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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004752

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004752

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004752
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAUMET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 août 2020 et le 14 juillet 2021, M. et Mme C, représentés par Me Laumet, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 40/2020 du 25 février 2020 par laquelle le conseil communautaire a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Usses et Rhône la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme C soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- la délibération prescrivant l'élaboration du PLUi méconnait les dispositions des articles R. 153-20 et R. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- les modalités de la concertation avec le public, notamment la phase d'élaboration du projet, n'ont pas été suffisantes ;

- la région Auvergne-Rhône-Alpes et l'autorité organisatrice des transports n'ont pas été consultées ;

- le dossier de l'enquête publique ne comportait pas l'avis des personnes publiques associées, ce qui méconnait les dispositions de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme et est de nature à vicier la procédure ;

- l'avis et le rapport du commissaire enquêteur ne répondent pas aux dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement, ce qui a influencé le vote des conseillers communautaires et a privé le public d'une garantie ;

- les dispositions des articles L. 5211-1, L. 2121-10 et L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales n'ont pas été respectées ;

- le règlement graphique est incompatible avec le SCoT Usses et Rhône quant à la répartition de la population de chaque commune et à son évolution jusqu'à 2031 ; la commune de Marlioz a été défavorisée ; le document graphique est incohérent avec le PADD ;

- l'intégration de leur parcelle n° 1999 dans l'OAP patrimoniale du secteur du château de Marlioz est injustifiée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, tout comme le retrait non justifié des parcelles voisines (n° 2000 et n° 2003) du périmètre de l'OAP en cours d'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal ;

- le règlement écrit de la zone UH permettant la possibilité de construire une annexe non accolée à un bâtiment principal dans la zone protégée au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme est insuffisamment intelligible pour être appliqué ; il est par conséquent illégal ;

- le classement de la parcelle OA n ° 2001 en zone agricole est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de fait ; elle présente toutes les caractéristiques d'une zone constructible ;

- aucune des illégalités invoquées n'est susceptible d'être régularisée par application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 7 mai 2021 et le 6 décembre 2021, la communauté de communes Usses et Rhône, représentée par Me Winckel conclut au rejet de la requête, demande de faire application le cas échéant de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme et que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La communauté de communes Usses et Rhône fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 décembre 2022 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu la délibération attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 juin 2024 :

- le rapport de Mme Letellier,

- les conclusions de Mme A,

- les observations de Me Laumet, pour M. et Mme C,

- et les observations de Me Winckel, pour la communauté de communes Usses et Rhône.

Une note en délibéré, présentée pour M. et Mme C, a été enregistrée le 13 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par délibération du 25 février 2020, le conseil communautaire de la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses. M. et Mme C sont les propriétaires des parcelles voisines cadastrées à la section OA n° 1999 et n° 2001, situées 304 route de l'Eglise à Marlioz. La parcelle n° 2001 a été classée en zone agricole et, pour sa partie Sud, identifiée en espaces paysagers structurants par la délibération du 25 février 2020, tandis que la parcelle n° 1999 sur laquelle se situe leur maison d'habitation, a été classée en zone UH1 et intégrée dans une OAP patrimoniale.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne les mesures de publicité de la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal :

2. Aux termes de l'article R.153-20 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable : " Font l'objet des mesures de publicité et d'information prévues à l'article R. 153-21 : () 1° La délibération qui prescrit l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article R. 153-21 du même code : " Tout acte mentionné à l'article R. 153-20 est affiché pendant un mois au siège de l'établissement de coopération intercommunale compétent et dans les mairies des communes membres concernées, ou en mairie. Mention de cet affichage est insérée en caractères apparents dans un journal diffusé dans le département. () L'arrêté ou la délibération produit ses effets juridiques dès l'exécution de l'ensemble des formalités prévues ci-dessus, la date à prendre en compte pour l'affichage étant celle du premier jour où il est effectué ".

