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AccueilJurisprudence administrativeN° TA38-2004763

Tribunal Administratif de Grenoble — Décision N° TA38-2004763

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Grenoble
SectionTribunal Administratif de Grenoble
N° DossierTA38-2004763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCABINET BOIVIN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 août 2020 et le 25 janvier 2022, l'Union Nationale des Industries des Carrières et Matériaux de construction (UNICEM), représentée par Me Hercé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 30 janvier 2020 par laquelle le comité syndical du syndicat intercommunal d'aménagement du Chablais (SIAC) a approuvé le schéma de cohérence territoriale (SCoT) du Chablais ;

2°) de mettre à la charge du SIAC une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rapport de présentation du SCoT est insuffisant ;

- la délibération est entachée d'une erreur de droit car le SCoT méconnaît la compétence du préfet en matière d'installation classée pour la protection de l'environnement (ICPE) en instaurant une distance d'éloignement de 200 mètres entre les nouvelles carrières et les habitations les plus proches ;

- l'interdiction de création et d'extension des carrières dans les " espaces de classe 1 ", est constitutive d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le principe d'équilibre posé par l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2021, le SIAC, représenté par Me Lamouille, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge de l'UNICEM une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car l'UNICEM ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barriol ;

- les conclusions de Mme A ;

- et les observations de Mme B, représentant l'UNICEM et de Me Lamouille, représentant le SIAC.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 5 novembre 2015, le comité syndical du SIAC a prescrit la révision du SCoT du Chablais approuvé le 23 février 2012. Le 6 décembre 2018, le bilan de la concertation a été tiré et le projet de SCoT a été arrêté. Une enquête publique a été organisée du 15 juin au 13 août 2019 à l'issue de laquelle la commission d'enquête publique a rendu un avis favorable le 17 septembre 2019 assorti d'une réserve et de 7 recommandations. Par une délibération du 30 janvier 2020, le comité syndical du SIAC a approuvé la révision du SCoT du Chablais. Par un recours gracieux du 16 juillet 2020, l'UNICEM et l'UNICEM Rhône-Alpes ont sollicité le retrait de la délibération du 30 janvier 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'insuffisance du rapport de présentation :

2. Aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable à l'espèce : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables et le document d'orientation d'objectifs en s'appuyant sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques notamment au regard du vieillissement de la population et des besoins répertoriés en matière de développement économique, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'agriculture, de préservation du potentiel agronomique, d'équilibre social de l'habitat, de transports, d'équipements et de services. / () / Il décrit l'articulation du schéma avec les documents mentionnés aux articles L. 131-1 et L. 131-2, avec lesquels il doit être compatible ou qu'il doit prendre en compte ". Aux termes de l'article R. 141-2 du même code : " Le rapport de présentation expose le diagnostic prévu à l'article L. 141-3 et précise, le cas échéant, les principales phases de réalisation envisagées. / Au titre de l'évaluation environnementale, le rapport de présentation : / 1° Analyse l'état initial de l'environnement et les perspectives de son évolution en exposant, notamment, les caractéristiques des zones susceptibles d'être touchées de manière notable par la mise en œuvre du schéma ; / 2° Analyse les incidences notables prévisibles de la mise en œuvre du schéma sur l'environnement et expose les problèmes posés par l'adoption du schéma sur la protection des zones revêtant une importance particulière pour l'environnement, en particulier l'évaluation des incidences Natura 2000 mentionnée à l'article L. 414-4 du code de l'environnement ; / 3° Explique les raisons qui justifient le choix opéré au regard des solutions de substitution raisonnables tenant compte des objectifs et du champ d'application géographique du schéma au regard notamment des objectifs de protection de l'environnement établis au niveau international, communautaire ou national ; / 4° Présente les mesures envisagées pour éviter, réduire et, si possible, compenser s'il y a lieu, les conséquences dommageables de la mise en œuvre du schéma sur l'environnement ; / 5° Définit les critères, indicateurs et modalités retenus pour l'analyse des résultats de l'application du schéma prévue à l'article L. 143-28. Ils doivent permettre notamment de suivre les effets du schéma sur l'environnement afin d'identifier, le cas échéant, à un stade précoce, les impacts négatifs imprévus et envisager, si nécessaire, les mesures appropriées ; / 6° Comprend un résumé non technique des éléments précédents et une description de la manière dont l'évaluation a été effectuée ". Aux termes de l'article R. 141-3 du même code : " Le rapport de présentation est proportionné à l'importance du schéma de cohérence territoriale, aux effets de sa mise en œuvre ainsi qu'aux enjeux environnementaux de la zone considérée ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le rapport de présentation de la révision du SCoT du Chablais comprend un diagnostic territorial du Chablais, un état initial de l'environnement et notamment des sols et sous-sols ainsi qu'un état de la dynamique écologique sur le territoire du Chablais. Il est notamment indiqué que pour limiter les incidences des activités de carrières sur l'environnement, le SCoT privilégie l'extension des carrières existantes à la création de nouvelles carrières. Il est précisé que l'exploitation de carrière n'est pas autorisée par le document d'orientation et d'objectifs (DOO) dans les espaces à fort enjeux environnementaux de classe 1 " espace de réservoirs de biodiversités des milieux terrestres, aquatiques et des zones humides " et que le SCoT autorise l'extension et la création de carrière dans les espaces agricoles stratégiques sous condition de mise en place de mesures de réduction voire de compensation si des impacts résiduels sont observés. Le rapport de présentation comprend également une partie II " justification des choix " expliquant en détail les différentes modifications apportées et les options prises notamment pour limiter la consommation d'espace et la préservation des réservoirs de biodiversités terrestres, aquatiques et de zones humides et les corridors écologiques. Ce rapport justifie suffisamment des choix opérés de façon proportionnée aux modifications apportées. A cet égard, la seule circonstance que les auteurs du schéma de cohérence territoriale litigieux n'ont pas expliqué pourquoi ils n'ont pas retenu une alternative à l'interdiction des carrières dans les espaces de classe 1 n'est pas de nature à caractériser, une insuffisance du rapport de présentation au regard des dispositions précitées. Enfin, le rapport de présentation n'avait pas à examiner un à un l'ensemble des prescriptions et notamment les prescriptions 70 et 71 du DOO. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance du rapport de présentation soulevé par l'UNICEM doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de la compétence préfectorale en matière de police des ICPE :

4. Aux termes de l'article L. 141-4 du code de l'urbanisme dans sa rédaction alors applicable " le projet d'aménagement et de développement durables fixe les objectifs des politiques publiques d'urbanisme, du logement, des transports et des déplacements, d'implantation commerciale, d'équipements structurants, de développement économique, touristique et culturel, de développement des communications électroniques, de qualité paysagère, de protection et de mise en valeur des espaces naturels, agricoles et forestiers, de préservation et de mise en valeur des ressources naturelles, de lutte contre l'étalement urbain, de préservation et de remise en bon état des continuités écologiques ". L'article L. 141-5 dudit code dans sa rédaction alors applicable prévoit que " dans le respect des orientations définies par le projet d'aménagement et de développement durables, le document d'orientation et d'objectifs détermine : / 1° Les orientations générales de l'organisation de l'espace et les grands équilibres entre les espaces urbains et à urbaniser et les espaces ruraux, naturels, agricoles et forestiers ; / 2° Les conditions d'un développement urbain maîtrisé et les principes de restructuration des espaces urbanisés, de revitalisation des centres urbains et ruraux, de mise en valeur des entrées de ville, de valorisation des paysages et de prévention des risques ; / 3° Les conditions d'un développement équilibré dans l'espace rural entre l'habitat, l'activité économique et artisanale, et la préservation des sites naturels, agricoles et forestiers. Il assure la cohérence d'ensemble des orientations arrêtées dans ces différents domaines ".

