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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004579

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004579

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantASTERIO - CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2020 et le 2 septembre 2021, M. et Mme B, représentés par Me Bracq, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2020-DEL-010 du 3 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'Habitat de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme B soutiennent que :

- le dossier de l'enquête publique comportait des approximations et était incomplet, ce qui n'a pas permis au public d'avoir une information complète pour formuler utilement des observations ;

- les réserves formulées par la commission d'enquête publique n'ayant pas été levées par les auteurs du PLUi, son avis doit être regardé comme défavorable ;

- les dispositions des articles L. 2121-10, L. 2121-11 et L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales n'ont pas été respectées pour l'adoption de la délibération du 3 février 2020 ;

- le classement en zone agricole de la parcelle n° 1118, anciennement classée en zone urbaine, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Il en va de même des parcelles cadastrées à la section C n° 1119 et n° 1120, voisines, également classées en zone agricole.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 15 juillet 2021 et le 1er octobre 2021, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, représentée par la société d'avocats Conseil affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Rumilly Terre de Savoie fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.

Par une ordonnance du 7 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 novembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la délibération attaquée et les autres pièces du dossier ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme A,

- les observations de Me Bracq, pour M. et Mme B,

- et les observations de Me Djeffal, pour la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Une note en délibérée, présentée pour M. et Mme B, a été enregistrée le 25 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 3 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H). M. et Mme B sont les propriétaires des parcelles cadastrées à la section C n° 127 et n° 1118 situées chemin du Buisson Rond à Thusy. La parcelle n° 1118, attenante à la parcelle n° 127, a été classée essentiellement en zone agricole par la délibération du 3 février 2020. Dans la présente instance, les requérants demandent l'annulation de ladite délibération.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le dossier de l'enquête publique :

2. Aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique est composé des pièces mentionnées à l'article R. 123-8 du code de l'environnement et comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. () ".

3. L'irrégularité de l'enquête publique n'est de nature à vicier la procédure et à entacher d'illégalité la décision prise à l'issue de l'enquête publique que si elle a pu avoir pour effet de nuire à l'information du public ou si elle a été de nature à exercer une influence sur cette décision.

4. Le rapport de la commission de l'enquête publique a formulé des remarques sur certaines pièces du dossier de l'enquête publique, en particulier sur la lisibilité de certains règlements graphiques, sur la difficulté à localiser les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) qui ne sont pas numérotées et l'imprécision de certains de leurs schémas, ainsi que sur la localisation des emplacements réservés. Néanmoins, dans ses conclusions motivées, la commission d'enquête publique a retenu que " globalement, sur la forme et le fond, le dossier d'enquête soumis à l'enquête publique a bien été de nature à traduire les choix de la communauté de communes en termes d'aménagement de son territoire, et en particulier son projet d'aménagement et de développement durables (PADD) ", dont les orientations ont été " définies de manière suffisante et concise, donnant ainsi une information claire aux habitants ". La commission d'enquête publique a conclu que " le nombre d'observations formulées, tous supports confondus, confirme la bonne accessibilité du public à ce dossier d'enquête ". Dans ces conditions et alors que les requérants n'établissent pas en quoi les insuffisances ou manquements relevés par la commission de l'enquête publique auraient été de nature à nuire à l'information du public, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté dans cette première branche.

5. En outre, il est constant qu'à la date de l'ouverture de l'enquête publique, le schéma d'assainissement n'avait pas été élaboré. Il ne pouvait donc pas figurer dans le dossier de l'enquête publique. Sur la recommandation de la commission d'enquête publique, la communauté de communes a précisé qu'elle procéderait à une modification simplifiée pour l'intégrer au PLUi-H. Enfin, si les requérants relèvent que la communauté de communes a répondu aux observations du public faites pendant l'enquête publique de manière stéréotypée, d'une part, aucune obligation législative ou réglementaire n'oblige aux auteurs du PLUi-H à y répondre, d'autre part, cet argument est sans lien avec la composition du dossier de l'enquête publique tel qu'il est porté à la connaissance du public. Par suite, le moyen doit être écarté dans cette seconde branche.