3. Eu égard à l'objet et à la portée de la délibération prescrivant l'élaboration ou la révision du plan local d'urbanisme et définissant les modalités de la concertation, l'accomplissement des formalités de publicité conditionnant son entrée en vigueur ne peut être utilement contesté à l'appui du recours pour excès de pouvoir formé contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de ce que la délibération prescrivant l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal n'aurait pas fait l'objet des formalités de publication prévues à l'article L. 153-21 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la mise en œuvre de la concertation avec le public :

4. L'article L. 103-2 du code de l'urbanisme dispose que : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° Les procédures suivantes : a) L'élaboration et la révision du () plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 103-3 de ce code : " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par : () 3° L'organe délibérant () de l'établissement public () ". Aux termes de l'article L. 103-4 du même code : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. ". Enfin, l'article L. 600-11 de ce code prévoit que : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'adoption ou la révision du plan local d'urbanisme doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. La concertation prévue par les dispositions précitées doit se dérouler avant que le projet ne soit arrêté dans sa nature et ses options essentielles et que ne soit prise la décision arrêtant définitivement le projet.

6. La délibération du 14 décembre 2015 du conseil communautaire a prévu, au titre de la concertation avec le public qu'au moins une réunion publique d'informations et de débats sera organisée entre la prescription et l'arrêt du projet, lors de chacune des étapes clés de la procédure : la phase de lancement, la phase de réalisation du diagnostic et la phase d'élaboration du PADD. Il ressort du bilan de la concertation que pour cette dernière phase, deux réunions publiques se sont tenues les 6 et 15 mai 2019 à Frangy et Contamine-Sarzin lors de l'élaboration du PADD et sa traduction réglementaire. D'une part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose une durée minimum entre ces deux phases et, d'autre part, les prescriptions de la délibération du 14 décembre 2015 ont été respectées. En tout état de cause, les requérants n'établissent pas en quoi ce délai n'aurait pas permis de prendre en compte les éventuelles observations du public pour arrêter le projet de plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la concertation doit être écarté.

En ce qui concerne l'avis de certaines personnes publiques associées :

7. Aux termes de l'article L. 153-16 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan arrêté est soumis pour avis : 1° Aux personnes publiques associées à son élaboration, mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 ; () ". Selon l'article L. 132-7 de ce code : " L'Etat, les régions, les départements, les autorités organisatrices prévues à l'article L. 1231-1 du code des transports, () sont associés à l'élaboration des schémas de cohérence territoriale et des plans locaux d'urbanisme dans les conditions définies aux titres IV et V. (). ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la région Auvergne-Rhône-Alpes a été consultée le 9 juillet 2019 sur le projet de plan local d'urbanisme tel qu'arrêté par la délibération du conseil communautaire du 11 juin 2019. Les requérants ne contestent pas que la région Auvergne-Rhône-Alpes a également été consultée en sa qualité d'autorité organisatrice des transports. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le dossier, le rapport et les conclusions de l'enquête publique :

9. En premier lieu, aux termes de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme : " Le dossier soumis à l'enquête publique () comprend, en annexe, les différents avis recueillis dans le cadre de la procédure. () ", et aux termes de l'article R. 153-4 de ce code : " Les personnes consultées en application des articles L. 153-16 et L. 153-17 donnent un avis dans les limites de leurs compétences propres, au plus tard trois mois après transmission du projet de plan. / A défaut de réponse dans ce délai, ces avis sont réputés favorables. ".

10. Le rapport du commissaire enquêteur comprend au sein de la partie intitulée " Examen des observations et avis recueillis, avis des personnes publiques associées ", en pages 8 et 9, un exposé synthétique et suffisant des avis des personnes publiques associées, qu'il a ensuite analysés. Les requérants ne le contestent pas sérieusement alors que la communauté de communes Usses et Rhône a versé au dossier les avis des personnes publiques associées, tels que recueillis avant l'ouverture de l'enquête publique qui s'est déroulée du 12 novembre au 13 décembre 2019. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier d'enquête publique était incomplet en méconnaissance des dispositions de l'article R. 153-8 du code de l'urbanisme.

