vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | GALLETY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 mars 2020 et le 7 mai 2021, M. et Mme F et B H et M. et Mme I et E G, représentés par Me Gallety, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté n° PA 38183 19 10003 du 19 juin 2020 par lequel le maire de Granieu a délivré un permis d'aménager en vue de la création d'un lotissement de trois lots à Mme D A sur les parcelles cadastrées section B n° 1264 et B n° 1266 sur le territoire communal ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Granieu la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en leur qualité de voisins immédiats, ils ont intérêt à agir contre le permis d'aménager litigieux ;
- la requête est recevable ;
- l'arrêté attaqué est doit être annulé en conséquence de l'illégalité du plan local d'urbanisme en raison du classement des parcelles litigieuses en zone Uep, dès lors que le plan local d'urbanisme est incompatible avec le schéma de cohérence territoriale du Nord-Isère et que le classement des parcelles en zone urbaine est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en conséquence de l'illégalité du plan local d'urbanisme, la validité de l'arrêté attaqué doit être examinée au regard du plan d'occupation des sols précédemment applicable, lequel classait les parcelles litigieuses en zone NC, rendant impossible la réalisation du projet d'aménagement.
Par des mémoires en défense enregistrés le 12 février 2021 et le 8 juillet 2021, la commune de Granieu, représentée par Me Le Gulludec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Granieu fait valoir que le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté dans ses deux branches, comme non fondé.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 22 février 2021 et le 12 juillet 2021, Mme D A, représentée par la société d'avocats Urban Conseil, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis la somme de 1 500 euros à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une lettre du 27 janvier 2021, les parties ont été informées qu'en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, l'instruction est susceptible d'être close le 26 février 2021, par l'émission d'une ordonnance de clôture ou d'un avis d'audience, sans information préalable.
La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 16 septembre 2021.
Vu :
- la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2023 :
- le rapport de Mme J,
- les conclusions de Mme C,
- les observations de Me Barnouin, représentant les requérants,
- et les observations de Me Le Gulludec, représentant la commune de Granieu,
- et les observations de Me Drouin substituant Me Bourillon, représentant Mme A.
Une note en délibéré, enregistrée le 23 février 2023, a été présentée pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté n° 2020/031 du 19 juin 2020, le maire de Granieu a délivré un permis d'aménager à Mme A en vue de la création d'un lotissement de trois lots devant recevoir chacun une maison individuelle, sur les parcelles cadastrées section B n° 1264 et B n° 1266 d'une surface totale de 2 715 m², situées au lieu-dit Le Gay, chemin des Sources, sur le territoire communal. Dans la présente instance, M. et Mme F et B H et M. et Mme I et E G demandent l'annulation de l'arrêté du 19 juin 2020.
Sur les conclusions en annulation :
2. En premier lieu, les requérants soutiennent que le plan local d'urbanisme de Granieu n'est pas compatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) Nord-Isère, dans sa version en vigueur à la date de l'approbation du plan local d'urbanisme.
3. Aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que le SCoT Nord-Isère, qui doit être apprécié dans sa version en vigueur à la date d'approbation du plan local d'urbanisme, fixe l'orientation, pour les villages, de recentrer leur urbanisation autour de leur noyau historique ou d'optimiser l'enveloppe urbaine existante avant d'envisager des extensions urbaines en greffe avec le tissu existant. S'agissant de la commune de Granieu, il prévoit trois logements maximum par an. En outre, il préconise de maintenir des espaces de respiration et des coupures vertes entre les différents noyaux urbains.
5. Il est vrai que le terrain d'assiette du projet d'aménager, qui se situe à l'extrémité du hameau " Le Gay ", ouvert sur une zone agricole et qui ne constitue pas une dent creuse, restreint, du fait de sa superficie de 2 700 m² et par son classement en zone constructible, un espace de respiration ou une coupure verte entre ce hameau et le centre-bourg, pourtant préconisée par le SCoT Nord-Isère. En outre, la densité d'urbanisation envisagée par son insertion dans l'OAP n° 2, à raison de trois logements, y est faible. Ainsi, par son insertion dans l'OAP n° 2 et sa localisation, le classement des parcelles litigieuses en zone constructible répond de manière limitée aux préconisations du SCoT Nord-Isère. Toutefois, eu égard au caractère très limité de cette OAP à l'échelle du territoire couvert par le SCoT, il ne peut en être déduit une incompatibilité, alors d'ailleurs que l'autorité en charge de ce document a émis un avis favorable à l'approbation du plan local d'urbanisme de Granieu, le 8 mars 2017, hormis une réserve portant sur un autre secteur. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté dans sa première branche.
