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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004740

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004740

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAUMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 août 2020, Mme E B et autres, représentés par Me Laumet, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 40/2020 du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Usses et Rhône la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les consorts B soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- la délibération prescrivant l'élaboration du PLUi méconnait les dispositions des articles R. 153-20 et R. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- les modalités de la concertation avec le public, notamment la phase d'élaboration du projet, n'ont pas été suffisantes ;

- la région Auvergne-Rhône-Alpes et l'autorité organisatrice des transports n'ont pas été consultées ;

- le dossier de l'enquête publique ne comportait pas l'avis des personnes publiques associées, ce qui méconnait les dispositions de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme et est de nature à vicier la procédure ;

- l'avis et le rapport du commissaire enquêteur ne répondent pas aux dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement, ce qui a influencé le vote des conseillers communautaires et a privé le public d'une garantie ;

- les dispositions des articles L. 5211-1, L. 2121-10 et L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales n'ont pas été respectées ;

- le règlement graphique est incompatible avec le SCoT Usses et Rhône quant à la répartition de la population de chaque commune et à son évolution jusqu'à 2031 ; la commune de Frangy a été défavorisée ; il est incohérent avec le PADD ;

- en identifiant une partie de leurs parcelles et de leur maison d'habitation au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont fait une inexacte application de la loi ;

- le classement des parcelles C numéros 2741, 2750, 2752 et 2755 en zone urbaine est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elles présentent toutes les caractéristiques d'une zone naturelle à préserver ;

- la délibération attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir ;

- aucune des illégalités invoquées n'est susceptible d'être régularisée par application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mai 2021, la communauté de communes Usses et Rhône, représentée par Me Winckel conclut au rejet de la requête, demande de faire application le cas échéant de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2021 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Le 27 mai 2024, le tribunal a demandé à la communauté de communes Usses et Rhône de lui transmettre le règlement graphique de la commune de Frangy, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Le 27 mai 2024, le tribunal a demandé aux requérants de lui transmettre un titre de propriété pour les parcelles cadastrées à la section C n° 598 et n° 2041, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Le 28 mai 2024, la communauté de communes Usses et Rhône a transmis la pièce demandée, communiquée le même jour aux requérants.

Le 29 mai 2024, les requérants ont transmis au tribunal la pièce demandée, communiquée le 30 mai 2024 à la communauté de communes Usses et Rhône.

Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 juin 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme A,

- les observations de Me Laumet, pour les consorts B,

- et les observations de Me Winckel, pour la communauté de communes Usses et Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 25 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses. Les consorts B sont les propriétaires indivis des parcelles voisines cadastrées C n° 598, n° 2041 et n° 2044, situées 5 place de l'Eglise à Frangy et qui ont été classées en zone UHc3. Leur maison d'habitation a été identifiée comme un bâtiment patrimonial à préserver et les parcelles n° 598 et n° 2041 ont été incluses dans le " secteur soumis à orientation d'aménagement et de programmation " au sens de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal :

2. Aux termes de l'article R.153-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : () 1° La délibération qui prescrit l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ".

3. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal n'aurait pas fait l'objet des formalités de publication prévues à l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la concertation avec le public :

4. L'article L. 103-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° Les procédures suivantes : a) L'élaboration et la révision du () plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 103-3 de ce code : " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () 3° L'organe délibérant () de l'établissement public () ". Aux termes de l'article L. 103-4 du même code : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. ". Enfin, l'article L. 600-11 de ce code prévoit que : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. La concertation prévue par les dispositions précitées doit se dérouler avant que le projet ne soit arrêté dans sa nature et ses options essentielles et que ne soit prise la décision arrêtant définitivement le projet.

6. La délibération du 14 décembre 2015 du conseil communautaire a prévu, au titre de la concertation avec le public qu'au moins une réunion publique d'informations et de débats sera organisée entre la prescription et l'arrêt du projet, lors de chacune des étapes clés de la procédure : la phase de lancement, la phase de réalisation du diagnostic et la phase d'élaboration du projet d'aménagement et de développement durables (PADD). Il ressort du bilan de la concertation que pour cette dernière phase, deux réunions publiques se sont tenues les 6 et 15 mai 2019 à Frangy et Contamine-Sarzin lors de l'élaboration du PADD et sa traduction réglementaire. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose une durée minimum entre ces deux phases et, d'autre part, les prescriptions de la délibération du 14 décembre 2015 ont été respectées. En tout état de cause, les requérants n'établissent pas en quoi ce délai n'aurait pas permis de prendre en compte les éventuelles observations du public pour arrêter le projet de plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la concertation doit être écarté.