11. En second lieu, aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête établit un rapport qui relate le déroulement de l'enquête et examine les observations recueillies. / Le rapport comporte le rappel de l'objet du projet, plan ou programme, la liste de l'ensemble des pièces figurant dans le dossier d'enquête, une synthèse des observations du public, une analyse des propositions produites durant l'enquête et, le cas échéant, les observations du responsable du projet, plan ou programme en réponse aux observations du public. / Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ". En application de ces dispositions, le commissaire enquêteur, qui n'est pas tenu de répondre à chacune des observations présentées au cours de l'enquête publique, doit donner son avis personnel en précisant s'il est ou non favorable et indiquer au moins sommairement, les raisons qui en déterminent le sens.

12. D'une part, dans ses conclusions rendues le 13 janvier 2020 sous forme distincte du rapport, le commissaire enquêteur a présenté des conclusions personnelles sur le projet, en faisant état des contraintes auxquelles étaient soumis les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal. Le commissaire enquêteur a estimé que le projet répondait à ces objectifs et a donné un avis favorable. Par suite, il a remis des conclusions personnelles et motivées.

13. D'autre part, le commissaire enquêteur a formulé des observations dans son rapport sur les réserves émises par les communes membres dans leurs délibérations lors de la phase de collaboration et sur la réponse apportée par la communauté de communautés Usses et Rhône. La circonstance que le commissaire enquêteur a donné dans son rapport, son avis sur les réserves émises par les communes membres et sur la réponse apportée par le maître d'ouvrage, dont la réduction des densités dans les centres et la réduction de logements à caractère social, n'obligeait pas le commissaire enquêteur à formuler un avis défavorable dans ses conclusions ou, du moins, à émettre une réserve s'il ne l'estimait pas opportun. Ses conclusions ne sont donc pas entachées d'une méconnaissance des dispositions précitées.

14. Enfin, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport du commissaire enquêteur qu'il comporte une synthèse des 203 observations du public auxquelles il a apporté une réponse individualisée à chacune. Les dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement n'interdisent pas au commissaire enquêteur d'adjoindre à ce rapport des annexes dans lesquelles il s'est borné à reprendre et à annoter les observations du public, de manière concordante avec le rapport. Dans ces conditions, la présence d'annexes n'a pas nui à l'information du public et des élus et ne les a privés d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement doit être écarté.

En ce qui concerne la convocation et l'information des conseillers communautaires :

15. Aux termes de l'article L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre () ". Aux termes de l'article L. 2121-12 de ce code : " () une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal (). Le délai de convocation est fixé à cinq jours francs () ". Enfin aux termes de l'article L. 2121-13 du même code : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

16. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que les membres du conseil communautaire ont été destinataires de courriels de convocation adressés les 18 février et 20 février 2020 pour la réunion le 25 février suivant. Ces envois comportaient en pièce jointe, la note de synthèse, et des liens d'où étaient téléchargeables le dossier du plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses et ses annexes. Ils ont également été destinataires d'une convocation qui leur a été adressée avec avis de réception, à laquelle était joint un ordre du jour. Dans ces conditions, les conseillers communautaires ont disposé d'une information suffisante, dans le délai réglementaire, pour délibérer sur l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la convocation doit être écarté.

17. En second lieu, si les requérants soutiennent que les conseillers communautaires ont disposé d'un délai trop bref pour délibérer valablement sur l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses, il ne ressort toutefois d'aucune pièce au dossier que les conseillers communautaires auraient exprimé une réserve quant à la durée de la séance consacrée à ce point de l'ordre du jour, alors que la délibération a été adoptée à l'unanimité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

En ce qui concerne la compatibilité avec le schéma de cohérence territoriale (SCoT) Usses et Rhône :

18. Aux termes de l'article L. 131-4 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction applicable : " Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec :1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 () ".

19. Pour apprécier la compatibilité d'un plan local d'urbanisme avec un SCoT, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle de l'ensemble du territoire couvert en prenant en compte l'ensemble des prescriptions du document supérieur, si le plan ne contrarie pas les objectifs qu'impose le schéma, compte tenu des orientations adoptées et de leur degré de précision, sans rechercher l'adéquation du plan à chaque disposition ou objectif particulier.

