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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004715

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004715

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004715
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET G. MOLLION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 août 2020 et le 15 septembre 2021, M. D E, Mme G E, M. B E et Mme C F, représentés par la société d'avocats CDMF Affaires publiques, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 2020-DEL-010 du 3 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'Habitat de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, ensemble le rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les consorts E soutiennent que :

- la requête est en tous points recevable ;

- une des communes membres n'ayant pas émis un avis favorable mais réservé sur le projet, le conseil communautaire aurait dû délibérer à nouveau dans les conditions fixées à l'article L. 153-15 du même code ;

- une nouvelle enquête publique aurait dû être diligentée en application de l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- il appartient à la communauté de communes d'établir que les conseillers communautaires ont été convoqués et informés du projet de plan local d'urbanisme intercommunal, de manière régulière ;

- le classement des parcelles B numéros 164, 165 et 167 en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une incohérence avec le PADD ; d'autres parcelles du même hameau ont été classées en zone urbaine alors qu'elles sont dépourvues de construction.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 juillet 2021 et le 8 octobre 2021, la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie, représentée par la société d'avocats Conseil affaires publiques, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 600 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2021, en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 mars 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme Akoun,

- les observations de Me Vincent, pour les consorts E,

- et les observations de Me Djeffal, pour la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 3 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H). Les consorts E sont propriétaires indivis des parcelles cadastrées à la section B n° 164, 165 et 167, situées chemin des Cordées, au lieu-dit " Le Biolley " à Vaulx, qui ont été classées en zone agricole.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'avis de la commune de Versonnex :

2. Aux termes de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'une des communes membres de l'établissement public de coopération intercommunale émet un avis défavorable sur les orientations d'aménagement et de programmation ou les dispositions du règlement qui la concernent directement, l'organe délibérant compétent de l'établissement public de coopération intercommunale délibère à nouveau. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 11 juillet 2019, le conseil municipal de Versonnex a formulé des observations en particulier sur trois orientations d'aménagement et de programmation (OAP) concernant directement le territoire communal. Ces observations sont de simples recommandations et ne peuvent pas être regardées comme matérialisant un avis défavorable de la commune de Versonnex au projet de PLUi-H tel qu'il a été arrêté le 3 juin 2019 par le conseil communautaire. Dans ces conditions, le projet de PLUi-H n'avait pas à être soumis à nouveau au conseil communautaire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 153-15 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne les modifications apportées après l'enquête publique :

4. L'article L.153-21 du code de l'urbanisme dispose que : " A l'issue de l'enquête, le plan local d'urbanisme, éventuellement modifié pour tenir compte des avis qui ont été joints au dossier, des observations du public et du rapport du commissaire ou de la commission d'enquête, est approuvé () ". Ces dispositions permettent à l'autorité compétente de modifier le plan local d'urbanisme après l'enquête publique, sous réserve, d'une part, que ne soit pas remise en cause l'économie générale du projet et, d'autre part, que cette modification procède de l'enquête, ces deux conditions découlant de la finalité même de la procédure de mise à l'enquête publique.

5. L'insertion dans le rapport de présentation d'un livret sur l'aptitude des sols qui n'a qu'une valeur informative, l'ajout d'une OAP thématique relative à la mise en place d'un schéma des liaisons douces à Rumilly, la suppression de trois OAP sectorielles à Rumilly et la transformation d'une OAP économique à Rumilly en OAP à vocation d'habitat, ne peuvent être regardées, eu égard à leur faible importance, comme ayant porté atteinte à l'économie générale du PLUi-H. Dans ces conditions, et alors il n'est pas contesté que ces modifications résultent de l'enquête publique, le moyen tiré de ce qu'une nouvelle enquête publique était requise avant l'adoption du PLUi-H doit être écarté.

