mardi 27 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004662 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | LEGROS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 août 2020 et le 2 mars 2022, Mme B C, désormais représentée par Me le Foyer de Costil, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté n°2020V-A1545 du 8 juillet 2020 par lequel le maire de Valence l'a licenciée pour insuffisance professionnelle ;
2°) d'enjoindre au maire de Valence, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement, de la réintégrer dans ses fonctions après avoir reconstitué rétroactivement sa carrière, incluant le paiement de l'ensemble des indemnités et sommes dont elle a été indûment privée en raison de son licenciement illégal ;
3°) de condamner la commune de Valence à lui verser une indemnité totale de 131 743 euros à parfaire, en réparation des différents préjudices subis ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Valence une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure puisqu'elle n'a pas pu accéder à la totalité de son dossier individuel, en méconnaissance de la loi du 13 juillet 1983, du décret du 19 septembre 1989 et de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les faits reprochés pour caractériser son insuffisance professionnelle sont soit non établis, soit non fondés ; notamment, sa nette progression a été constatée dans ses évaluations, ce qui faisait obstacle à ce que la commune de Valence considère que son comportement n'a pas évolué ; son manque d'évolution ne saurait être caractérisée, en l'absence irrégulière d'entretien individuel au titre de l'année 2017 ; les documents de M. A n'émanent pas d'une autorité impartiale ; n'exerçant plus les missions de son grade, qui lui avaient été retirées, aucune insuffisance professionnelle ne saurait lui être reprochée ; elle n'avait notamment plus de fonction d'encadrement ; les exemples de dossiers non traités par elle ne sont pas établis ; la " demande orale " évoquée en page 15 du mémoire en défense n'est pas établie ;
- il est entaché d'erreur d'appréciation ; les défaillances alléguées de son positionnement résultent du harcèlement moral dont elle est victime ; elle a brillamment exercé des fonctions similaires au sein de la police municipale de Toulouse ; son licenciement est infondé car résultant de sa dénonciation de faits de harcèlement moral ;
- l'illégalité de son licenciement constitue une faute, de nature à engager la responsabilité de l'administration ;
- dès lors, elle est fondée à demander le versement d'une somme de 45 225 euros, correspondant à un an de traitement dont elle a été privée en raison de son licenciement ;
- son licenciement a généré une perte de confiance en elle et des problèmes de santé, lui causant ainsi des troubles dans ses conditions d'existence ; elle a subi également un préjudice moral en raison de cette situation ; dès lors, elle est fondée à demander une somme totale de 25 000 euros en réparation du préjudice subi ;
- elle subit des pertes de perspectives de carrière, qui doivent être indemnisées à hauteur de 45 225 euros ;
- cette situation l'a contrainte à engager des frais d'avocats, dont elle demande à être indemnisée à hauteur de 16 293,64 euros.
Par un mémoire enregistré le 14 janvier 2022, la commune de Valence conclut au rejet de la requête et demande qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au motif que les moyens et griefs articulés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires, faute de liaison du litige.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;
- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux ;
- le décret n°2006-1392 du 17 novembre 2006 portant statut particulier du cadre d'emplois des directeurs de police municipale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 septembre 2022 :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. D,
- les observations de Mme C,
- et les observations de Me Deguerry, représentant la commune de Valence.
Une note en délibéré présentée par Mme C a été enregistrée le 16 septembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, fonctionnaire territoriale, a été recrutée par la commune de Valence le 17 février 2014 en qualité de directrice de la police municipale. Par un jugement n°183424 rendu public le 17 mai 2021, le tribunal administratif de Grenoble a notamment rejeté comme non fondée la demande de Mme C visant la réparation des préjudices résultant du harcèlement moral dont elle s'estimait victime. Dans la présente instance, elle demande au Tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté susvisé du 8 juillet 2020 par lequel le maire de Valence l'a licenciée pour insuffisance professionnelle. Elle formule également des conclusions indemnitaires et à fin d'injonction sous astreinte.
Sur les conclusions de la requête:
En ce qui concerne la légalité externe de la décision de licenciement :
2. Aux termes de l'article 93 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée alors en vigueur: " Le licenciement pour insuffisance professionnelle est prononcé après observation de la procédure prévue en matière disciplinaire. () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 susvisé : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix./ L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration : " L'accès aux documents administratifs s'exerce, au choix du demandeur et dans la limite des possibilités techniques de l'administration :/ 1° Par consultation gratuite sur place, sauf si la préservation du document ne le permet pas ; () ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 28 mai 2020, la présidente du conseil de discipline informait Mme C que le conseil de discipline se réunirait le 7 juillet 2020 en application des dispositions précitées de l'article 93 de la loi du 26 janvier 1984 et que la consultation de l'intégralité de son dossier auprès des services de la commune de Valence était rendue impossible par la réquisition dudit dossier par le procureur de la République effectuée dans le cadre de la plainte pénale qu'elle avait initiée en raison des faits de harcèlement moral dont elle s'estimait victime. Ainsi, la commune de Valence, qui établit par un courrier de l'autorité judiciaire qu'elle ne détenait plus le dossier de la requérante, était dans l'impossibilité matérielle de satisfaire à l'obligation d'information du droit à communication définie à l'article 4 du décret du 18 septembre 1989. En indiquant qu'il se trouvait réquisitionné par le procureur de la République, la commune de Valence a ouvert à Mme C la possibilité de s'adresser, le cas échéant, à cette autorité pour faire valoir son droit à communication de son dossier. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré du vice de procédure articulé, de manière générale, sur la loi du 26 janvier 1984 et le décret du 18 septembre 1989 doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a pris connaissance gratuitement, au siège de l'autorité territoriale, des parties les plus anciennes de son dossier qui avaient été numérisées. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 311-9 du code des relations entre le public et l'administration manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision de licenciement :
5. Le licenciement pour inaptitude professionnelle d'un agent public ne peut être fondé que sur des éléments révélant l'inaptitude de l'agent à exercer normalement les fonctions pour lesquelles il a été engagé ou correspondant à son grade et non sur une carence ponctuelle dans l'exercice de ces fonctions.