20. Il ressort des pièces du dossier et notamment du projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du SCoT Usses et Rhône qu'il définit parmi ses objectifs celui de construire une armature territoriale conciliant un développement adapté des communes et le bon fonctionnement global du territoire intercommunal (objectif 1.1a). Il répartit les communes selon trois niveaux principaux de hiérarchie urbaine, différenciés par pôles de vie et/ou d'activités, en l'occurrence 1° : un pôle centre de vie reconnu, 2° : des pôles complémentaires constitués des communes de +/- 1 000 habitants et 3° : des pôles ruraux de proximité constitués des communes de +/- 500 habitants. Pour le territoire du Val des Usses qui comporte 8 communes, Frangy est le pôle centre, Chilly, Marlioz et Minzier sont les pôles complémentaires et Chaumont, Musièges, Chavannaz et Contamine-Sarzin sont les pôles de proximité. Le document d'orientation et d'objectifs du SCoT prévoit que le territoire du Val des Usses devrait accueillir 1 050 logements à l'horizon 2031. Le document d'orientation et d'objectifs précise également que " La répartition de ces logements entre les communes de chaque secteur sera déterminée par les PLUi, dans le respect de l'armature territoriale définie par le PADD (objectif 1.1a) et du maillage recherché de ses différentes polarités ".

21. Il ressort des pièces du dossier que sur la période 2018-2031, la commune de Frangy, qui compte 2095 habitants, accueille 300 logements supplémentaires sur les 1050 logements à construire. Les communes complémentaires Chilly, Marlioz et Minzier, respectivement peuplées de 1436 habitants, 989 habitants et 1017 habitants, devront accueillir 205, 140 et 145 logements supplémentaires (soit 490 des 1050 logements), et les communes de proximité Chaumont, Chavannaz, Contamine-Sarzin et Musièges, respectivement peuplées de 453 habitants, 237 habitants, 762 habitants et 416 habitants, devront accueillir 60, 30, 110 et 60 logements supplémentaires (soit 260 des 1050 logements). Cette répartition des logements sur les trois types de polarités n'est pas incompatible avec les objectifs fixés par le SCoT, lequel n'interdit pas que cette répartition corresponde à l'évolution naturelle de la démographie de chaque commune. En outre, si la commune de Contamine-Sarzin devra accueillir 10,48 % des logements à créer alors qu'elle est un simple pôle de proximité, cette seule circonstance n'est pas de nature à rendre le plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses incompatible avec le SCoT Usses et Rhône, cette situation s'expliquant par son poids démographique relativement important parmi les pôles de proximité. Dans ces conditions, le moyen de l'incompatibilité de la répartition des logements avec cet objectif du SCoT doit être écarté.

En ce qui concerne la cohérence entre le règlement graphique et le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme intercommunal :

22. L'article L. 151-8 du code de l'urbanisme dispose que : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales () permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 - L. 101-3. ".

23. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

24. Ainsi qu'il a été dit au point 21, le plan local d'urbanisme intercommunal n'est pas incompatible avec le SCoT Usses et Rhône. Dans ces circonstances, le moyen selon lequel le règlement écrit et le règlement graphique méconnaîtraient le PADD pour prévoir de manière insuffisante des zones urbaines dans les pôles complémentaires, dont la commune de Marlioz où une de leurs parcelles a été classée en zone agricole, ne peut être qu'écarté. Il en va de même à l'égard de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) n° 29 initialement prévue dans le secteur du Clos du château à Marlioz et portant sur 10 logements qui a été supprimée à la demande de certaines personnes publiques associées.

En ce qui concerne l'OAP patrimoniale du château de Marlioz :

25. Aux termes de l'article L. 151-7 du code de l'urbanisme : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : 1° Définir les actions et opérations nécessaires pour mettre en valeur l'environnement notamment () le patrimoine () ". Aux termes de l'article L. 151-19 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration. ().".

26. Il ressort du règlement graphique de Marlioz qu'une OAP patrimoniale a été instituée dans le secteur du château de Marlioz, lui-même identifié comme " bâtiment patrimonial à préserver " et incluant l'Eglise Saint-Aubin, également identifiée comme telle.

