

8. Il ressort des pièces du dossier et, en particulier, de l'avis n° 20193031 rendu par la CADA, le 23 avril 2020, que les documents relatifs à la demande adressée au maire de la commune de Bozel, portent sur le groupement constitué entre d'une part, la régie d'électricité de Bozel et d'autre part, la société d'économie mixte GEG ENR afin de répondre à une consultation menée par la commission de régulation de l'énergie. La CADA relève également que ces documents portent sur les relations existant entre les membres du groupement constitué d'une régie municipale et d'une société commerciale, ou, entre ce groupement et la commune de Bozel. En l'espèce, la commune de Bozel fait valoir en défense qu'elle ne dispose pas de ces documents. Toutefois, la circonstance que la commune de Bozel ne détient pas les documents en cause, lui imposait de transmettre la demande de communication de la société Serchy à la régie d'électricité de Bozel, qui détiendrait ces documents et d'en informer la requérante.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et, en tout état de cause, sur le partenariat entre GEG ENER et la Régie d'électricité de Bozel et les délibérations prises par les communes de Courchevel et de Bozel, qu'il y a lieu d'annuler la décision implicite de la commune de Bozel en tant qu'elle n'a pas transmis à la régie d'électricité de Bozel la demande de communication portant sur les points 1), 2), 3), 4) et 6).

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Bozel de transmettre à la Régie d'électricité de Bozel, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision, la demande de la société Serchy portant sur la communication des documents mentionnés aux points 1), 2), 3), 4) et 6) et d'informer la requérante de cette transmission, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite du maire de la commune de Bozel est annulée en tant qu'elle n'a pas transmis à la régie d'électricité de Bozel la demande de communication du 23 avril 2019 portant sur les points 1), 2), 3), 4) et 6.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Bozel de transmettre à la régie d'électricité de Bozel, dans un délai deux mois à compter de la notification de la présente décision, la demande de la société Serchy portant sur la communication des documents visés aux points 1), 2), 3), 4) et 6) et d'informer la requérante de cette transmission.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Bozel présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Serchy, à la régie d'électricité de Bozel et à la commune de Bozel.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 août 2023.

La magistrate désignée,

N. BARDAD

La greffière,

L. ROUYER

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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