6. Aux termes de l'article 2 du décret du 17 novembre 2006 susvisé : " () [Les membres du cadre d'emplois des directeurs de police municipale] assurent la direction fonctionnelle et opérationnelle des services de police municipale./ A ce titre:/ 1° Ils participent à la conception et assurent la mise en oeuvre des stratégies d'intervention de la police municipale ;/ 2° Ils exécutent, sous l'autorité du maire, dans les conditions fixées par les lois du 15 avril 1999, du 15 novembre 2001, du 27 février 2002 et du 18 mars 2003 susvisées, les missions relevant de la compétence de celui-ci, en matière de prévention et de surveillance du bon ordre de la tranquillité, de la sécurité et de la salubrité publiques ;/ 3° Ils assurent l'exécution des arrêtés de police du maire et constatent par procès-verbaux les contraventions à ces arrêtés ainsi qu'aux dispositions des codes et lois pour lesquelles compétence leur est donnée ;/ 4° Ils assurent l'encadrement des fonctionnaires des cadres d'emplois des chefs de service de police municipale et des agents de police municipale dont ils coordonnent les activités. () ".
7. La requérante soutient qu'à compter de 2018, ses fonctions de directrice de la police municipale lui ont été retirées et que n'exerçant plus, dès lors, des fonctions correspondant à son grade, son insuffisance professionnelle ne pouvait pas être constatée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'en 2017, une réorganisation de la police municipale a été décidée pour faire face à un accroissement conséquent de l'activité, engendrant un quasi doublement des effectifs en trois ans, alors que Mme C rencontrait déjà des difficultés dans l'exercice de ses missions. Ainsi, le nouveau directeur de la police municipale a été recruté au grade de directeur principal et la requérante a été mutée sur l'emploi d'adjoint au directeur de la police municipale-chef du Bureau d'Ordre. Or Mme C n'établit pas que sa nouvelle fiche de poste ou les tâches auxquelles elle a été affectée à compter de cette date ne correspondraient pas aux fonctions définies à l'article 2 précité du décret du 17 novembre 2006. Par ailleurs, la circonstance que certaines évaluations professionnelles seraient entachées d'irrégularités, à la supposer établie, ne fait pas obstacle à ce que l'insuffisance professionnelle d'un agent puisse être relevée. Il y a dès lors lieu d'examiner les motifs qui ont fondé la décision en litige.
8. Pour estimer que la manière de servir de Mme C ne donnait pas satisfaction, le maire de Valence s'est notamment fondé sur deux notes datées du 19 janvier 2017 et 26 mars 2018 du directeur général adjoint en charge du département Réglementation-Sûreté-Prévention et à ce tire responsable de la police municipale, ainsi que d'une enquête administrative diligentée par la collectivité à la suite d'une plainte pénale pour harcèlement moral déposée par Mme C à l'encontre de ce directeur général adjoint, depuis classée sans suite. Il ressort des pièces du dossier, notamment des nombreux échanges de mails produits, un manque d'initiative de Mme C, une posture de retrait systématique lors des réunions, une absence de priorisation des urgences (par exemple, gestion des affaires courantes non interrompue à l'occasion de l'intrusion d'une trentaines de personnes dans un bâtiment municipal), une abstention à traiter des demandes, incluant celles émanant directement du maire, et un relationnel dégradé avec divers personnels, y compris extérieurs à la direction de la police municipale, établi par des échanges écrits émanant de l'intéressée elle-même. Dans les évaluations professionnelles qui ont constamment et précisément relevé ces manquements, la requérante s'est pour l'essentiel bornée à déplorer, de manière générale, un manque de temps et de personnels, attitude qui corrobore les reproches de la Commune quant à son inaptitude à exercer les missions d'encadrement et de planification attendues d'un directeur de police municipale telles que définies par les dispositions précitées de l'article 2 du décret du 17 novembre 2006. Si Mme C soutient que son comportement résulte du harcèlement moral dont elle s'estime victime, elle ne l'établit pas, le tribunal administratif de Grenoble ayant au demeurant épuisé sa compétence sur ce litige par le jugement du 17 mai 2021 cité au point 1. Il résulte de ce qui précède que les motifs de la décision attaquée tirés des difficultés relationnelles générales de la requérante, associées à une incompréhension des attentes de sa hiérarchie et à une inaptitude à être force de proposition, sont établis et susceptibles de caractériser une inaptitude professionnelle au sens du principe énoncé au point 5.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions indemnitaires destinées à réparer les préjudices subis en raison de cette éviction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les conclusions présentées par Mme C, la partie perdante, doivent être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Valence.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Valence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme C et à la commune de Valence.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Vial-Pailler, président,
M. d'Argenson, premier conseiller,
Mme Frapolli, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2022.
Le rapporteur,
I. E
Le président,
C. VIAL-PAILLER
Le greffier,
G. MORAND
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N° 200466
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026