27. En premier lieu, la parcelle OA n° 1999 appartenant aux requérants et sur laquelle est édifiée leur maison d'habitation a été intégrée dans le périmètre de l'OAP patrimoniale. Elle se situe à proximité des deux bâtiments patrimoniaux à préserver. Il ressort des pièces du dossiers et notamment des photographies que la maison d'habitation est située en co-visibilité depuis la route de l'Eglise tant de l'Eglise que du château de Marlioz. Ainsi, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que la parcelle des requérants a été intégrée dans le périmètre de l'OAP patrimoniale.

28. En second lieu, les parcelles OA n° 2000 et n° 2003, appartenant à Mme B, sur l'une desquelles sa maison d'habitation est construite (n° 2000), ont été retirées du périmètre de l'OAP patrimoniale au cours de l'élaboration du plan local d'urbanisme intercommunal. Ces parcelles sont classées en zone urbaine (UH1). Si la communauté de communes fait valoir en défense que ces parcelles sont éloignées de l'Eglise et qu'elles sont séparées du château de Marlioz par une haie épaisse, il ressort des pièces du dossier et des photographies que la maison d'habitation est voisine de la parcelle n° 1999 également construite, qu'elle jouxte le château, que les 3 maisons qui entourent immédiatement le château sont dans le périmètre de l'OAP, à l'exception de celle construite sur la parcelle OA n° 2000 et que, depuis la route du chef-lieu qui se situe en contre-bas du château, la construction de Mme B se situe en co-visibilité directe avec le château de Marlioz, quand bien même une haie sépare les deux parcelles. Dans ces conditions, en choisissant de ne pas inclure les parcelles OA n° 2000 et n° 2003 dans le périmètre de l'OAP patrimoniale du secteur du château de Marlioz, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont entaché la délibération attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de certaines dispositions du règlement écrit de la zone UH du plan local d'urbanisme :

29. Aux termes du point 1.2 du règlement écrit de la zone UH du plan local d'urbanisme communal : " Au titre des constructions et utilisations qui nécessitent une autorisation d'urbanisme, les suivantes ne seront autorisées que sous conditions : () Pour les constructions repérées ou situées au sein des périmètres bâtis d'intérêt patrimonial ou architectural : () - Les annexes non accolées sont autorisées, sous réserve d'un dialogue avec le bâtiment principal et aux conditions suivantes : - les annexes sont limitées à 2 maximum ; - d'une surface cumulée totale de 50 m² d'emprise au sol ; - les annexes non soumises à autorisation d'urbanisme sont exclues de ces dispositions () ".

30. En se bornant à soutenir que ces dispositions " fournissent une réglementation imprécise et sujette à interprétation variable qui laisse un trop large pouvoir d'appréciation aux communes ", les requérants n'assortissent pas leur moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne le classement de la parcelle OA n° 2001 :

31. Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".

32. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer, en conséquence, le zonage et les possibilités de construction. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs du plan ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait fondée sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte. Ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée.

33. Il ressort du règlement graphique que la parcelle cadastrée à la section OA n° 2001, d'une surface de 2 979 m², a été intégralement classée en zone agricole et, à hauteur des 2/3 environ dans sa partie Sud, a été identifiée en tant qu'espace paysager structurant, au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme.

34. La parcelle en litige, dépourvue de toute construction, est à usage de jardin d'agrément de la parcelle voisine, OA n° 1999. Si elle est en partie boisée et qu'elle abrite un ancien lavoir (OA n° 2002), elle est également enherbée, ce qui lui donne un certain potentiel agronomique ou biologique ou économique. Elle se rattache également à une vaste zone agricole qui s'étend au Sud et qui est identifiée comme espace paysager structurant. Elle est séparée de la zone UH1 par la route de l'Eglise, ce qui constitue une rupture d'urbanisation. Elle n'est voisine que d'un seul côté de parcelles construites (OA n° 1999 et n° 2001), ce qui n'est pas suffisant pour lui conférer le caractère de dent creuse ou d'espace interstitiel. De même, la circonstance qu'elle soit desservie par la voie publique et par les réseaux est sans incidence sur le classement en zone agricole. En outre, les requérants ne détiennent aucun droit acquis au maintien d'un précédent classement répondant à un autre parti d'urbanisme, quand bien même un permis de construire aurait été précédemment accordé mais dont aucune pièce au dossier ne permet de retenir qu'il a été exécuté, même partiellement.