En ce qui concerne l'avis de certaines personnes publiques associées :

7. Aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis : 1° Aux personnes publiques associées à son élaboration, mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 ; () ". Selon l'article L. 132-7 de ce code : " L'Etat, les régions, les départements, les autorités organisatrices prévues à l'article L. 1231-1 du code des transports, () sont associés à l'élaboration des schémas de cohérence territoriale et des plans locaux d'urbanisme dans les conditions définies aux titres IV et V. (). ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la région Auvergne-Rhône-Alpes a été consultée le 9 juillet 2019 sur le projet de plan local d'urbanisme tel qu'arrêté par la délibération du conseil communautaire du 11 juin 2019. Les requérants ne contestent pas que la région Auvergne-Rhône-Alpes a également été consultée en sa qualité d'autorité organisatrice des transports. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le dossier, le rapport et les conclusions de l'enquête publique :

9. En premier lieu, aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique () comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. () ", et aux termes de l'article R. 153-4 de ce code : " Les personnes consultées en application des articles L. 153-16 et L. 153-17 donnent un avis dans les limites de leurs compétences propres, au plus tard trois mois après transmission du projet de plan. / A défaut de réponse dans ce délai, ces avis sont réputés favorables. ".

10. Le rapport du commissaire enquêteur comprend au sein de la partie intitulée " Examen des observations et avis recueillis, avis des personnes publiques associées ", en pages 8 et 9, un exposé synthétique et suffisant des avis des personnes publiques associées, qu'il a ensuite analysés. Les requérants ne le contestent pas sérieusement alors que la communauté de communes Usses et Rhône a versé au dossier les avis des personnes publiques associées, tels que recueillis avant l'ouverture de l'enquête publique qui s'est déroulée du 12 novembre au 13 décembre 2019. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier d'enquête publique était incomplet en méconnaissance des dispositions de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme.

11. En second lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ". En application de ces dispositions, le commissaire enquêteur, qui n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées au cours de l'enquête publique, doit donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens.

12. D'une part, dans ses conclusions rendues le 13 janvier 2020 sous forme distincte du rapport, le commissaire enquêteur a présenté des conclusions personnelles sur le projet, en faisant état des contraintes auxquelles étaient soumis les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal. Le commissaire enquêteur a estimé que le projet répondait à ces objectifs et a donné un avis favorable. Par suite, il a remis des conclusions personnelles et motivées.

13. D'autre part, le commissaire enquêteur a formulé des observations dans son rapport sur les réserves émises par les communes membres dans leurs délibérations lors de la phase de collaboration et sur la réponse apportée par la communauté de communautés Usses et Rhône. La circonstance que le commissaire enquêteur a donné dans son rapport, son avis sur les réserves émises par les communes membres et sur la réponse apportée par le maître d'ouvrage, dont la réduction des densités dans les centres et la réduction de logements à caractère social, n'obligeait pas le commissaire enquêteur à formuler un avis défavorable dans ses conclusions ou, du moins, à émettre une réserve s'il ne l'estimait pas opportun. Ses conclusions ne sont donc pas entachées d'une méconnaissance des dispositions précitées.

14. Enfin, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport du commissaire enquêteur qu'il comporte une synthèse des 203 observations du public auxquelles il a apporté une réponse individualisée à chacune. Les dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement n'interdisent pas au commissaire enquêteur d'adjoindre à ce rapport des annexes dans lesquelles il s'est borné à reprendre et à annoter les observations du public, de manière concordante avec le rapport. Dans ces conditions, la présence d'annexes n'a pas nui à l'information du public et des élus et ne les a privés d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne la convocation et l'information des conseillers communautaires :

15. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce code : " () une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal (). Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs () ". Enfin aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

16. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil communautaire ont été destinataires de courriels de convocation adressés les 18 février et 20 février 2020 pour la réunion le 25 février suivant. Ces envois comportaient en pièce jointe, la note de synthèse, et des liens d'où étaient téléchargeables le dossier du plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses et ses annexes. Ils ont également été destinataires d'une convocation qui leur a été adressée avec avis de réception, à laquelle était joint un ordre du jour. Dans ces conditions, les conseillers communautaires ont disposé d'une information suffisante, dans le délai réglementaire, pour délibérer sur l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la convocation doit être écarté.