6. En second lieu, les requérants soutiennent que le plan local d'urbanisme de Granieu est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant au classement des parcelles litigieuses en zone Uep.
7. D'une part, aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classées en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions ".
8. D'autre part, il appartient aux auteurs du plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des divers secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme. Leur appréciation peut être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
9. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles B n° 1264 et B n° 1266, d'une surface de 2 700 m², sont actuellement non bâties, enherbées et étaient classées en zone NC dans le document d'urbanisme immédiatement antérieur. Bien que les auteurs du plan local d'urbanisme ne soient pas tenus par le classement antérieur et que les parcelles peuvent être desservies par les réseaux par un prolongement depuis les constructions voisines et par un chemin de servitude, elles ne constituent pas une dent creuse et se situent en limite du hameau " Le Gay " s'ouvrant sur une zone agricole, au Nord et à l'Est, qui constitue une respiration et une trame verte entre le Nord du hameau et le Chef-lieu du village. Il résulte ce qui précède que le classement des parcelles litigieuses en zone urbaine est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Il suit de là que le moyen tiré de l'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme de Granieu doit être accueilli dans sa seconde branche.
10. Aux termes de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " (), l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur.
11. En vertu d'un principe général, il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un règlement illégal. Ce principe trouve à s'appliquer, en l'absence même de toute décision juridictionnelle qui en aurait prononcé l'annulation ou les aurait déclarées illégales, lorsque les dispositions d'un document d'urbanisme, ou certaines d'entre elles si elles en sont divisibles, sont entachées d'illégalité, sauf si cette illégalité résulte de vices de forme ou de procédure qui ne peuvent plus être invoqués par voie d'exception en vertu de l'article L. 600-1 du code de l'urbanisme. Ces dispositions doivent ainsi être écartées, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, par l'autorité chargée de délivrer des certificats d'urbanisme ou des autorisations d'utilisation ou d'occupation des sols, qui doit alors se fonder, pour statuer sur les demandes dont elle est saisie, sur les dispositions pertinentes du document immédiatement antérieur ou, dans le cas où celles-ci seraient elles-mêmes affectées d'une illégalité dont la nature ferait obstacle à ce qu'il en soit fait application, sur le document encore antérieur ou, à défaut, sur les règles générales fixées par les articles L. 111-1 et suivants et R. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme.
12. Il s'ensuit que la légalité du permis d'aménager en litige doit s'apprécier au regard du plan d'occupation des sols précédemment en vigueur. Il ressort des pièces du dossier que, antérieurement à l'application du plan local d'urbanisme communal, tel qu'approuvé par la délibération du 7 décembre 2017, la commune de Granieu était dotée d'un plan d'occupation des sols, modifié par la délibération du 22 février 2008 classant les parcelles litigieuses en zone NC " zone de richesses naturelles à protéger en raison notamment de la valeur des terres et de la richesse du sol et du sous-sol ". Il ressort de l'article NC 1 - " Occupations et utilisations du sol admises " du règlement du plan d'occupation des sols qu'aucune construction autre que nécessairement liée à l'activité des exploitations agricoles professionnelles n'est autorisée en zone NC. Il doit en être déduit que l'édification de maisons d'habitation n'était pas possible sur les parcelles litigieuses, en application du plan d'occupation des sols résultant de la délibération du 22 février 2008, redevenu applicable sur ces parcelles. Ainsi, les requérants sont fondés à soutenir que le permis d'aménager méconnait les dispositions du plan d'occupation des sols applicables à la zone NC. Dès lors, l'arrêté attaqué du 19 juin 2020 ayant accordé le permis d'aménager doit être annulé.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il est mis à la charge de la commune de Granieu la somme totale de 1 500 euros à verser aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Granieu et par Mme A, parties perdantes dans le présent litige, sont rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté n° PA 38183 19 10003 du 19 juin 2020 par lequel le maire de Granieu a délivré un permis d'aménager à Mme A est annulé.
Article 2 : La commune de Granieu versera aux requérants la somme totale de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F H, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la commune de Granieu et à Mme D A.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Wyss, président,
Mme Letellier, première conseillère,
M. Hamdouch, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 mars 2023.
La rapporteure,
C. J
Le président,
J.-P. WYSS
La greffière,
V. JOLY
La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026