5. Le document d'orientation et d'objectifs du schéma de cohérence territoriale du SCoT du Chablais comprend une prescription n° 70 interdisant l'implantation de nouvelles carrières à moins de 200 mètres des habitations les plus proches. L'UNICEM soutient qu'en instaurant cette distance d'éloignement, cette prescription n° 70 empiète sur la compétence du préfet en matière de police des ICPE.

6. L'article L. 141-5 du code de l'urbanisme prévoit que le DOO détermine les orientations générales de l'organisation de l'espace et les grands équilibres entre les espaces urbains et à urbaniser et les espaces ruraux, naturels, agricoles et forestiers mais également la prévention des risques ainsi que les conditions d'un développement équilibré dans l'espace rural entre l'habitat, l'activité économique et artisanale, et la préservation des sites naturels, agricoles et forestiers. Or, le SCoT du Chablais poursuit l'objectif de répondre aux enjeux de préservation des paysages, de l'environnement et des populations ainsi qu'à celui des besoins en matériaux et a dans cet objectif maintenu et réinscrit dans le DOO une distance d'éloignement de 200 mètres entre l'implantation de nouvelles carrières et les habitations. Cette prescription qui n'est pas étrangère à l'objet d'un SCoT ne vient pas contredire l'application de la réglementation en matière d'ICPE et le SCoT pouvait légalement instaurer par sa prescription n° 70 une distance d'éloignement de 200 mètres entre les habitations et les nouvelles carrières, sans empiéter illégalement sur les compétences du préfet en matière de police des installations classées pour la protection de l'environnement. La circonstance que ni les dispositions du code de l'environnement relatives aux carrières ni l'arrêté ministériel du 22 septembre 1994 relatif aux exploitations de carrières et aux installations de premier traitement des matériaux de carrières, n'imposent le respect d'une telle distance d'éloignement est sans incidence. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne l'erreur manifeste d'appréciation et le respect du principe d'équilibre :

7. La prescription 71 du document d'orientation et d'objectifs interdit l'implantation et l'extension des carrières sur les espaces de classe 1 identifiés sur la carte de l'armature écologique qui correspondent aux réservoirs de biodiversité terrestres, aquatiques et zones humides et des corridors écologiques. Le rapport de présentation justifie cette interdiction par le fait que ces espaces doivent être préservés strictement pour leur richesse écologique en matière de biodiversité. La circonstance que ces secteurs seraient très étendus est sans incidence alors au demeurant que les espaces de classe 1 représentent moins de 25% de la superficie du territoire. Enfin, si les espaces de classe 1 du SCoT englobent les ZNIEFF de type 1, les sites Natura 2000 et les zones humides qui sont classés en espace de type 2 par le schéma départemental des carrières de la Haute-Savoie, cette circonstance ne saurait établir une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'intérêt environnemental de ces sites et de l'objectif poursuivi par les auteurs du SCoT. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs, l'incompatibilité du SCOT en litige avec le principe d'équilibre énoncé à l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme qui prévoit la protection des milieux naturels, la préservation du sol et des sous-sols et de la biodiversité n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 101-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'UNICEM doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

10. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par l'UNICEM doivent dès lors être rejetées.

11. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'UNICEM la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le syndicat intercommunal d'aménagement du Chablais et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :La requête de l'UNICEM est rejetée.

Article 2 :L'UNICEM versera au syndicat intercommunal d'aménagement du Chablais une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à l'Union des Industries des Carrières et Matériaux de construction et au syndicat intercommunal d'aménagement du Chablais.

Délibéré après l'audience du 27 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Sauveplane, président,

- Mme Barriol, première conseillère,

- Mme Aubert, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 10 juin 2024.

La rapporteure,

E. Barriol

Le président,

M. SauveplaneLa greffière,

C. Jasserand

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2004763

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