17. En second lieu, si les requérants soutiennent que les conseillers communautaires ont disposé d'un délai trop bref pour délibérer valablement sur l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses, il ne ressort toutefois d'aucune pièce au dossier que les conseillers communautaires auraient exprimé une réserve quant à la durée de la séance consacrée à ce point de l'ordre du jour, alors que la délibération a été adoptée à l'unanimité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

En ce qui concerne la compatibilité avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) Usses et Rhône :

18. Aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec :1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".

19. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un SCoT, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

20. Il ressort des pièces du dossier et notamment du PADD du SCoT Usses et Rhône qu'il définit parmi ses objectifs celui de construire une armature territoriale conciliant un développement adapté des communes et le bon fonctionnement global du territoire intercommunal (objectif 1.1a). Il répartit les communes selon trois niveaux principaux de hiérarchie urbaine, différenciés par pôles de vie et/ou d'activités, en l'occurrence 1° : un pôle centre de vie reconnu, 2° : des pôles complémentaires constitués des communes de +/- 1 000 habitants et 3° : des pôles ruraux de proximité constitués des communes de +/- 500 habitants. Pour le territoire du Val des Usses qui comporte 8 communes, Frangy est le pôle centre, Chilly, Marlioz et Minzier sont les pôles complémentaires et Chaumont, Musièges, Chavannaz et Contamine-Sarzin sont les pôles de proximité. Le document d'orientation et d'objectifs du SCoT prévoit que le territoire du Val des Usses devrait accueillir 1 050 logements à l'horizon 2031. Le document d'orientation et d'objectifs précise également que " La répartition de ces logements entre les communes de chaque secteur sera déterminée par les PLUi, dans le respect de l'armature territoriale définie par le PADD (objectif 1.1a) et du maillage recherché de ses différentes polarités ".

21. Il ressort des pièces du dossier que sur la période 2018-2031, la commune de Frangy, qui compte 2095 habitants, accueille 300 logements supplémentaires sur les 1050 logements à construire. Les communes complémentaires Chilly, Marlioz et Minzier, respectivement peuplées de 1436 habitants, 989 habitants et 1017 habitants, devront accueillir 205, 140 et 145 logements supplémentaires (soit 490 des 1050 logements), et les communes de proximité Chaumont, Chavannaz, Contamine-Sarzin et Musièges, respectivement peuplées de 453 habitants, 237 habitants, 762 habitants et 416 habitants, devront accueillir 60, 30, 110 et 60 logements supplémentaires (soit 260 des 1050 logements). Cette répartition des logements sur les trois types de polarités n'est pas incompatible avec les objectifs fixés par le SCoT, lequel n'interdit pas que cette répartition corresponde à l'évolution naturelle de la démographie de chaque commune. En outre, si la commune de Contamine-Sarzin devra accueillir 10,48 % des logements à créer alors qu'elle est un simple pôle de proximité, cette seule circonstance n'est pas de nature à rendre le plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses incompatible avec le SCoT Usses et Rhône, cette situation s'expliquant par son poids démographique relativement important parmi les pôles de proximité. Dans ces conditions, le moyen de l'incompatibilité de la répartition des logements avec cet objectif du SCoT doit être écarté.

En ce qui concerne la cohérence entre le règlement graphique et le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal :

22. L'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dispose que : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales () permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 - L. 101-3. ".

23. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

24. Ainsi qu'il a été déjà dit au point 21, le plan local d'urbanisme intercommunal n'est pas incompatible avec le SCoT Usses et Rhône. Dans ces circonstances, le moyen selon lequel le règlement écrit et le règlement graphique méconnaîtraient le PADD pour prévoir de manière insuffisante des zones urbaines afin de densifier davantage le pôle principal qu'est Frangy, ne peut être qu'écarté. Il en va de même à l'égard de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 29 initialement prévue dans le secteur du Clos du château à Marlioz et portant sur 10 logements qui a été supprimée à la demande de certaines personnes publiques associées.

