mardi 11 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Grenoble |
| Section | Tribunal Administratif de Grenoble |
| N° Dossier | TA38-2004686 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL CABINET CHAMPAUZAC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 13 août 2020, le 8 avril 2021, le 29 juin 2021 et le 6 mai 2022, M. A E et M. C D, représentés par Me Champauzac, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2020 par lequel le maire de la commune de Crozes Hermitage a délivré à la société Immo Foncier un permis d'aménager pour un lotissement de deux lots, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Crozes Hermitage la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- le dossier de demande de permis d'aménager est incomplet ;
- la carte communale est illégale pour avoir classé les parcelles en litige en zone constructible ; ce classement méconnaît les règles du règlement national d'urbanisme ; ce classement est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ; le projet n'est pas conforme au règlement national d'urbanisme remis en vigueur ; l'arrêté méconnaît les règles du règlement national d'urbanisme contenues dans l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme ; le plan local d'urbanisme adopté comporte des objectifs rendant impossible le classement du terrain en zone constructible ;
- l'arrêté méconnaît l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme et le périmètre du classement AOC Hermitage fixé par le décret du 5 juin 2013 ; la constructibilité du terrain est impossible au regard des règles de l'article 8 de l'arrêté du 27 décembre 2019 ;
- l'arrêté méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;
- la commune a prescrit l'élaboration de son plan local d'urbanisme qui confirme la vocation agricole de ces parcelles ;
- aucune autorité de chose jugée n'est attachée au jugement n°1606930.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er octobre 2020 et le 10 mai 2021, la commune de Crozes Hermitage, représentée par Me Matras, conclut au rejet de la requête ou à ce que soit fait application des dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le recours contentieux n'a pas été notifié en méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2021, la société Immo Foncier, représentée par Me Cozon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 22 décembre 2021, la société Immo Foncier conclut à ce que les requérants soient condamnés à lui verser une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le recours est abusif.
Par un mémoire enregistré le 6 mai 2022, MM. E et D concluent au rejet des conclusions présentées par la société Immo Foncier sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Holzem,
- les conclusions de Mme B,
- et les observations de Me Barette, représentant MM. E et D, de Me Nabet, représentant la commune de Crozes Hermitage et de Me Ligas-Raymond, représentant la société Immo foncier.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite de l'annulation par jugement du 2 mai 2019, d'un arrêté de non-opposition à déclaration préalable, la société Immo Foncier a déposé une demande de permis d'aménager afin de créer deux lots à bâtir sur une parcelle section B n°163 à Crozes Hermitage ainsi qu'une voie interne de desserte. Par arrêté du 28 février 2020 le maire a accordé le permis d'aménager sollicité.
Sur les conclusions d'annulation :
2. En premier lieu, l'autorité de chose jugée s'attache aux motifs constituant le soutien nécessaire du dispositif, c'est-à-dire en l'espèce aux motifs d'annulation. Ainsi la seule circonstance que le jugement du 2 mai 2019 ne retienne pas les autres moyens soulevés, en mentionnant qu'aucun autre moyen n'est susceptible d'entraîner l'annulation prononcée, sur le fondement de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, n'est pas revêtue de l'autorité de chose jugée.
3. En deuxième lieu, d'une part, il est produit en défense notamment le plan de situation et la notice que les requérants soutenaient être manquants du dossier de demande de permis d'aménager. Il ne fait aucun doute que ces pièces ont été produites à l'appui de ce dossier puisqu'elles comportent le tampon de la mairie avec la date du 2 décembre 2019.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-3 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords et indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) La composition et l'organisation du projet, la prise en compte des constructions ou paysages avoisinants, le traitement minéral et végétal des voies et espaces publics et collectifs et les solutions retenues pour le stationnement des véhicules ; c) L'organisation et l'aménagement des accès au projet ; d) Le traitement des parties du terrain situées en limite du projet ; e) Les équipements à usage collectif et notamment ceux liés à la collecte des déchets ". La notice produite décrit l'état initial du terrain comme un ancien verger dont les arbres ont été arrachés et précise la création d'une voirie, sans modification particulière de l'état initial du terrain. Dans ces conditions, la notice n'avait pas à comporter plus d'information et notamment pas d'information quant à l'insertion des futures constructions dans l'environnement, cette information relevant du permis de construire. La circonstance que les arbres fruitiers aient été arrachés à la demande du pétitionnaire est strictement sans influence sur le caractère complet du dossier.
5. En troisième lieu, d'une part, le seul classement des parcelles en cause en zone constructible par la carte communale n'est pas de nature, au regard de la superficie totale de celle-ci, à remettre en cause le principe d'équilibre de l'article L. 121-1 du code de l'urbanisme, désormais codifié à l'article L. 101-2 de ce code.
6. D'autre part, le terrain d'assiette présente une surface de 1 710 m² et est situé en bordure d'une zone urbaine, certes éloignée du centre-bourg, mais dense. Le terrain en question ne relève par ailleurs pas du périmètre AOP et, même à supposer qu'il soit d'une bonne qualité pour les activités agricoles, le classement par la carte communale en zone constructible ne peut être regardé comme entaché d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la configuration du secteur. La circonstance que ce terrain ait été affecté à l'activité agricole jusqu'en 2016 ne s'opposait pas à son classement en zone constructible. A ce titre, en se bornant à faire référence aux modalités de détermination des zones constructibles par le rapport de présentation de la carte communale, les requérants n'établissent pas plus d'erreur manifeste d'appréciation ou d'incohérence dans le classement de la parcelle.
7. Enfin, se bornant à faire valoir que ce classement méconnaît les objectifs de lutte contre l'étalement urbain de la loi Grenelle II sans assortir ce moyen de plus de précision de droit, les requérants n'établissent pas plus que le classement opéré soit entaché d'erreur de droit.
8. En quatrième et dernier lieu, il ne peut être affirmé, au stade du permis d'aménager, que la réalisation de deux maisons individuelles sur le terrain d'assiette litigieux ne pourrait être autorisée sans méconnaître l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de la violation de cet article doit être écarté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :
9. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".
10. En l'espèce, la requête ne traduit pas un comportement abusif de la part des requérants qui sont voisins immédiats du projet. En conséquence, les conclusions de la société Immo Foncier présentées au titre de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
11. La commune de Crozes Hermitage n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à leur charge la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros à verser tant à la commune de Crozes Hermitage qu'à la société Immo Foncier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er :La requête de MM. E et D est rejetée.
Article 2 :Les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme par la société Immo Foncier sont rejetées.
Article 3 :MM. E et D verseront à la commune de Crozes Hermitage une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 :MM. E et D verseront à la société Immo Foncier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. A E, à M. C D, à la commune de Crozes Hermitage et à la société Immo foncier.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sogno, président,
Mme Bedelet, première conseillère,
Mme Holzem, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.
La rapporteure,
J. Holzem
Le président,
C. Sogno
Le greffier,
P. Muller
La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2004686
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026