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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004539

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004539

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004539
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMORLAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 août 2020 et 8 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Morlat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2019 par lequel le maire de la commune d'Annemasse a déclaré son état, suite à son accident de service du 7 août 2017, consolidé à compter du même jour et l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 9 juillet 2019 ;

2°) d'ordonner une expertise médicale et surseoir à statuer dans l'attente de sa réalisation ;

3°) de condamner la commune d'Annemasse à l'indemniser des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Annemasse une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- le secret médical attaché à la procédure de la commission de réforme n'a pas été respecté ;

- la commission doit justifier que son secrétariat a été assuré par un médecin ;

- ni l'avis de la commission de réforme, ni celui de l'arrêté attaqué ne sont suffisamment motivés ;

- les douleurs postérieures à la date de consolidation sont imputables à son accident de service de 2017, si bien qu'il est en droit de continuer de bénéficier du régime de l'accident de service.

- il a subi divers préjudices qui doivent être indemnisés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 mars 2021 et 22 septembre 2021, la commune d'Annemasse, représentée par Me Cottignies, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que :

- la requête est tardive, donc irrecevable ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, premier conseiller,

- les conclusions de M. Argentin, rapporteur public,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Deguerry, représentant la commune d'Annemasse.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, a été employé par la commune d'Annemasse en qualité d'agent de surveillance de la voie publique au sein de la police municipale depuis 2009. En 1999, il a été victime d'un accident sportif pour lequel il a subi une ligamentoplastie du genou gauche. Il a été à plusieurs reprises placé en arrêt de travail pour des lombalgies et des douleurs au genou gauche. Il a été victime, le 7 août 2017, d'un accident reconnu imputable au service, pour lequel il a bénéficié d'une prise en charge jusqu'au 8 juillet 2019. Dans la présente instance, il demande l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2019 lequel le maire de la commune d'Annemasse a déclaré son état de santé résultant de son accident de service consolidé à compter du même jour et l'a placé en congé de maladie ordinaire à compter du 9 juillet 2019.

Sur les conclusions dirigées contre le maintien en congé de maladie ordinaire :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme G E, adjointe au maire, qui disposait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 10 janvier 2018. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque donc en fait et doit être écarté.

3. Cet arrêté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Les avis des commissions de réforme n'étant pas des décisions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, en ce qu'il est articulé contre l'avis de la commission de réforme du 24 avril 2019, est inopérant et doit être écarté. En tout état de cause, cet avis est suffisamment motivé.

5. M. B soutient qu'il revient à la commune d'Annemasse de démontrer que le secrétariat de la commission de réforme a été assuré par un médecin, conformément à l'article 6 du décret n°86-442 du 14 mars 1986. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétariat de la commission de réforme n'aurait pas été assuré par un médecin. En tout état de cause, la circonstance, à la supposer établie, que des agents non médecins assurent des tâches de secrétariat de la commission de réforme, est sans incidence sur la régularité de l'avis émis par la commission.

6. Si M. B soutient que le procès-verbal de la commission de réforme réunie le 26 septembre 2018, en ce qu'il mentionne que " les seuls soins imputables à l'accident du 07/08/17 sont de la rééducation de la cheville gauche et du genou gauche " a violé le secret médical prévu à l'article L. 1110-4 du code de la santé publique en permettant à l'employeur de M. B d'être renseigné sur sa pathologie, cette brève mention à caractère général ne peut être regardée, en l'espèce, comme ayant méconnu le secret médical. Au surplus, M. B ne démontre pas en quoi cette violation alléguée aurait eu une incidence sur le sens de la décision finalement prise à l'issue d'une commission de réforme ultérieure, et aurait ainsi affecté sa légalité.

7. Aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa version applicable à l'espèce : " Le fonctionnaire en activité a droit : 1° A un congé annuel avec traitement dont la durée est fixée par décret en Conseil d'Etat. / () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de l'accident ou de la maladie est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

8. M. B soutient que les pathologies de la hanche et du genou dont il a continué de souffrir à compter du 8 juillet 2019, date à laquelle son état de santé résultant de son accident de service du 7 août 2017 a été déclaré consolidé par son employeur, sont imputables au service, et qu'ainsi il était en droit de continuer d'être pris en charge au titre du congé de maladie imputable au service au-delà de cette date. Il invoque plusieurs évaluations médicales, en particulier celle du docteur F, chirurgien orthopédique, du 23 mars 2018 qui indique que M. B " a présenté depuis des douleurs du genou gauche avec des sensations d'instabilités, il avait été opéré d'une reconstruction du LCA en 1999 mais le traumatisme engendré par cet accident de la voie publique a malheureusement été à l'origine d'une rupture du ligament croisé antérieur avec des sensations d'instabilités du genou dans la vie quotidienne ces derniers mois ", et celle du docteur D, rhumatologue, du 12 avril 2019, qui indique que " sa pathologie de hanche risque d'évoluer avec la possibilité de coxopathie secondaire post-traumatique en lien direct avec son accident de travail et les conséquences possibles sur la limitation de sa marche ". M. B en déduit que ses pathologies persistantes du genou et de la hanche sont la conséquence directe et certaine de son accident du 7 août 2017. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. B a subi deux expertises à la demande de la commission de réforme. La première, succincte, réalisée par le docteur C, chirurgien orthopédique, le 11 juillet 2018, conclut à la nécessité d'un nouveau bilan en juillet 2019 et n'est pas conclusive. La seconde, réalisée de façon très approfondie par le docteur H, chirurgien orthopédique, le 28 décembre 2018, rappelle, d'une part, qu'aucune pathologie résultant de l'accident du 7 août 2017 n'a été objectivée par les examens initiaux et complémentaires réalisés, d'autre part, que l'état de santé du requérant résultant de son accident de service du 7 août 2017 doit être regardé comme consolidé à compter du 9 janvier 2018. M. B ne produit aucun élément médical suffisamment probant en sens contraire et de nature à établir que les pathologies persistant au-delà du 8 juillet 2019 ne résulteraient pas d'un état antérieur évolutif, la commission de réforme réunie le 24 avril 2019 retenant pour sa part la date du 24 avril 2019 comme date de consolidation. Ainsi la commune d'Annemasse, en retenant le 8 juillet 2019 comme date de consolidation de l'état de santé de M. B résultant de son accident de service du 7 août 2017, et en plaçant l'intéressé en congé de maladie ordinaire à compter de cette date, n'a pas méconnu les dispositions précitées ni commis d'erreur dans l'appréciation de la situation de l'intéressé.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu d'ordonner une expertise, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Ainsi que le fait valoir la commune d'Annemasse, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante sont irrecevables, faute d'avoir été précédées d'une réclamation préalable.

Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au profit de l'une ou l'autre partie.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Annemasse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune d'Annemasse.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Vial-Pailler, président,

M. d'Argenson, premier conseiller,

Mme Frapolli, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.

Le rapporteur,

P.-H. D'ARGENSON

Le président,

C. VIAL-PAILLERLe greffier,

G. MORAND

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004339

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