En ce qui concerne la mesure de protection de la maison d'habitation au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme :

25. Aux termes de l'article L. 151-19 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. ().".

26. Il ressort des pièces au dossier et notamment des photographies versées au dossier que la maison d'habitation des requérants constitue une maison de maître avec cour pavée, de type haut-savoyard, qui présente un réel intérêt architectural et historique. Ces caractéristiques justifient à elles seules une identification au sens de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme au règlement graphique du plan local d'urbanisme intercommunal dont l'objet est, non d'empêcher sa rénovation, mais de " préserver ses éléments architecturaux essentiels et d'interdire les extensions " pouvant nuire à la qualité des constructions, selon le rapport de présentation. La circonstance que cette bâtisse n'était précédemment pas identifiée comme telle dans le plan local d'urbanisme communal est sans incidence sur son identification actuelle. Il en va de même de la circonstance selon laquelle d'autres bâtiments à Frangy mériteraient ou auraient mérité, selon les requérants, de faire l'objet d'une telle protection. Il résulte de ce qui précède que c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la maison d'habitation des requérants a fait l'objet d'une identification au titre des dispositions de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme.

En ce qui concerne la mesure de protection du jardin au titre de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme :

27. Aux termes de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme, dans sa version en vigueur : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements et, en zone de montagne, sur les unités touristiques nouvelles. () ". Aux termes de l'article L. 151-7 de ce code, dans sa version en vigueur : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement, notamment les continuités écologiques, les paysages, les entrées de villes et le patrimoine () ".

28. Il ressort du règlement graphique de Frangy que les parcelles n° 598 et n° 2041, qui constituent un jardin d'agrément attenant à la maison d'habitation, ont été identifiées comme relevant d'un secteur soumis à orientation d'aménagement et de programmation.

29. Il ressort des pièces au dossier et notamment des photographies versées au dossier par les requérants eux-mêmes que le parc qui se situe à l'arrière de leur maison d'habitation, présente les caractéristiques d'un espace à mettre en valeur, notamment une allée ancienne de charmilles qui se situe en contre-bas de la parcelle et une fontaine ancienne construite sur la surface engazonnée située dans le prolongement de la construction. Le parc et la maison d'habitation forment un ensemble non dissociable justifiant la préservation et la mise en valeur de l'ensemble. En outre, la sauvegarde des boisements répond aux orientations du PADD qui promeut de conserver des coupures d'urbanisation. La circonstance que ceux-ci auraient pu être classés comme des espaces classés boisés au titre des dispositions de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme est sans incidence sur la légalité de la délibération attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

En ce qui concerne le détournement de pouvoir :

30. Les mesures instituées au titre de l'article L. 151-19 et de l'article L. 151-6 du code de l'urbanisme des biens des consorts B répondant à des considérations urbanistiques, comme il vient d'être dit, la délibération attaquée n'est pas entachée d'un détournement de pouvoir.

En ce qui concerne le classement des parcelles cadastrées à la section C numéros 2741, 2750, 2752 et 2755 :

31. Aux termes de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles () ".

32. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

33. Contrairement aux allégations des requérants, il ressort du règlement graphique de Frangy que les parcelles litigieuses bordant les Usses ont été classées en zone naturelle et ont été inscrites au titre du réservoir de la biodiversité. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal se sont mépris en classant ces espaces en zone urbaine doit être écarté.

Sur les frais liés à l'instance :

34. Dans les circonstances de l'espèce, il est mis à la charge des consorts B la somme de 1 500 euros à verser à la communauté de communes Usses et Rhône en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, celles-ci font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions que présentent les consorts B, partie perdante dans la présente instance, à l'encontre de la communauté de communes Usses et Rhône.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 :Les consorts B verseront la somme de 1 500 euros à la communauté de communes Usses et Rhône, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le surplus des conclusions de la communauté de communes Usses et Rhône est rejeté.

Article 4 :Le présent jugement sera notifié à M. D B en application de l'article R. 751-3 du code de l'urbanisme, et à la communauté de communes Usses et Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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