En ce qui concerne la convocation et l'information des conseillers communautaires :

6. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce code : " () une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal (). Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs () ". Enfin aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

7. Il ressort des écritures des requérants que la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie leur a transmis, dans le cadre de l'instruction de leur recours gracieux, le dossier d'information complet adressé aux conseillers communautaires en vue de l'approbation du PLUi-H. Il ressort de la délibération attaquée, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que ce dossier a été communiqué aux conseillers communautaires le 28 janvier 2020, dans le délai de cinq jours mentionnés ci-dessus. Les requérants, qui se bornent à soutenir qu'il appartient au défenseur d'apporter la preuve de ces envois, n'apportent aucun commencement de preuve permettant de retenir que le dossier n'a pas été adressé aux conseillers communautaires dans les délais requis. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le classement des parcelles des requérants :

8. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

10. D'une part, les parcelles cadastrées à la section B n° 164 et n° 167 ont une surface respective d'environ 4 000 m² et 8 800 m². Elles forment un vaste tènement entrecoupé par le chemin des Cordées. Les parcelles sont dépourvues de toute construction. Sur la parcelle n° 165 de très faible contenance, située au Sud de la parcelle n° 164 le long du chemin des Cordées, est construite une imposante maison d'habitation. Les parcelles n° 164 et n° 167 sont à l'état de prairie et les requérants ne contestent pas que la parcelle n° 167, contigüe à une exploitation agricole, sert au pâturage des bovins. Les parcelles ne sont donc pas dépourvues de tout potentiel agronomique, biologique et économique. Elles sont d'ailleurs recensées dans la carte de synthèse du PLUi-H comme présentant un enjeu agricole fort. Ces parcelles se situent en limite Nord du hameau du Biolley et sont entourées au Sud-Ouest, à l'Ouest, au Nord et à l'Est, par une vaste zone agricole. Seule la partie Sud de la parcelle n° 167 borde la zone UC1 " Lisières des pôles urbains ", ce qui n'est pas suffisant pour caractériser les parcelles de " dent creuse ". De même, la seule présence de la maison d'habitation sur la parcelle n° 165 ne saurait conférer à l'ensemble du tènement une vocation urbaine. La circonstance qu'elles soient planes et desservies par les réseaux ne fait pas obstacle à leur classement en zone agricole.

11. D'autre part, les auteurs du PLUi-H Rumilly Terre de Savoie ont choisi de densifier la partie Sud du hameau du fait de la présence, dans la partie Nord du hameau, de deux exploitations agricoles, dont celle voisine du tènement des requérants, qui présente un caractère pérenne. Ce parti pris d'urbanisme est cohérent avec le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) dont l'une des orientations (Axe 1.3) tend à " protéger les conditions d'exploitation des terres agricoles ", ce qui implique d'" améliorer les relations avec le voisinage ", de " ne pas enclaver les parcelles (agricoles) " et d' " éviter un rapprochement de l'urbanisation à moins de 100 m des sites d'exploitation agricole ", ce qui est le cas du tènement des requérants. Le classement des parcelles en zone agricole est donc cohérent avec le PADD. En outre, les requérants n'établissent pas que ce classement serait incompatible avec les orientations du schéma de cohérence territoriale de l'Albanais dont ils ne font aucune analyse au niveau intercommunal. Enfin, si les parcelles n° 164 et n° 165 étaient précédemment classées en zone urbaine, les requérants ne détiennent aucun droit acquis au maintien d'un tel classement, le plan local d'urbanisme intercommunal répondant à un autre parti d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de ce que le classement serait incohérent avec le PADD.

En ce qui concerne le classement d'autres parcelles dans le hameau du Biolley :

12. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Si des parcelles situées au Sud du hameau du Biolley ont été classées en zone urbaine alors qu'elles sont dépourvues de toute construction, cette circonstance est inopérante sur le classement du ténement des requérants dès lors que ce classement répond à un intérêt urbanistique, comme il vient d'être dit.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre la délibération attaquée doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il en va de même des conclusions dirigées contre le rejet implicite du recours gracieux.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Les conclusions présentées par les requérants, partie perdante, sont rejetées, en application de l'article L 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La requête des consorts E est rejetée.

Article 2 :Les conclusions présentées par la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. D E, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et à la communauté de communes Rumilly Terre de Savoie.

Délibéré après l'audience du 25 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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