En ce qui concerne les suites données aux conclusions de la commission d'enquête publique :

6. 6. Aux termes de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé () ".

7. Il ressort des termes mêmes de la délibération attaquée et de l'annexe 3 que le conseil communautaire de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a précisé les suites données aux réserves et recommandations faites par la commission d'enquête publique. Aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au conseil communautaire de suivre les réserves et recommandations de la commission d'enquête publique. En l'espèce, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie s'est expliquée sur les choix qu'elle a faits et notamment de sa volonté de limiter la zone urbaine aux seuls hameaux présentant une certaine densité et de classer les autres groupements bâtis insuffisamment denses en zone naturelle ou agricole. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit être écarté.

En ce qui concerne la convocation et l'information des conseillers communautaires :

8. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce code : " () une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal (). Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs () ". Enfin aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

9. La communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a versé aux débats la convocation adressée le 28 janvier 2020 aux conseillers communautaires, sur laquelle figure l'ordre du jour de la séance, notamment le point 1.2 intitulé " l'approbation du PLUi-H ", ainsi que la note de synthèse n° 173 qui porte sur l'entier dossier du PLUi-H. Dans ces conditions, les conseillers communautaires ont disposé d'une information suffisante, dans le délai réglementaire, pour délibérer sur l'approbation du PLUi-H lors de la séance du 3 février 2020. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles n° 1118, 1119 et 1120 :

10. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

11. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

12. En premier lieu, la maison d'habitation de M. et Mme B a été construite en grande partie sur la parcelle C n° 127, d'une faible contenance de 450 m², et de manière accessoire sur la parcelle contigüe C n° 1118. Il ressort des pièces du dossier et notamment du règlement graphique 3b.14 que la parcelle C n° 127 a été intégralement classée en zone UC2 " Hameaux à densité encadrée " et que la parcelle n° 1118 a été classée en zone UC2 pour la partie située dans le prolongement de la parcelle C n° 127 supportant la construction et, dans sa plus grande partie sans construction, en zone agricole. Cette parcelle, d'une surface d'environ 2 900 m², forme avec les parcelles voisines n° 1119 et n° 1120 un vaste tènement de l'ordre de 6 500 m², dépourvu de toute construction. Elles se situent en limite Ouest du hameau Martera, qui constitue un hameau en lui-même peu dense à dominante rurale. Par leur superficie et leur configuration, ces parcelles ne constituent pas une dent creuse. Elles sont enherbées et présentent un enjeu agricole moyen, ce qui fait qu'elles ne sont pas dépourvues de tout potentiel agronomique, biologique et économique, tandis qu'une exploitation agricole n'implique pas nécessairement l'épandage de produits phytosanitaires qui nuiraient aux constructions voisines. En outre, il ressort du règlement graphique que d'autres parcelles, qui se situent à l'Ouest du tènement, ont été intégralement classées en zone agricole, alors qu'elles sont construites.

13. En deuxième lieu, le rapport de présentation précise que la densification est possible, outre dans les chefs-lieux des villages-communes (que constitue la commune de Thusy au sein du territoire intercommunal), dans leurs pôles secondaires (certains hameaux nommément identifiés). Les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal n'ont pas défini de pôle secondaire pour la commune de Thusy qui présente un caractère essentiellement rural et agricole. Ce parti pris d'urbanisme est cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) dont l'une des orientations (Axe 1) consiste à " permettre un développement adapté sur les communes-villages ". Enfin la circonstance que la parcelle n° 1118 soit essentiellement classée en zone agricole, dans sa partie non construite, n'implique pas une méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

14. Enfin, les auteurs du PLUi-H ne sont pas tenus par le document d'urbanisme communal précédent qui classait la parcelle n° 1118 en zone urbaine, dès lors que les enjeux territoriaux sont désormais intercommunaux. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement des parcelles litigieuses doit être écarté dans toutes ses branches.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la délibération attaquée doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les conclusions présentées par M. et Mme B, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et D B et à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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