35. Par ailleurs, les auteurs du plan local d'urbanisme intercommunal ont identifié d'autres secteurs, dans le centre-bourg de Marlioz pour être densifiés, notamment en institutant trois orientations d'aménagement et de programmation (OAP) n° 27, n° 28 et n° 30 dans les secteurs de la mairie et de l'école, devant permettre la construction de 20, 50 et 40 logements sur le territoire communal, tel que préconisée par le SCoT Usses et Rhône et par le PADD et précisée dans le rapport de présentation (tome 2, page 149). Le PADD promeut en outre de " préserver les terres agricoles stratégiques pour leurs valeurs économiques, environnementales et paysagères " et de " limiter la mobilisation du foncier en urbanisant en priorité par densification de parcelles déjà bâties, dans les dents creuses ou les espaces interstitiels ". Or, ainsi qu'il vient d'être dit, la parcelle des requérants n'est pas construite et ne constitue pas une dent creuse. Dans ces circonstances, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation du classement de la parcelle en zone agricole et de l'erreur de fait doivent être écartés.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme :

36. Aux termes de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme : " Si le juge administratif, saisi de conclusions dirigées contre un schéma de cohérence territoriale, un plan local d'urbanisme ou une carte communale, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'une illégalité entachant l'élaboration ou la révision de cet acte est susceptible d'être régularisée, il peut, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation et pendant lequel le document d'urbanisme reste applicable, sous les réserves suivantes : 1° En cas d'illégalité autre qu'un vice de forme ou de procédure, pour les schémas de cohérence territoriale et les plans locaux d'urbanisme, le sursis à statuer ne peut être prononcé que si l'illégalité est susceptible d'être régularisée par une procédure de modification prévue à la section 6 du chapitre III du titre IV du livre Ier et à la section 6 du chapitre III du titre V du livre Ier ().

37. Le vice entachant le périmètre de l'OAP patrimoniale, instituée dans le règlement graphique de la commune de Marlioz, ayant consisté à en exclure la parcelle OA n° 2000, n'est pas susceptible de régularisation par une procédure de modification du plan local d'urbanisme intercommunal sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme. Il n'affecte toutefois qu'une partie divisible du territoire. Dès lors, la délibération du 25 février 2020 doit être annulée uniquement en tant qu'elle n'intègre pas ladite parcelle dans le périmètre de l'OAP patrimoniale. Dans ces circonstances, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suppression d'écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires :

38. En vertu des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative, les tribunaux administratifs peuvent, dans les causes dont ils sont saisis, prononcer, même d'office, la suppression des écrits injurieux, outrageants ou diffamatoires.

39. Il résulte de ces dispositions que le juge administratif peut exercer la faculté qu'elles lui reconnaissent de prononcer la suppression des propos tenus et des écrits produits dans le cadre de l'instance qui présenteraient un caractère injurieux, outrageant ou diffamatoire tant à l'égard des propos et écritures des parties que de pièces produites par elles. En l'espèce, le terme " acerbes " utilisé par la communauté de communes Usses et Rhône pour qualifier les critiques formulées par les requérants à l'égard de l'avis du commissaire enquêteur, n'est pas injurieux, outrageant ou diffamatoire au sens des dispositions de l'article L. 741-2 du code de justice administrative. Ainsi, la demande de suppression de ce passage doit être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

40. Dans les circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par M. et Mme C, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées. En application de ces dispositions, les conclusions présentées par la communauté de communes Usses et Rhône, partie perdante, sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :La délibération du 25 février 2020 par laquelle la communauté de communes Usses et Rhône a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal du Val des Usses est annulée uniquement en tant que le règlement graphique exclut les parcelles cadastrées à la section OA n° 2000 et n° 2003 du périmètre de l'OAP patrimoniale du secteur de château de Marlioz.

Article 2 :Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et à la communauté de communes Usses et Rhône.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Savoie.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Letellier, première conseillère,

- Mme Barriol, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

La rapporteure,

C. Letellier

Le président,

M. Sauveplane

La greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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